Lettre (aut.) de Real au duc, du 7 juin
MAZAHIN VA' LA RfiGEM'E LK TRANQUILLISKINT. 238
associé maintes fois à ses vues et à ses travaux. Il n'en fallait pas davantage pour le dénoncer aux vengeances des « Importants ». Le bon accueil fait par la régente au duc de Bouillon, après la mort du roi, en laissant entrevoir à Fabert la possibilité de la réintégration de ce prince dans ses domaines souverains, ajoutait encore à ses appréhensions.
Ce fut à Mazarin, menacé comme lui par la cabale réactionnaire, mais dont l'autoi-ilé s'étayait de celle de la reine, qu'il confia ses craintes d'avenir. Le cardinal s'efforça de le tranquilliser. « Je ne vois rien ici, lui écrivit-il (30 juin), qui vous puisse nuire, et, tant que j'aurai quelque crédit à la cour, on vous conservera ce que votre mérite et vos services vous ont acquis ^ » A cette assurance, Anne d'Autriche joignit bientôt la sienne, encore plus précieuse ; elle écrivit à Fabert, le 24 juillet : « Je ne sais point qui sont les mauvais esprits qui ont voulu faire croire que j'eusse méfiance de votre fidélité. Je la tiens à l'épreuve de toutes sortes de choses, voire du mépris, et je vous considère comme un bon serviteur, étant obligé à la mémoire du feu roi mon seigneur, que je ne pourrais confier Sedan à personne qui, plus loyalement, le gardât au roi son fils. » La reine ajoutait
1. Voy. lettres (cop.) de Mazarin à Fabert, des 26 mai, 14-, 30 juin et 8 juillet. {Bibl. maz., Ms., Correspondance de Mazarin, H, 1719, t. I.J
Mazarin écrivait, à la même époque, dans ses notes secrètes : <( Discorsi clic artificiosioramente se fanno correre sopra il cambiamento di Fabert, cio è contro il servitio di S. M. » (2'' carnet de Mazarin, p. 31, ^(7*/. naf., Ms.)
-231 FABERT AMK.NK IV. CONSEIL SOUVElîAIN"
qu'elle ne pouvait ni no voulait rendre cette place au duc de Bouillon, mais qu'elle se proposait de régler prochainement et d'une manière « libérale », en sa faveur, rechange des Terres souveraines conti'e d'autres domaines. Entin, elle approuvait la conduite du gouverneur au milieu des troubles récents, et l'engageait à user de ménagements envers une population à laquelle il devait, disait-elle, apprendre, par sa modération, à aimer la domination du roi, sans cesser d'user de la fermeté nécessaire pour la faire respecter '.
La missive d'Anne d'Autriche, accompagnée d'une lettre où le comte de Brienne revenait sur la résolution, bien arrêtée en haut lieu, de maintenir la cession de Sedan à la couronne -, arriva à Sedan le 2 août. Fabert en donna immédiatement communication à Real, en le prévenant que Frédéric-Maurice était instruit personnellement de cette fm de non-recevoir formelle opposée à ses prétentions. Déjà Mazarin avait annoncé au prince d'Orange, qui sollicitait l'aide de son crédit pour obtenir le rétablissement du duc, la détermination prise par la reine *. Les échevins sedanais, ayant été informés <à leur tour de la décision qui fixait d'une manière irré-
i. Lettre (cop.) d'Anne d'Autriche à Fabert, du 2i juillet. (BibL de l'Arsenal, Ms., Recueil Conrart, t. VU.)
-2. Lettre (cop.) du comte de Brienne à Fabert, du '27 juillet (même source).
;{. Lettre (orig.) du prince d'Orange à Mazarin, du 10 juin. (Airli. vat., KK, 1071.) Lettre (cop.) de Mazarin au prince d'Orange, dn 17 juiibH. iliihl. ma:-., Ms., H. 1719, t. I.)
A Sli SOLMETTUE A LA VOLONTÉ IlOYALi;. ■!?,:,
vocable les dostinées do. la cité, se rendirent en corps auprès du gouverneur avec Real, Jacques de Moranvillé, sieur de la Hautonnerie, procureur général, et Jean Trouillart, procureur syndic de la ville, pour lui faire connaître qu'ils s'inclinaient respectueusement devant la volonté royale. « Il [Fabert] nous reçut fort favorablement, dit Real dans une lettre écrite deux jours après au duc de Bouillon, nous ajouta que notre condition et nos devoirs nous étant devant les yeux, nous n'avions plus que nos seuls respects à Votre Altesse, en quoi il ne céderait pas même à un de nous; mais que tous nos devoirs, nos obéissances et nos fidélités étaient au roi, qui ne les pai'tageait avec personne, n'ayant plus d'autre qualité que des sujets; que c'était à nous à bailler cette connaissance à tout le peuple et leur montrer le chemin, et nous en chargeait pour en rendre compte à l'avenir à nous autres vos officiers ; qu'il aiderait à toutes nos affections à vos intérêts, et que, s'il y avait quelque chose que nous connussions vous être agréable, il en faciliterait tous les moyens; qu'il ne nous blâmait point d'aimer une personne que nous avions si longtemps servie, que le roi en espérait autant de nous. »"
Depuis que Fabert gouvernait la principauté au nom du roi, il avait saisi toutes les occasions qui se présentaient à lui de sanctionner par des actes le langage modéré et conciliant qu'il tenait aux Sedanais. Il venait tout récemment de leur donner une nouvelle preuve de sa bienveillance en les faisant