IL CRAIM QUE LES ESPAGNOLS N'ENTRENT EN FRANGE
car déjà les frondeurs avaient des partisans en Champagne, et la capture des MazarinetLes (c'est sous ce nom que les pamphlets du temps désignaient les nièces de Mazarin) eût été pour eux une véritable action d'éclat, dont ils n'auraient pas manqué de tirer parti autant que d'une victoire remportée sous les murs de Paris.
Fabert se montrait très inquiet sur les suites de la lutte qui venait de s'engager, sous ses yeux, entre l'autorité royale et le parlement. Un peu avant la retraite de la cour à Saint-Germain, Mazarin lui avait confié que, « sans la mauvaise conduite du parlement, le comte de Pineranda avait ordre de conclure la paix * j». Non seulement la rébellion de Paris menaçait d'anéantir les chances de pacitlcation ; mais en obligeant la reine à employer, pour la r("duire, la plus grande partie des forces militaires disponibles, elle livrait pour ainsi dire la France désarmée à l'invasion des Espagnols. En proie à la tristesse patriotique que lui inspiraient les événements, Fabert écrivit à Chavigny, huit jours après son retour à Sedan : « Je ne puis supporter la })ensée des avantages que les Espagnols tireront de nos désordres, et si la nouvelle que l'on vient de me dire est véritable, qui est que Tarchiduc ' aura son armée en corps, dans deux jours, entre Mons et Cambrai, pour marcher dans la France, je ne doute
1. Lettre (aut.) de Fabert à Chavignv, du 15 lévrier. lArdi. nat., K, 118 A.)
"2. Léopold, archiduc d'Aulriclie, fils de l'empereur Ferdinand II, commandait l'armée espagnole des Pays-Bas.
tVlKNSlON DE SES POUVOIRS UE GOUVERNEUR. 307
point qu'ensuite je n'apprenne tous les jours de très t'àchcux progrès que ces gens-là feront ' Ma famille est en assez bon état, Dieu merci, et j'aurais sujet d'être content si j'avais moins que je n'ai d'alfection pour le bien de l'État. Dieu nous peut donner accommodement; mais, sans miracle, il ne peut plus être qu'au détriment de l'autorité du roi, et, par conséquent, il y aura bien de la peine à éviter qu'il ne soit à l'avantage de la maison d'Autriche"'. »
C'était armé d'un nouveau pouvoir que Fabert rentrait dans son gouvernement. Une commission royale, du 27 décembre précédent, lui avait confié le droit de pourvoir aux vacances des offices de judicature, tant du conseil souverain que des autres juridictions '\ Dès son arrivée à Sedan, à la nouvelle que Frédéric-Maurice, Éléonore de Bergh et sa sœur, Catherine de la Tour, s'obstinaient à entretenir correspondance avec quelques habitants, il fit sortir de la ville dix familles compromises par ces menées, et
1. Ce mouvement de l'armée ennemie ne se dessina qu'un peu plus tard. Vers la fin de mars, les Espagnols s'approclièrent de Guisc. A celte époque, Fabert écrit à Cliavigny que l'archiduc a deux raisons de ne pas pousser plus avant dans le royaume : «l'Une, qu'il n'a nulle croyance en son armée, de laquelle la cavalerie ne vaut rien, et craint horriblement M'^ le Prince, l'autre qu'il voudrait avoir une place de sûreté pour sa retraite, ce qu'on ne lui a pu donner ». 11 ajoute : « Je crois aussi qu'il n'a pas trop de confiance au duc de Lorraine, sans lequel je crois qu'il est fort faible ». (Lettre aut. du 30 mars, Arch. nat., K, 118 A.)
2. Lettre (aut.) de Faliert à Chavisnv, du 24 janvier. (Arch. nat., K, JI8 A.)
3. Cette commission est consignée dans le Registre du gre/Je du conseil souverain de Sedan.