MYGÈNE EST BANNI DE SEDAN
cacher son dessein, qui était de recruter, pour le compte du duc de Bouillon, un petit corps facile à introduire dans Sedan par surprise. Quoique la trahison fût manifeste, Mygène tenta de se justifier. Il ne ménagea pas Fabert dans les explications qu'il donna pour se dérober aux charges qui pesaient sur lui'. A l'en croire, l'animadversion qu'il s'était attirée de la part du gouverneur, venait de ce qu'il avait usé de l'entremise du prince de Condé pour faire tenir à la reine le mémoire concernant les levées, sans en rien dire au cardinal -.
Fabert crut devoir aux liens d'amitié qui l'unissaient à Gliavionv, dont le baron de Mv^ène était le parent', de se montrer indulgent à l'égard de ce grand coupable. Il consentit à le maintenir dans son poste, cà la condition qu'il changerait de conduite, Mazarin ne s'opposa pas à celte mesure de générosité, bien qu'elle s'adressât à un protégé des Bouthilier; mais Mygène lui-même en rendit bientôt la prolongation impossible par son attitude de plus en plus hostile au roi. Peu de temps après son retour de Compiègne, Fabert lui signifia l'ordre de sortir de la place. Dépossédé de ses fonctions, Mygène se
1. Tous les détails de cette affaire sont consignés dans des minutes des notaires du temps, Sperlette et Ducloux. signées Fabert et de Mygène, et dont M" Gibcrt, notaire à Sedan, a bien voulu nous permettre de prendre connaissance.
'i. Lettre de Fabert à Chavigny, du [-1 juin, citée p. 31 i.
3. Voir dans la correspondance de Riclielien d. VII). publiée par M. Avenel, une lettre du cardinal au surintendant de Boutliilier, du "21 octobre 1641, an sujet de Jlygène.
LES ALLEMANDS SOUS D'EItLAGH AU SERVICE DE LA l'KANCE. J17
retira à Slenay'. L'ancienne forteresse lorraine appartenait, depuis quelques mois, au prince de Condé -, qui, déjà, par ses allures peu respectueuses envers la l'eine, et les propos railleurs qu'il tenait sur le cardinal, préludait à sa brouille ouverte avec la cour \ Le repos des Sedanais avait d'autres ennemis que le baron de Mygène, sur lesquels Fabert tenait l'œil ouvert. Nous voulons parler des soldats de l'armée d'Allemagne au service de la France. En juin 1048, Mazarin avait appelé leur cliei", le lieutenant général d'Erlach ', avec un petit corps, dans le Luxembourg'.
1. LcUres (aut.j de Fabort à Chavignv, des tîT mai, ;21 ot -2i juin. (Arch. nat., K, 118 A.)
Après l'expulsion du baron de Mygène, M. de Mion, beau-frère de Fabert, cumula la lieutcnancc de la place avec celle du château ; il ne reçut que le ô février 100:2 la commission de lieutenant de roi. (Registre du rjre/fe du conseil souverain.) Mygène en appela plus lard à la juridiction des maréchaux de France de la mesure d'expulsion prise contre lui par Fabert. On lit, en effet, dans une lettre (aut.) de ce dernier à Chavigny, du 13 juillet 1651 [Arch. nat., K, 118 A) : i( Je crois que la reine a bien fait de ne pas m'obliger à répondre devant MM. les maréchaux de France de ce qui s'est passé à la sortie de M. de Mygène de cette ville. Il me semble que c'est à Leurs Majestés seulement que je dois compte de mes actions, et j'aurais eu beaucoup de peine de me soumettre à. d'autres. » On sait que le tribunal des maréchaux de France jugeait les affaires d'honneur.
2. Les lettres patentes du roi qui concédaient au jirince les « comtés, terres et seigneuries de Slenay, Dun, Jametz et Clcrmont « sont de décembre 1018.
3. Le P. Barre rapporte que Fabert assista, le 6 juin, à Compiègnc, à un dîner offert par le cardinal au roi et au duc d'Anjou ; les autres convives étaient les maréchaux de Villeroy et du Plessis-Praslin, le commandeur de Souvré, etc. « On fut surpris, ajoute-t-il, de n'y pas voir M. le prince de Condé. »
A. Jean-Louis d'Erlach, né à Berne (1595-1650), passa au service de la France avec les troujies wcymariennes après la mort de leur chef, le duc Bernard, gouverneur de Brisach.
5. Lettres du roi et de Mazarin à d'Erlach, dans les Mémoires liis-