CHAVIGNY S'EN REMET A FABERT DU SOIN DE LE DÉFENDRE
sonnages qui passaient pour suspects. Lorsqu'il reçut la lettre que l'on vient de lire, il la lui communiqua en l'invitant à dicter lui-même, s'il le jugeait à propos, la réponse à y faire ^ Comme d'ordinaire, Chavigny s'en remit à Fabert du soin de présenter sa justification. Mais, de l'avis de celui-ci, il n'v avait plus de longs discours à tenir au cardinal ; il fallait se borner à insister auprès de lui sur la nécessité pour Chavigny d'aller presser lui-même à Paris le dénouement du procès Le Goigneux, où étaient engagés ses intérêts particuliers".
Sur ces entrefaites, Chavigny tomba gravement malade (fin juin), ce qui lui procura, pour quelque temps, un repos forcé ". De son côté, Mazarin, s'acheminant avec la cour vers la Guyenne, laissa, à Paris, le champ à peu près libre aux ennemis du ministère. La lutte engagée entre les deux rivaux paraît n'avoir été marquée, en l'absence du cardinal (4 juillet — 7 novembre), par aucun redoublement d'intrigue de la part de Chavigny. Pendant cette période, Fabert continua à se préoccuper des suites de la confusion générale, toujours croissante, où s'agitaient les partis ; il n'y voyait pour ainsi dire plus de remède. Tristement impressionné par les événements, et obéissant d'ailleurs aux mouvements de son humeur
i. LeUre (aut.) du 19 juin. (Arch. ml., K, 118 A.)
2. Lettre (aut.) de Fabert à Chavigny, du •!(> juin. (Arch. nat., K, 118 A.)
3. Chavigny eut une rechute et n'entra en convalescence que vers la fin de novembre.
FABERT S'OUVRE A CHAVIGMY DE SES PROJETS DE RETRAITE. 3i9
solitaii'e, il songea à se réfugier dans le calme de la vie privée. Il écrivit, à ce propos, à Cliavigny : « Les choses de TElal sont en un point qui empêche qu'on puisse avoir grand contentement de s'en mêler, et je suis si persuadé qu'on ne peut avoir de satisfaction que dans une retraite, que j'ai impatience de faire la mienne. Il est vrai qu'en celle-là, il n'y a rien à craindre de ce que peuvent appréhendei- ceux qui ne sauraient persuader à ceux qui les craignent et qui sont puissants, qu'ils sont contents de ne se mêler de rien ; en cela, Dieu fait payer à ces grands hommes les grâces qu'il leur a laites par-dessus les autres qui, ayant moins de bien et moins de mal, se trouvent également partagés '. » Ses intentions de retraite n'étaient cependant pas très arrêtées. De peur de s'abuser sur ses propres aspirations, il voulut, avant de prendre une décision, mettre à l'épreuve le penchant qu'il se sentait pour une existence retirée. Comme sa charge l'empêchait de s'éloigner de son gouvernement pour faire cette expérience à la campagne, il la tenta à Sedan même en se livrant à des travaux de jardinage, à l'exclusion de toute autre distraction. L'essai, si imparfait qu'il dût être, lui sembla concluant en faveur de ses goûts ! Il lui resta pourtant « un scrupule » dont il s'ouviit à Chavigny : il n'était pas bien sûr de pouvoir vivre avec ses voisins « sans les scandaliser » ou sans en être importuné. « Je vous confesse, disait-il, ma plus
\. Lettre, déjà cilée. du 5 0(;tobro.