LA REINE VEUT S'APPROPRIER LE DOMAINE DE SEDAN
obtenir de Mazarin la modification du traité conclu avec Frédéric-Maurice, un autre changement, encore ignoré de lui, était en voie d'accomplissement, sinon déjà effectué : il s'agissait du passage, entre les mains de la reine, du domaine de Sedan, dont le revenu avait été employé jusque-là, en grande partie, à l'entretien de la garnison. Or, d'après un bruit ayant cours à Paris, la régente ne s'appropriait Sedan que pour y ménager au cardinal une retraite assurée. Dans la crainte que Chavigny, s'emparant de ce bruit, n'insinuât à Fabert qu'il était victime d'un coup monté sur un mot d'ordre parti de Briihl, Mazarm s'empressa de faire promettre à ce dernier, au nom de la reine, par Servien et Lionne, des ressources équivalentes à celles dont on lui enlevait la disposition \ Au dire du cardinal, la mesure était motivée par l'obligation où se trouvait la reine d'abandonner au prince de Gondé, pour le dédommager de la perte
porta la solution qu'il désirait, figure, à la date du 3 juillet (le P. Norbert la place au lOj, ddinsle Registrediigreffe du conseil sour-erain de Sedan ; elle y est accompagnée d'une lettre du roi aux officiers du conseil et du bailliage. Comme on le voit par les deux lettres de Fabert déjà citées, Tune du 13 juillet à Chavigny, Tautre du 30 juillet à Mazarin, le chancelier Séguier et M. de Brienne se montraient peu favorables ou même hostiles à sa demande. 11 est donc possible qu'après avoir été signée le 3 juillet, la déclaration soit restée longtemps en chancellerie avant d'être scellée et expédiée.
1. Lettre du 30 juin, déjà citée. — Lettre du i juillet, de Mazarin à Fabert, citée plus haut.
11 n'est pas invraisemblable qu'une certaine connexion ait existé entre la détermination de la reine de prendre pour elle le domaine de Sedan, et la mesure d'après laquelle les Terres souveraines devaient relever du parlement de Paris.
RETRAITE DE ClIA VIGNY. 377
du duché d'Albret donné au du(3 do Bouillon ',1e domaine du Bourbonnais. Cependant^ aucun document ne nous a apporté la preuve qu'Anne d'Autriche ait jamais possédé le domaine de Sedan ; il est probable qu'elle revint sur sa résolution dès qu'elle crut possible le retour du cardinal aux affaires.
Le contrat d'échange arriva i'ort à propos i)Our porter Frédéric-Maurice à se rallier au roi. Libre d'engagements envers les Espagnols, le maréchal de Turenne se rapprocha de la cour-. De son côté, le coadjuteur négocia son accommodement. La reine mère n'en fut pas moins contrainte de céder aux exigences despotiques du prince de Condé, qui réclamait le renvoi de Le Tellier, Servien et Lionne (19 juillet). Chavigny rejoignit dans la retraite les trois secrétaires d'État. La régente ne lui avait pas signifié son congé en termes exprès ; mais, alors qu'il la pressait assez maladroitement de lui accorder sa
1. On lit dans une lettre (aut.) de Fabert à Chavigny, du 30 juillet (Arch.yiat., K, 118 A):
« L'on m'a parlé en façon du monde d'aucune des choses qui se disent contre ma demeure ici, et j'ai sujet de croire que le bruit qu'on en fait n'a de fondement que l'échange fait du domaine du Bourbonnais contre celui de Sedan, »
Le prince de Condé possédait le duché d'Albret, depuis Ifill, à titre d'engagement. (Arch. de Condé, Description et étal général du duché de Bourbonnais, Ms., in-4% sans nom d'auteur, de la fin du dix-huitième siècle.)
2. Pendant quelque temps encore, Mazarin ne parut croire qu'à demi à la conversion du duc de Bouillon et de Turenne, qui était, en grande partie, comme l'on sait, l'œuvre du procureur général Nicolas Fouquet et de son frère l'abbé. {Mémoires sur la vie publique et privée de Fouquet, par M. Chéruel, Paris, 1802.)