PRÉVIENT MAZARIN CONTRE L'AMBITION DU COADJUTEUR
core l'augmenter. « C'est beaucoup, lui écrivit celui-ci, le 10 septembre, dans les maux que-la France souffre, d'avoir atteint la majorité. Les places et les armées étant au roi, le reste certainement sera soumis, lorsque Sa Majesté voudra agir avec vigueur; mais il est bien croyable qu'ensuite quelqu'un s'insinuera dans son esprit, et que, pour être entièrement maître des affaires, il ne voudra plus dépendre de la reine. Je n'exceptepas le coadjuteur de mon soupçon, si on le laisse agir, quoiqu'il puisse promettre le contraire ^ » Il exprime de nouveau au cardinal ses craintes à ce sujet, dans une lettre du 1" octobre : « Mon soupçon, dit-il, augmente qu'on se rendra maître de l'esprit du roi, et qu'on voudra ensuite être sans compagnon. C'est à Votre Éminence à prendre ses mesures là-dessus^. »
Mazarin n'avait pas attendu jusque-là pour parer à l'éventualité menaçante que ses amis lui signalaient. Le 21 septembre, le coadjuteur avait reçu l'acte officiel par lequel il était désigné à Rome pour le cardinalat. Dès lors, la régente pouvait se rendre dans le
1. Lettre déjà citée; Fabcrt, en récrivant, ne savait pas encore, mais pressentait sur quels conseillers s'était fixé le choix de la reine. Nous les avons nommés, ils étaient trois : Châteauneuf, la Vieuville, et Mole ; le premier marchait complètement d'accord avec le coadjuteur. Dès le 3 septembre, Fabert disait à Chavigny : « Il est à craindre un favori dont les jeunes princes, ardents dans leurs affections, se passent rarement. » {Aul., Arch. nat., K, 118 A.)