FABERT ET DE RAMBURES
Fabert estimait Rambures assez jaloux du soin de sa dignité pour ne pas descendre, dans ces circonstances difficiles, à un rôle indigne de son grand cœur. Mais, sachant que le cardinal n'avait reçu d'injure qu'il n'eût vengée, il se préoccupait de l'avenir de son ami, de ses intérêts privés et de la prospérité de sa famille, toutes choses que le sentiment profond de l'honneur fait quelquefois sacrifier avant la dernière extrémité. Il lui dépeignit donc, avec toute la pénétration que donne une amitié sincère, les suites funestes d'une rupture avec Richelieu. Rambures déclara fièrement qu'il n'entrerait pas dans l'alliance du cardinal et resterait fidèle au roi. Ici, anticipons un peu sur les événements pour dire qu'à quelques mois de là une créature de Richelieu accusa Rambures de lâcheté devant l'ennemi' ; la calomnie, noblement repoussée par Louis XIII, qui connaissait la bravoure de son mestre de camp, n'en fit pas moins son chemin parmi les courtisans du cardinal. Trois ans plus tard, Rambures, blessé mortellement au siège de la Capelle -, disait à Fabert : « Il faut vouloir ce qu'il plaît à Dieu ; je meurs content, on saura que je n'ai point fui. »
En laissant noircir par ses adulateurs la réputation de ce soldat sans reproche, Richelieu donnait satis-
1. En désignant dans ses Mémoires Tévêque de Ts'antcs comme le premier auteur de cette perfide imputation, Fabert entend probubienient parler de Fabbé de Beauvau, sacré évêque de Nantes en 103G, et dont le cardinal faisait servir Faclivitc et le dévouement à des missions nombreuses et très diverses.
t. Voir ci-après, en 163".