‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 49 sur 334 · COMBAT LE PROJET DE RETRAITE SUR COBLENTZ · texte numérisé non relu

COMBAT LE PROJET DE RETRAITE SUR COBLENTZ

Les jours suivants, les troupes reçurent en distribution les dernières rations de farine; on mit le feu à ce qui restait de chariots; puis on abandonna, après les avoir enclouées, les grosses pièces d'artillerie. A ce moment critique, le cardinal de la Valette ayant confié à Fabert qu'un des chefs de l'armée était d'avis de s'arrêter court pour rétrograder jusqu'cà Goblentz, il le trouva complètement opposéà cette proposition. A la veille d'atteindre Vaudrevange, où, par suite des mesures prises par le général en chef, la subsistance devait être assurée, il y avait, disait Fabert, de la pusillanimité à regarder en arrière. Trouverait-on du pain sur la route de Goblentz, et les ressources de cette place permettraient-elles d'y séjourner? En tout cas, si l'on prenait ce funeste parti, les Impériaux ne manqueraient pas de gagner de vitesse les bords de la Moselle et de s'emparer de tous les points de passage jusqu'à Metz, et alors, ajoutait-il, on serait tenu de faire face à l'ennemi au lieu d'avoir à le contenir seulement sur ses derrières. C'était, selon lui, conjurer le moindre péril, qui était imminent, pour se jeter dans un autre plus redoutable, quoiqu moins menaçant sur l'heure.

Ces sages observations furent entendues. Les armées alliées continuèrent à avancer à marches forcées, dans un pays ruiné, bridant les villages sur leur passage, autant pour retarder la poursuite de l'ennemi que pour empêcher les malheureux soldats, excédés de fatigue, d'y chercher un abri. Après le passage de la Nahe, près de Birkenfeld, les deux der-

A L'AFFAIRE DE VAUDREVANGE. 59

niers canons furent enterrés dans un fossé. On ne se nourrissait plus alors que d'herbes et de racines. Les malades et les vieillards étaient tués sans pitié par les Croates. On finit par atteindre, sous la protection d'escarmoucheurs, et après un vif combat d'arrièrè-garde, les bords delà Saar et Vaudrevange, où l'armée eut une nuit de repos. Mais tout péril n'était pas conjuré. Tandis que Français et Suédois reprenaient haleine, Galas, sans perdre de temps, faisait franchir de nuit la Saar à sa cavalerie en aval de Vaudrevange, et quand le lendemain (27 septembre) les alliés se remirent en marche, quinze régiments de cavalerie impériale, débouchant tout à coup d'un bois où ils s'étaient placés en embuscade, se ruèrent furieusement sur l'arrière-garde, où se tenaient les gendarmes, les chevau-légers du roi et de Richelieu, la moitié de la cavalerie suédoise et quatre cents mousquetaires sous les ordres de Guébriant alors capitaine aux gardes. Le colonel Ilebron, ayant Fabert avec lui, commandait les Français séparés du reste de l'armée. L'engagement eut lieu à bout portant. Les Impériaux reculèrent en désordre, laissant aux mains des Français et des Suédois neuf cornettes et un grand nombre d'officiers prisonniers, dont trois colonels. Le même jour les alliés entraient à Boulay, et le lendemain à Magny-sur-Seille, après avoir traversé la Nied, non sans quelque confusion. Aussitôt, Fabert fut dépêché à Metz, d'où il fit conduire des vivres à l'armée.

Pendant cette campagne, toute de fatigues, de

Page 1