‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 91 sur 334 · FABERT DÉCIDÉ A PERDRE RICHELIEU · texte numérisé non relu

FABERT DÉCIDÉ A PERDRE RICHELIEU

fondre sur la tête de ses bienfaiteurs. Il se résolut à tout risquer, même à perdre le premier ministre pour les sauver. Ce fut sans être animé de ces passions violentes qui précipitent d'ordinaire dans la voie des complots les favoris et les courtisans disgraciés, les fanatiques, les hommes d'intrigue et les ambitieux nourris de chimères, que Fabert prémédita la ruine de Richelieu ; il n'en avait reçu aucune offense directe capable d'exalter sa haine, il n'avait à espérer la moindre part de ses dépouilles après sa chute; enfin, tel autre acte de sa vie et des plus glorieux nous prouvera qu'il ne méconnaissait ni le mérite de Richelieu, ni les grands services qu'il rendait au roi et à l'Étal. Mais rien alors ne lui parut plus digne de sa reconnaissance envers la famille d'Epernon, que de sacrifier l'homme qui menaçait son repos et son honneur. C'est au roi qu'il s'ouvrit de son dessein, après lui avoir rapporté en quels termes hautains le ministre avait signifié des ordres contraires aux siens. Il ne faisait d'ailleurs que donner suite à un projet que Louis XIII, dans sa faiblesse, avait souvent caressé, dont il l'avait même depuis longtemps rendu le complice avec Rambures, projet qu'il abandonnait aux heures de confiance ou de crainte, pour le reprendre au premier accès de colère ou de jalousie. S'il était facile d'impressionner l'humeur changeante 'du roi, on conviendra qu'il ne l'était pas moins de relever de justes griefs à la charge du ministre. Quels que soient à nos yeux les titres de gloire du grand cardinal, Fabert put, sans

LE ROI NE DOlNiNE PAS SUITE AU DESSEFN DE FABERT. 109

blesser la vérité, montrer au roi dans son ministre l'homme qui perpétuait le désordre dans les finances, augmentait les dépenses de l'Etat par son faste, restait sourd aux gémissements du peuple écrasé d'impôts, ne reconnaissait de grâces ou de faveurs obtenues du roi que celles qu'il confirmait lui-même, l'homme enfin qui, au nom de la raison d'Etat, s'affranciiissait des règles cl des formes de la justice, pour être plus libre de distribuer à ceux qui osaient lui tenir tète la disgrâce, la prison, l'exil et jusqu'à l'échafaud. Mais Richelieu avait mis, autant que possible, son pouvoir ta l'abri d'une surprise ; de sa main de fer il comprimait les résistances à mesure qu'elles se faisaient jour et de si haut qu'elles partissent; ses parents, ses amis, ses créatures occupaient les charges les plus importantes, tenaient les meilleurs gouvernements, commandaient dans les places les plus fortes, exerçaient les premiers emplois dans l'armée. Contenir dansle devoir tous ses partisans n'était pas le moins difficile de la tâche que l'armée de Picardie, campée pour ainsi dire aux portes de Paris, était prête à remplir. Fabert répondait de l'obéissance des soldats, de la fidélité de son général. Un signe de Louis XllI, et c'en était fait de Richelieu... Au dernier moment, le roi recula devant les moyens d'exécution, envisageant sans doute avec effroi les périls de la lutte redoutable qu'il aurait à soutenir, et peut être aussi les embarras de la situation que lui créerait la victoire. Il se borna à charger Fabert de porter à Richelieu l'ordre d'abandonner l'entreprise

110 ORDRE DE RENONCER AU SIÈGE DE CAMRRAl.

projetée sur Cambrai ; puis, lui ayant serré affectueusement la main, il le congédia.

Contrairement à la volonté Ibrmelle de Louis XIII, Richelieu fit rédiger à Rueil, par de Noyers, en présence de Fabert, des dépêches qui prescrivaient à la Valette d'employer contre Cambrai les pétards de Vercourt. Fabert ne fut pas dupe de cette espèce de fanfaronnade; il vit bien qu'on voulait lui persuader que les résolutions arrêtées à Rueil ne se réformaient en aucun lieu, pas même à Saint-Germain, et il ne douta pas qu'aussitôt après son départ on n'expédiât à la Valette de nouveaux ordres conformes cette fois à ceux du roi, mais que le ministre enverrait en son propre nom, afin de paraître agir dans une entière indépendance du souverain. En effet, le lendemain (3 novembre) de Tarrivée de Fabert à Hannape, un courrier venant de Rueil apportait au cardinal une dépêche de de Noyers, qui lui enjoignait de renoncer définitivement à l'attaque de Cambrai * ; le secrétaire d'État disait que Richelieu avait eu avis par le chevalier de Monteclair de l'entrée dans Cambrai d'un secours de neuf cents hommes de pied et deux cents chevaux^,

1. Richelieu ménagea la transition entre Tordre rédigé à Rueil, sous les yeux de Fabert, et le contre-ordre dont il s'agit ici, par l'autorisation donnée dans l'intervalle à la Valette, au nom du roi, de faire « selon ce qu'il estimerait le plus à propos ». (Orig. signé de Richelieu, du :29 octobre, Bihl. nat., Ms., F. FR., 6619; en minute, aux Arcli. des alf.étr., Paijs-Das, t. XII; dans Auhery.)

-2. Lettre (aut. ) à la Valette, du 30 octobre {Bibl. nat., Ms., F. FR.. 6649); dans Aubery.

Lettre (aut.j de la Valette à Richelieu et Chavigny, du 4 novembre. Arch. desa/f. élr., Pays-Bas, t. XII.)

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