‹ Le maréchal de Fabert, 1599-1662Chapitre 94 sur 334 · HORRIBLE FAMINE DANS LE PAYS MESSIN · texte numérisé non relu

HORRIBLE FAMINE DANS LE PAYS MESSIN

leurs champs pour se retirer dans les bois. On eut alors le speclaclc d'horreurs inouïes, telles qu'en peut amener la dernière extrémité de la faim : des cadavres fraîchement enfouis étaient déterrés; à la suite des bandes armées, on voyait des cannibales prêts à se jeter, à l'issue du combat, sur les morts et sur les mourants, pour les dépecer; l'homme faisait la chasse à l'homme et dévorait férocement sa proie *. La famine, depuis longtemps menaçante aux portes de Metz, avait Uni par les franchir. Les soldais du duc Bernard y avaient aidé en s'opposant à l'introduction des farines dans la ville; mais lespluscoupables étaient, sans aucun doute, les bourgeois qui, sous le prétexte de nourrir leurs fermiers, envoyaient du pain dans les villages à des prix exorbitants.

Tant de calamités réclamaient de prompts et énergiques remèdes. La charité prévoyante de Fabert sut les découvrir, et son esprit fécond en ressources trouva d'heureux moyens de les appliquer. On commença par procéder, suivant ses instructions, dans toute l'étendue du pays, à la recherche des céréales conservées dans les greniers. Un recensement exact de la population des villes, bourgs et villages, lui servit ensuite de base pour établir des distributions de pain régulières et à un prix modéré. Des parts gratuites furent attribuées aux pauvres, aux vieillards et aux enfants. Quand il eut adouci les rigueurs du présent, il se préoccupa de l'avenir. Dans ce but, il par-

1. Fabert n'ost pas le seul à citer de ces faits d'anthropophagie; plusieurs historiens, ses contemporains, en rapportent également.

lU SO[NS QUE DONNE FABERT AUX INTÉRÊTS AGRICOLES.

courut les terres du gouvernemontde Metz, et, après avoir constaté par lui-même le degré de ruine où avaient conduit plusieurs années de peste, de famine et de guerre, il fit publier une déclaration d'après laquelle les laboureurs recevraient des semences à titre de prêt, sans autre intérêt que des mesures combles à rendre à la récolte suivante au lieu de mesures rases qu'on leur fournirait. Gontiants dans cette promesse, les habitants des campagnes, dispersés de toutes parts, même ceux qui s'étaient réfugiés dans les provinces voisines, revinrent en foule aux environs de Metz pour reprendre leurs travaux. A la même époque, il projeta de faire rentrer les communautés des bourgs et des villages en possession des biens communaux aliénés par elles au profit des particuliers, ou usurpés par les seigneurs. Cet important dessein, etja nature des renseignements recueillis par Fabert pour s'éclairer sur la situation de la propriété territoriale dans le pays messin, révèlent la connaissance parfaite quMl avait acquise des véritables causes des souffrances des paysans, et la conviction où il était que la préservation des intérêts agricoles pouvait seule préparer le retour de jours prospères. Son séjour à Metz fut de trop courte durée pour qu'il donnât une suite immédiate à ses vues sur ce sujet, mais il parvint dès lors à appeler l'attention des gouvernants sur les moyens les plus propres à relever l'agriculture de son état de dépérissement. Il devait bientôt, par la seule inlluence de son mérite, provoquer des ordres qui lui permettraient d'assurer

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