ENTRETIEN DE LA VALETTE AVEC FABERT
bataille, Fabert ne songea pas à rappeler, pour l'obtenir, la promesse que lui en avait faite le roi, et il partit pour l'Italie avec le cardinal, sans en être pourvu, le 17 avril 1638.
Dès les premiers jours du voyage, à Nogent (entre Gien et Monlargis), le cardinal de la Valette s'ouvrit à Fabert des motifs qui l'avaient déterminé à accepter le commandement de l'armée d'Italie. Le principal était qu'un refus opposé à l'offre de Richelieu, et considéré par celui-ci comme un acte de résistance à sa volonté, aurait pu tourner contre le duc de la Valette, et lui attirer les rigueurs suspendues sur sa tête depuis le jour où il avait repoussé le pardon du roi et du ministre, pour n'avoir rien à divulguer de ses relations avec le comte de Soissons et des pratiques du complot d'Amiens. Il ne se faisait, du reste, aucune illusion sur le sort que l'humeur vindicative de Richelieu préparait à son frère, et s'il avait consenti à s'éloigner de la reine, c'était, disait-il avec amertume, pour échapper au spectacle des persécutions qui mineraient promptement sa vie, et dont il se sentait impuissant à préserver sa famille. En présence d'une aussi profonde affliction, Fabert adressa au cardinal quelques paroles de consolation, et réserva pour d'autres occasions ce qu'il avait à lui dire sur la nécessité de son prompt retour en France,
Tous deux se dirigèrent par Briare et Moulins sur Lyon, et de là sur Grenoble. Le 1" mai, ils arrivaient à Pignerol, où les attendait d'Hemery, ambassadeur de France à la cour de Savoie, et d'où ils se rendirent,
118 L'ENNEMr INVESTIT YERCEIL.
le lendemain, à Turin. Après avoir visité Casai et les troupes en quartiers d'hiver dans le Montferrat, le cardinal , s'appuyant sur les renseignements recueillis par Fabert , proposa d'organiser la défense de la place de Verceil, qui couvrait le Piémont. Mais la duchesse Chiistine insista pour qu'on mît au plus tôt Casai en état de supporter un siège, et fit prévaloir cet avis, inspiré sans doute à son inexpérience par les créatures du prince de Savoie; car, quelques jours plus tard, le marquis de Lleganez se montrait (46 mai) devant Verceil, sur la Sesia, à la têie de dix-huit mille hommes de pied et six mille cavaliers, avec un matériel d'artillerie considérable. A ce moment, les contingents envoyés de France pour renforcer l'armée de la Valette n'étaient pas tous arrivés à destination; de plus, l'intendant d'Argenson ayant apporté tardivement les fonds nécessaires pour subvenir aux besoins d'organisation et à l'entretien des troupes, ou n'était pas encore en état de s'opposer sérieusement aux entreprises de l'ennemi ^ . Du moins, l'investissement de Verceil eut-il pour effet de décider la régente, jusque-là indécise entre les propositions de neutralité des Espagnols et l'assistance promise par le roi son frère, à signer (8 juin) un traité préparé par le cardinal, et portant renouvellement de
1. Lettres de la Valette (en grande partie de la main de Fabert) à Chavigny et à Richelieu, des 17 et 29 mai. (Arch. desaff. étr., Turin, t. XXVI. }
11 est question, dans ces lettres, du complot macliiné par Montiglio, gouverneur piémontais de Casai, avec la duchesse régente de Wantoue pour complice, dans le but de livrer cette place aux Espagnols.