‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 15 sur 93 · CHAPITRE IV MARÉCHAL DE CAMP · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV MARÉCHAL DE CAMP

Nouvel engagement concernant son régiment. Exactions de la compagnie colonelle. Gassion refuse d'obéir au colonel général de la cavalerie allemande. Correspondance à ce sujet. Succès sur Piccolomini. Leur entrevue. Echange de prisonniers. Organisation définitive de la cavalerie française en régiments. Difficultés que présente l'application de cette mesure. Lettres de Richelieu et du Roi à M. le marquis de Praslin sur le mauvais état de la cavalerie. Gassion commande un parti sur le Quesnoy pour sauvegarder la responsabilité de M. de La Meilleraye. Défense aux vieux soldats de maltraiter les recrues. Maréchal de camp. Fonctions de ce grade.

1638. Le 4 janvier, Gassion signe un nouvel engagement pour servir le roi :

Je promes de rendre au Roy le régiment de cavalerie estrangère, composé de quatre compagnies, dont il a plu à Sa Majesté de me donner le commandement pour son service, complet de quatorze cens membres effectifs, munis de pots et de cuirasses, bien montés, et de deux compagnies de dragons estrangers que j'ay aussy l'honneur de commander pour le service de Sa Majesté, complètes de deux cens hommes, armés et montés comme il convient. Puis, mettre le tout en campagne, aussitost que les troupes de Sa Majesté auront commandement de s'y rendre, pourvu qu'il lui playse de me faire donner la subsistance pour ce nombre d'hommes et mes officiers, k la raison portée par le règlement de Sa Majesté du 8 novembre dernier, à commencer au premier jour de la présente année et tout de suite jusqu'au jour que les troupes des armées qui sont maintenant en garnison, auront ordre de sortir pour se mettre en campagne, et qu'il lui playse de faire loger aussy les susdites troupes en des lieux où elles pourront trouver des denrées pour subsister k des prix convenables (').

M. de Besançon (*) reçoit Tordre pour le payement de la sub-

i. A. A. E. France.

a. Charles, baron de Besançon, commissaire général.

sistance de ce régiment qui, le 1 6 janvier, se plaint du logement, des vivres.

Le roi envoie M. le commissaire d'Aubray près de M. de Besançon, pour aviser aux mesures à prendre et faire cesser cet état de choses ( x ).

On a vu quelle était la sévérité du colonel Gassion. Mais, quand il s'agissait de se prQcurer des subsistances, son régiment ne le cédait en rien aux compagnies de chevau-légers, qui ruinaient le pays par où elles passaient.

Quant à la cavalerie étrangère, écrit le maréchal de Châtillon à M. de Noyers, j'en ai souvent des nouvelles par le désordre qu'elle fait. La compagnie colonelle de M. de Gassion est sortie, il y a quelque temps, d'Abbeville à la débandade et par désespoir, quelques-uns d'entre eux ayant été contraints de vendre leurs chevaux pour vivre. Pour leur donner moyen de s'assembler, je leur avais donné quartier près de Bouillancourt où, pour quelque désordre arrivé entre un paysan et un cavalier de ladite compagnie, qui s'est trouvé blessé, cela les a portés à telle furie qu'ils ont mis le feu aux quatre coins et au milieu de la maison du sieur de Baucourt, et l'ont entièrement brûlée avec ses meubles, qui est un excès et un désordre tels qu'il n'y a pas moyen de le souffrir, sans en faire un châtiment exemplaire. J'ai dépéché un de mes gardes au baron d'Alais et au lieutenant de la colonelle pour leur dire qu'ils me représentent les plus coupables de cette action-là, ou je m'en prendrai à eux-mêmes. Le pis que je vois, c'est que cela ne répare pas la perte que le sieur de Baucourt a faite, qui est un brave gentilhomme et qui sert avec affection. J'en ferai faire le châtiment au rendez-vous général, avec toute la réparation qu'il se pourra ( a ).

Cette affaire fut portée au conseil du roi, qui ordonna de retenir la somme de dix mille livres sur ce qui devait être payé au régiment, pour dédommager le sieur de Baucourt.

On trouve, dans Aubery, le récit des incidents provoqués par le refus de Gassion de recevoir des ordres du colonel général de la cavalerie étrangère, dont il refusait de reconnaître l'autorité.

Le a5 mai, le roi écrit au maréchal de Châtillon :

Mon cousin, ayant su la difficulté que le lieutenant-colonel du régiment de cavalerie de Gassion a faite de reconnaître les ordres de ceux

i. A. A. E. France.

a. Aubery, suite du U III, p. 573.

l\ 2 JEAN DE GASStON

qui commandent sous vous, dans mon armée où vous êtes, une cavalerie tant française qu'étrangère, je vous fais cette {lettre pour vous dire que vous ayez a vérifier si ledit régiment de Gassion est entré a mon service, en la manière que font mes troupes françaises, ou si c'a été par capitulation, ainsi qu'il se pratique pour les étrangers. Et en cas que vous trouviez que ledit régiment de cavalerie de Gassion et les mousquetaires a cheval doivent être réputés français, vous fassiez qu'ils reconnaissent le sieur marquis de P ras lin, mestre de camp général de ma cavalerie légère, comme il appartient a sa charge, ou, s'ils ont capitulation à l'étrangère, ils reconnaissent le sieur baron d'Eyfeld( ! ) que j[ai établi en la charge de colonel général de la cavalerie allemande (*).

Le maréchal de Chàtillon attend le retour de Gassion à l'armée pour régler cette aflaire et faire prendre patience à M. d'Egenfeld qui, comme.le roi, semble ignorer quelles avaient été les conditions adoptées par Richelieu, en i635, lors de l'incorporation du régiment dans les troupes royales.

M. de Noyers déplore les désordres commis par ces cavaliers.

Je sais bien qu'un général, qui a besoin du service présent des gens de guerre, ne peut pas leur contester toutes choses et qu'il a k ménager les bonnes volontés de ses troupes, mais, on nous rapporte d'étranges licences de Gassion et que M. le maréchal les supporte beaucoup. Que si vous constatez que ce sont des Français, qui n'ont le nom d'étrangers que pour piller et tirer avantage de la licence étrangère, je m'assure que vous les réduirez dans la discipline et ne souffrirez pas qu'ils pillent et brûlent impunément la noblesse française sans aucun châtiment (3).

Gassion répond qu'il a un traité signé par lequel il est convenu avec le roi et le cardinal qu'il ne recevra pas d'ordre du colonel général de la cavalerie allemande et qu'il n'a rien à ajouter sur ce point. Les maréchaux de Chàtillon et de La Force supplient de calmer les prétentions de M. d'Egenfeld, car ce si Ton restait encore quelque temps dans cette irrésolution, il serait malaisé d'empêcher que ces deux hommes-là ne se vissent l'épée à la main.

i. Egenfeld»

a. Aubery, suite au t. III, p. 597.

3. Aubery. Lettre de M, de Noyers au maréchal de Chàtillon, 10 juin.

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S'ils en venaient là, on perdrait l'un ou l'autre et peut-être tous les deux. Nous savons très assurément que si le roi voulait obliger les troupes du sieur de Gassion à dépendre des ordres du général d'Egenfeld, il remettrait son régiment aux mains de Sa Majesté et, pour sa personne, demanderait congé de se retirer. II est aisé de remédier à cela, pourvu qu'il vous plaise de nous écrire une lettre parle retour de ce courrier, que nous envoyons exprès, suivant laquelle nous puissions déclarer de la part du Roi au sieur d'Egenfeld qu'il n'a aucun commandement à prétendre sur les troupes du sieur de Gassion, dont les chefs et cavaliers sont presque tous Français. Par ce moyen-là, vous empêcherez ces messieurs d'en venir à l'extrémité et les conserverez dans le service du roi, sans qu'aucun d'eux n'ait sujet de se plaindre. Nous avons assuré le sieur d'Egenfeld que nous aurions votre réponse dans six jours. Il est important, Monsieur, que vous nous fassiez entendre au plus tôt qu'il se pourra, l'intention du Roi, suivant l'avis que nous vous donnons pour éviter le malheur qui pourrait arriver de la perte de ces deux personnes-là, dont le mérite et la valeur est très considérable. Cependant , nous veillerons de si près sur eux, qu'il n'en arrivera aucun mauvais accident ( I ). »

Ces questions de prérogatives se présentaient assez souvent et donnaient sujet à des conflits qu'il était simple de résoudre en invoquant le texte des capitulations, que l'on n'osait trancher, de peur de s'aliéner des colonels sur lesquels on comptait beaucoup et un chef qui avait rendu des services signalés dans les armées du roi ( a ).

Le 22 août, on écrit d'Amiens au roi : « Comme l'ennemi supposait que l'armée de M. de Chastillon avait abandonné Rocroy, il vint avec quatre mille chevaux et deux mille dragons pour attaquer

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