A. A. £. France. Richelieu à Chavigny, 12 septembre
temps : c'est qu'une des raisons majeures du succès tient à la jeunesse des généraux. Ils ont alors cette vertu suprême de n'avoir point l'expérience, c'est-à-dire l'âge, et d'oser. Ils peuvent commettre des fautes contre les règles de la stratégie. Mais, ces règles, est-il bien utile de les connaître si, en les suivant, on est battu, en ne les suivant pas on est victorieux ? Gassion avait surtout l'audace, cette partie si précieuse d'un métier qu'on ne peut faire brillamment sans elle. De plus, il avait eu pour maîtres le duc de Rohan, Gustave-Adolphe, le duc Bernard de Saxe- Weimar. Aussi regrettait-il la lenteur, les indécisions des vieux généraux, blanchis au service de Henri IV et n'ayant plus ce feu sacré que la crainte des responsabilités avait étouffé avec les années.
On le verra, bientôt, quitter le champ des opérations de la petite guerre pour montrer ses talents de manœuvrier, comme à Rocroi, et, dans les travaux des sièges, la science de l'ingénieur.
Le commencement de l'année avait été marqué par l'organisation régimentaire des compagnies de chevau-légers, mesure qui trouva beaucoup d'opposition dans la cavalerie et qui n'en a pas moins subsisté jusqu'aujourd'hui.
Une lettre du maréchal de Châtillon à M. de Noyers indique les difficultés qui se présentaient.
Je vous escris cette lettre par un officier que M. le marquis de Praslin et tous les mestrps de camp de cavalerie ont jugé k propos de vous envoyer. C'est pour vous représenter, Monsieur, que dans le fond que j'ay icy pour le paiement d'un mois de montre k cette armée, il n'y en a pas pour l'eslatrmajor desdits régiments, ce quy est, k ceux quy les les commandent, un interest considérable, estant, k cause de cette charge, obligez k des despenses extraordinaires, et à prendre soin particulier de les maintenir. 11 est sans doute très utile d'avoir resduit la cavalerie en corps de cette sorte, mais il n'y a personne d'eux qui ne desirast qu'elle fust encore en son premier estât, et despartie par escadrons, k la campagne, plustot qu'estans en régimens, estre tenu d'entreprendre sans pouvoir rien retirer de ce qui peut les ayder k cela. Tout ne consiste qu'k Testat-major, chacun desdits mestres de camp estant content du reste ; et c'est peu de chose, comme vous verrez par le rnesmoire que ce gentilhomme vous porte. Je joins mes prières aux leurs, Monsieur, qu'il vous plaise leur faire accorder ce qu'ils vous demandent si raisonnablement.
Le groupement des compagnies en régiments devait forcément entraîner des désordres aux différentes armées où les capitaines ne voulaient pas abandonner leurs prérogatives et, surtout, compromettre leurs intérêts en se soumettant aux ordres qui pourraient nuire à l'exploitation de leurs troupes. Jusqu'à sa mort, Richelieu verra constamment s'élever des obstacles de toutes sortes à la réalisation de ses projets. Il lui faudra une force de caractère inouïe pour résister aux critiques dont la nouvelle organisation était l'objet, organisation qu'il considérait' comme le seul moyen d'arrêter des abus dont tous les commandants de corps d'armée ne cessaient de l'entretenir. *
Le i5 mai, avait paru le règlement général pour la cavalerie légère où il est traité des questions de discipline et de prérogatives. En voici le préambule : « Le Roi ayant jugé à propos, pour le bien de son service, de composer plusieurs corps de cavalerie divisés en régiments pour en faire un considérable, et voulant éviter les différends qui pourraient y avoir entre les mcstres-de-camp et les capitaines qui doivent servir sous eux, comme aussi pour établir un bon ordre dans la discipline et police de toute sa cavalerie, a résolu... etc., etc. »
Lorsqu'un régiment de cavalerie marchera, ce sera selon l'ancienneté du commandement acquis au mestre-de-camp comme capitaine.
Les compagnies des régiments ne feront qu'un corps.
Une lettre du cardinal de Richelieu à M. le marquis de Praslin, mestre-de-camp général de la cavalerie, sur la discipline et Tarmement, peut être considérée comme le corollaire de celle du maréchal de Chfttillon, citée plus haut. Elle donne la véritable situation de l'arme.
6 septembre i638.
Monsieur,
Je vous fais cette lettre pour vous dire que les diverses plaintes que le Roy a eu des grands desordres quy ont esté jusqu'icy dans ses armées, l'ayant faict résoudre k tascher par tous les moyens d'y apporter la resgle quy y est nécessaire, j'ay estimé vous devoir 4 prier, comme je le fais, de faire tout ce qui est en vous k ce que la cavalerie vive à l'avenir avec plus de police et d'obéissance qu'elle n'a faict par le passé. Vous recevrés cette prière et cet avys comme d'une personne quy vous
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aime et quy en use de la sorte avec vous, sur la cognoissance qu'il a que vous n'estes pas si desvot et si saint que vous ne puissiez le devenir davantage pour donner sy bon exemple a ceulx quy sont sous vostre charge, que vostre conduite leur soit une exhortation perpétuelle a faire le devoir. Quand vous suivrez le conseil de vos amys en ce point, je suis bien asseuré que vous vous en trouviez bien et, sans cela, je craindrois a bon droit que n'ayant pas la bénédiction du ciel vous n'ayés pas celle de la terre. Le Roy a tant de desplaisir que sa cavalerie n'est pas armée comme elle doist l'estre qu'il a résolu de ne recevoir, l'année quy vient, aucune personne a estre du rosle qui n'ait des armes et, pour cette année, de faire chastier ceulx quy n'en auront pas n'ayant faict aucun voyage auquel ils ayent pu les perdre par autre voie que par négligence. Je vous prie de tenir la main a l'exécution de la volonté du Roy afin que je puisse lui rendre un compte fidèle de vostre diligence.
Vous m'enverrez, s'il vous plaist, un controsle de* toute la cavalerie qui est sous vostre charge, la force de chaque compagnie, Testât auquel elle est, c'est-à-dire si elle est armée ou non, et comment les cavaliers sont montés (').
Le roi n'était pas moins explicite dans les marques de son mécontentement, qu'il exprime à M. le marquis de Praslin en lui défendant de venir à la cour :
39 octobre i638.
Monsieur le marquis de Praslin, le mescontentement que j'ay du mauvais ordre que vous avez laissé introduire dans ma cavalerie pendant cette campagne, me donne sujet de vous faire cette lettre pour vous dire que voulant que vous respariez la faute que vous avez commise en chose si importante avant que de vous voir, j'entens que vous vous retiriez chez vous à la campagne ou partir de l'armée où vous estes, jusques vous jugiez qu'il soit nécessaire que vous alliez es quartiers de ma cavalerie en Champagne et aux provinces voysines pour obliger tous les chefs a rendre les compagnies complettcs et en bon estât de servir à la discipline et faire vivre en bon ordre de police suivant mes règlemens et ordonnances concernant la subsistance de mes troupes et la cavalerie en particulier, et a me donner autant de satisfaction de leur conduite que j'en ay eu peu en cette année, voulant que vous visitiez incessamment lesdits quartiers et que vous apportiez tout ce qui dépend de l'autorité de vostre charge et de vos soins pour l'effet de mon intention. C'est ce que vous aurez à faire pour me don-