‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 25 sur 93 · Colonel d'un régiment de Cravates impériaux · texte numérisé non relu

Colonel d'un régiment de Cravates impériaux

je ne leur avois jamais renvoyé de prisonniers que par son aveu, que pour preuve de cela je le priais de se resouvenir que le jour prescedent, il m'avoit commandé de leur renvoyer tous les prisonniers que j 'avois en eschange de cinquante de cette armée qu'ils avoient relaschés sur parole ; que, pour le desseing qu'il disoit que j'avois de sortir d'icy qu'au contraire s'il agreoit que je continuasse de servir sous luy le reste de cette campagne je le feroys très volontiers ; qu'il estoit bien vray que je serois marry d'y demeurer sans son agresment et me retirerois, de la sorte, avec le regrest de n'avoir pu l'apaiser et le desplaisir très sensible qu'un homme de bien peut avoir quand on calomnie son honneur et sa resputation de tout ce que dessus. Monseigneur, je n'ay voulu me plaindre à autre qu'à Vostre Éminencc et mesme j'ay desfendu au porteur de la présente d'en parler a quy que ce soit. Àussy n'en est-il pas instruit, espérant que comme vous estes l'auteur de mon bien et de mon honneur qu'aussy vous me ferez la grâce d'estre mon garant et pour l'un et pour l'autre et d'autant que j'appréhende que ma présence n'augmente l'aversion que Monseigneur le mareschal a contre moy, puisque luy mesme désire que je me retire, m'ayaut dit qu'il me signeroit mon congé quand je voudrays et que d'ailleurs la campagne est finie de ça. Je supplie très humblement Vostre Excellence de l'agréer, peut-estre que mon absence apaisera sa colère et qu'absent j'acquerray ses bonnes grâces que, présent, je n'ay pu obtenir et, pour faire voir à Vostre Excellence que je ne cherche point le repos, tout a fait contraire à mon humeur et à mes dispositions, si Elle juge que ma présence avec mon resgiment puisse estre utile au service du Roy en Italie, en Allemagne, en Espagne ou en quelque autre lieu que ce soit, je seroy ravy de m'y acheminer dès le moment que je recevroy vos ordres, moy et mes troupes ayant pour habitude de faire la guerre en hyver avec la mesme facilité qu'en esté. Bref, il n'y a chose quelconque que je ne fasse avec joye et satisfaction pour paraistre vesri table ment,

Monseigneur, de Vostre Éminence,

le très humble, très obéissant et fidelle serviteur, de Gassion.

Richelieu s'occupe immédiatement de cette affaire, écrit au maréchal de La Meilleraye, qui lui répond : « J'ay veu la bonté qu'il vous plaist d'avoir pour moy en ce qui regarde Gassion comme en toutes autres choses. Il est vray que la présomption remporte un peu. Mais je donnerai ordre que Vostre Excellence n'ait pas la teste rompue de cela, n'estant pas raisonnable que les choses de

LE MARÉCHAL DE LA MEILLEItAYE LES NU-PIEDS 5§

cette conséquence parviennent jusqu'à Elle en ayant tant d'autres quy l'inquiestent. »

Gassion n'en^eot pas moins retiré de l'armée du maréchal.

Les conflits dans le commandement continuent à exister entre les maréchaux-de-camp de l'armée du roi et le colonel-général de la cavalerie allemande, comme ils avaient déjà eu lieu avec différents colonels de la cavalerie étrangère. Cette question des prérogatives tient une grande place dans la correspondance officielle de cette époque et est trop intéressante pour qu'on ne s'y arrête pas ; elle donne une idée exacte des incidents qui se produisaient souvent en campagne, au grand détriment de la discipline et des opérations de la guerre :

Lettre du maréchal de Chat Mon à M. de IVoyers, le ij septembre i63g.

Monsieur, ayant permis au sieur d'Egenfeld de vous envoyer le lieutenant-colonel de son régiment sur le sujet de la mésintelligence arrivée entre MM. les mareschaux de camp de cette armée et ledit sieur d'Egenfeld pour la jalousie de leurs charges, qu'il vous fera entendre plus particulièrement, je vous dirai par celle-ci que ledit sieur baron d'Egenfeld n'a pas cru pour sa personne recevoir ordre des maréchaux de camp, étant général de la cavalerie allemande comme il est. Ils se sont deux fois rencontrés aux gardes, MM. de La Fer té, de Saligny et lui et sont venus k s'emporter de paroles si avant que si je n'y eusse apporté remède par mon autorité, ils étaient pour passer plus outre. Mais je les en ai empêchés, comme j'ai dit et fait tout ce que j'ai pu envers ledit sieur d'Egenfeld pour accommoder tout ce qui s'était passé et empêcher que même chose n'arrivât dans l'avenir, qui serait s'il voulait reconnaître MM. les maréchaux de camp quand ils se rencontreront où ils seraient. Mais, il n'a point su comprendre cela quoique je lui dise qu'il n'était pas k propos de demander un règlement au Roi sur cette affaire, y ayant assez d'autres auxquelles vous êtes occupé en ce moment et que Sa Majesté me renverrait pour y pourvoir, la chose étant arrivée dans son armée que je commande. Tout cela n'ayant rien pu sur la résolution qu'il a prise de ne point obéir auxdits maréchaux de camp, je l'ai suspendu de sa charge pour empêcher qu'il n'arrivât aucun malheur, en suite de ce qui s'est passé que ledit sieur d'Egenfeld se retiroit, ce qu'il a fait. Vous saurez plus particulièrement par une autre dépêche, que je vous ferai, tout ce qui s'est passé sur ce sujet (').

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