MESTRE-DE-€AMP GÉNÉRAL DE LA CAVALERIE LÉGÈRE
afin de les empêcher d'en chercher d'autres, écouter tout ce qu'on dira pour en donner avis, et, lorsqu'il s'agira de combattre se déclarer bon serviteur du Roi :
— Monseigneur, lui répondit Gassion, comptez sur ma vie et sur ma mort, quand il faudra vous servir ; mais donnez-m'en l'occasion sans intrigue et sans trahison. Je vous rendrai bon compte de vos ennemis, mais je veux leur faire une guerre ouverte. »
De Noyers fit un nouvel effort pour l'engager à entrer dans les vues du cardinal qui le fit appeler à nouveau. Gassion lui avoua qu'il était fort fâché de s'être trouvé 4&ns le seul cas où il ne pouvait contenter son Éminence. « Monseigneur », ajouta-t-il, je ne puis vous rien donner de plus que ma vie, je la perdrais volontiers pour le service de Votre Éminence ; mais il ne m'est pas possible de lui sacrifier mon honneur.
— C'est assez, Monsieur de Gassion, reprit le cardinal, votre fortune pourra en souffrir, mais vous ne perdrez pas mon estime. »
Richelieu ne lui tint pas rigueur de son refus et lui sut gré de sa discrétion. « Autant vous avez été secret, lui écrivait-il quelque temps après, pour l'affaire de Champagne, autant j'ai su parler de votre honneur, de votre cœur et de votre zèle ; vous en verrez l'effet ('). »
Il ne l'appelait jamais que La Guerre (*).
Les armées du roi ayant eu des succès très avantageux pendant les campagnes de i63g et i64o, sous la conduite de M. le maréchal de La Meilleraye, par la prise d'Hesdin, d'Arras et plusieurs rencontres signalées, il fut résolu de profiter de ces avantages pour faire une entreprise plus sérieuse et donner le moyen de porter la guerre jusque dans le cœur du pays ennemi. Le siège de la ville d'Aire fut trouvé le plus propre pour ce dessein. Cette place, située sur la Lys, donnait l'entrée dans les Flandres où l'ennemi avait toujours craint que l'on mît les pieds. Cette province, la plus grande des Pays-Bas, pour la richesse de ses habitants, la fertilité de son terrain lui fournissait, seule, plus que toutes les autres ensemble, pour la subsistance et l'entretien de ses troupes.
i. Histoire de Louis XIII, par le P. Griffkt, t. III. %• Tallemaxt des Réaux.
Le maréchal quitte Paris le 2g avril, se rend à Amiens et, de là, surveille le rassemblement des troupes qui e*t à peu près terminé vers le milieu de mai. Gassion lui écrit qu'il a eu avis qu'il y avait, dans Cambrai, Bé thune et Douai, quarante cornettes de cavalerie et six régiments d'infanterie, qu'il attaquera dès qu'il en recevra l'ordre.
Le a4 mai, un parti de cavalerie, sorti de Bé thune, vient enlever des chevaux qui étaient aux fourrages. L'ayant appris, Gassion monte de suite à cheval et prend avec lui quatre ou cinq cavaliers seulement. Miefux monté, il, les devance et reconnaît que cette cavalerie a passé un ruisseau et emmène des prises. L'ardeur avec laquelle il les poursuit, le fait jeter dans l'eau. Son cheval perd pied, il saute sur le bord, le retire, se remet en selle, tue trois ou quatre cavaliers et, par malheur, un des siens qu'on avait fait prisonnier et qu'il ne reconnut pas, et reprend le butin fait.
Le soir, le maréchal le fait partir pour assiéger Lillers, éloigné de deux lieues du camp ; ayant su que cette place était commandée par un nommé Monie, que l'on avait voulu faire pendre après la prise du fort de Ruminghem, en i63g, il le fait sommer de se rendre en lui donnant l'assurance qu'il sera branché haut et court, s'il s'avise de faire tirer le canon. Monie rend la place et les Français y entrent à minuit ( ! ).
La nuit du ?4 au ?5, cent cinquante Espagnols, après avoir passé deux petits ruisseaux, parviennent à s'introduire dans Aire. Il y eut beaucoup de la faute de la garde et, surtout, du capitaine Balthazar, qui la commandait. Cette négligence ne serait pas restée sans châtiment, si on n'avait pris en bonne considération les brillants services de cet officier. Ce poste avait été posé, pendant la nuit, derrière une masure, ce qui était bon le jour, contre la ville, mais, la nuit, il devait être établi dans la campagne pour servir contre le secours qui pourrait tenter un coup de main sur la place.
Le 27, quelques cavaliers étant sortis, Gassion voulut les couper. II s'approcha trop près de la ville et reçut, dans une de ses basques, une mousquetade qui lui effleura le dos.