‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 38 sur 93 · MESTRE-DE-CAMP GÉNÉRAL DE LA CAVALERIE LEGERE · texte numérisé non relu

MESTRE-DE-CAMP GÉNÉRAL DE LA CAVALERIE LEGERE

Pendant ce siège, Lamboy défait le maréchal de Châtillon devant Sedan.

Dans la relation du siège d'Aire ( x ), on trouve des détails intéressants sur les services religieux et hospitaliers à l'armée :

« Le maréchal de La Meilleraye rapportait tout au vrai principe et à la première cause des bons succès, ne commençant aucune action importante qu'il ne l'eût auparavant recommandée à Dieu et le remerciant de même dans la chapelle qui était dans son logis, où le Saint-Sacrement était continuellement exposé, et où il se disait quantité de messes et se faisait beaucoup de prières et d'exhortations, par le P. Camus de l'Oratoire, tout plein de zèle et de charité, aàsisté du P. Legrand, récollet, et autres.

« 11 y avait aussi, dans l'armée, une mission de pères jésuites, établie par le cardinal, que l'on avait logée à la tête du camp pour avoir la commodité de se transporter partout. Leur fonction n'était pas d'assister seulement les gens de guerre de secours spirituels, mais aussi de donner aux soldats faibles et languissants des bouillons et de la viande pour les restaurer, et de faire mettre dans les tranchées, où il y en avait toujours deux qui couchaient, le premier appareil ordonné par le chirurgien pour cet effet, en attendant que les chariots destinés pour cet usage les transportent à l'hôpital. Ils s'en sont acquittés avec tant de charité et de ferveur, que le P. Godefroy y a été blessé. »

Après la prise d'Aire, les Espagnols cherchèrent à camper sous Thérouanne. Le maréchal de La Meilleraye sortit de son camp à pied avec les ducs d'Enghien, de Nemours et de Luynes( a ), le comte de Guiche, les marquis de Lenoncourt et de Senneterre, de Nangis et de Montglat, quantité d'autres volontaires et autres officiers, ayant une canne à la main et sans arme. Ils voulurent assister au défilé de l'armée ennemie, qui traversait une plaine. Un escadron de Croates s'étant coulé le long d'un vallon, vint à petit bruit jusque près du lieu où ils étaient et il allait prendre, comme dans un filet, toute cette bonne compagnie, lorsqu'il fut découvert par des soldats qui cueillaient des fèves. Ils s'enfuirent en donnant

a. Mort du typhus.

l'alarme. Mais leur avis eût été inutile et cette civalertc n'eût pas donné le temps à ces messieurs de se sauver, si le colonel Gassion n'eût couru à la garde et, montant sur le cheval d'un cavalier, n'eût été au-devant d'elle, avec vinyt chevaux, esc ar moucher à la sortie du vallon, donnant le temps à cette belle troupe de se sauver et de gagner le camp (*).

Vexé de ce que Ton ne parle que de Gassion et de ses courses, le maréchal prend la résolution de donner à son régiment quelque gloire de celui de son lieutenant. Il va reconnaître l'armée ennemie, et aurait été infailliblement enlevé par quinze cents chevaux, si Gassion n'était accouru et, avec deux de ses escadrons, n'avait arrêté les Impériaux et donné le temps à M/ de La Meilleraye de réunir ses troupes et sortir honorablement du mauvais pas où il s'était engagé. Le colonel Dunquel, qui commandait les Espagnols, fut pris avec un de ses capitaines, un lieutenant de dragons, trois cornettes et trente-six soldats. Trois étendards restèrent comme gage de la victoire ( 2 ).

Pendant le deuxième siège d'Aire, M. de Guiche ('), qui commandait non loin de La Basse e, qui venait d'être prise, ayant appris que trois régiments wallons et treize cornettes de cavalerie étaient près de Lille, donna l'ordre au colonel de Gassion de 1rs aller visiter et de chercher à les attirer à quelque combat. Gassion se dirige vers le quartier de Ludovic. Après avoir mis une de ses troupes sur les deux chemins par lesquels on pouvait y arriver et fait garder toutes les avenues, il se jette sur le camp, o ; i la résistance ne fut pas grande. On fit un butin considérable ( 4 ) ; Ludovic se sauva en chemise et traversa la rivière à la nage. On enleva chevaux, charrettes, toutes les femmes et filles, jusqu'à celle de Ludovic, « non que le colonel Gassion en eût à faire, ce meuble n'étant pas à son usage, mais pour en tirer rançon, comme il le fit en les lui renvoyant » ( 5 ).

1. Mémoires de Monlglat, t. VII, p. 397. M. le duc d'Auinalc ne relaie pas cetincid.nt. Gassion a sauvé, en cette circonstance, le maréchal et ses amis, qui s'étaient trop aventurés et ont failli payer de leur liberté une curiosité excessive.

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