Avehel, t. VI, p. 83 x
8o JEAN DE GASSION
M. de Praslin, mestre-de-camp général de la cavalerie et maréchal de camp, fut tué. Il ne voulut jamais de quartier, quoique M. de Beauregard, capitaine des gardes de M. le comte, lui en offrît, refusant d'être prisonnier « pour des raisons que je ne dis pas »('). Les ennemis prirent tout le bagage de l'armée et l'argent qui restait pour sa montre, qui se montait à plus de 4<>o ooo livres. Le comte de Soissons se jeta à la poursuite des fuyards et fut tué d'un coup de pistolet. Le duc de Bouillon demanda la place, qui lui fut accordée.
La charge de mestre-de-camp général de la cavalerie française, vacante par la mort de M. de Praslin, fut donnée, le 10 décembre, à Gassion. Le brevet ne lui fut remis que le 3 février i64a. Le nouveau titulaire payera à M me la maréchale de Praslin cent mille livres. Le roi assure à Gassion, ainsi qu'aux siens, le remboursement de la même somme par celui qui sera pourvu de la même charge, soit par démission, soit par décès ( 2 ).
Banner, vulgairement appelé Banyer, maréchal de camp général de l'armée suédoise, l'un des grands capitaines de cette époque, mourut à Halberstadt, au mois de mai de cette année. Il avait remplacé le maréchal Horn dans son commandement. Il disposait des charges, des gouvernements des places, non seulement par lui conquises, mais de la Poméranie dont il était gouverneur.
Schiller en a tracé un portrait intéressant : « Sa mort n'eut d'autre cause que son intempérance et le chagrin qui le dévorait. Il soutint la réputation des armes suédoises en Allemagne, sinon avec un bonheur constant, du moins avec un grand éclat ; et il se montra, par ses nombreux succès, digne du grand maître à l'école duquel il s'était formé. Fécond en projets, qu'il ne confiait à personne, il les exécutait avec la rapidité de l'éclair. Froid dans le péril, plus grand dans les revers que dans les triomphes, il n'était jamais plus redoutable que lorsqu'on le croyait à la veille de succomber. Il alliait, cependant, aux vertus du héros tous les défauts et tous les vices qu'enfante ou que dû moins favorise le métier
i. M. de Puysbgur, t. I, p. 83 1.
a. A. A. E. France, t. 67.
MESTRE-DE-CAMP GENERAL DE LA CAVALERIE LEGERE 8r
des armes. Impérieux dans la société comme à la tête de son armée, rude comme un soldat, il avait toute la fierté du conquérant. Il outragea les princes allemands par son arrogance et opprima leur pays par des vexations. Il se dédommageait des fatigues de la guerre par les plaisirs de la table et les excès de la volupté, qui le conduisirent au tombeau & la fleur de l'Age. Mais, s'il était débauché comme Alexandre, comme Mahomet II, comme eux aussi il passait du sein des plaisirs aux travaux les plus pénibles de la guerre, et le général reparaissait déjà dans toute sa grandeur alors que son armée murmurait de ses faiblesses. Environ quatre-vingt mille hommes périrent dans les nombreuses batailles qu'il livra et six cents drapeaux ou étendards, 'envoyés par lui à Stockholm, attestèrent ses triomphes » (')•
A la fin de l'année, il avait été question d'envoyer Gassion en Roussillon : a La religion est une mauvaise condition pour le RousmLion, écrivait Richelieu. Mais Sa Majesté ne l'emploiera que pour l'hiver. Ces peuples recevraient du bien de sa vaillance et n'auront lieu de craindre aucun préjudice de sa mauvaise religion »( 2 ). Il accompagna jusqu'à Lyon le roi allant au siège de Perpignan. Pour obéir aux ordres qu'il reçoit, il détache trois compagnies de son régiment sous la conduite du baron d'AIais, son lieutenant-colonel ('). « On ne saurait concevoir comment le colonel se sépara de ses troupes. Son âme dure et guerrière sentit de l'émotion aux adieux que lui firent ses officiers et que ses cavaliers lui crièrent en défilant devant lui. Leur obéissance, toujours si prompte, si légère et si exacte parut contrainte, chagrine et suspendue. Plusieurs des vieux soldats, qu'il avait eus en Allemagne, se trouvant au nombre des détachés, offrirent de servir sans solde auprès de sa personne et de donner leurs montres à ceux qui voudraient aller servir pour eux en Roussillon^). »
i. Il est remplacé par Tortenson, ancien page de Gustave-Adolphe qui, en 1648, remettra le commandement à Wrangel.
' 3. Ces compagnies, composées de Français, furent le noyau d'an régiment dont le baron d'AIais fut mestre-de-carap par commission du 28 novembre (Pinart).
h. L'abbé Pure.
8a JEAN DE GASSION
1642. Gassion sert sous les ordres du maréchal de Brezé ('), à qui Richelieu écrit : « Le colonel Gassion a ordre de partir immédiatement pour vous rejoindre avec son régiment. Je suis d'autant plus aise de ce choix, que le roi a fait, que je suis assuré de son affection et que vous pouvez tirer beaucoup d'avantages de sa manière de faire, qui est sans égale* 11 semble forcer le destin à favoriser ses entreprises. Traitez-le bien et le considérez comme une personne que le roi estime tout à fait, que j'aime beaucoup et qui vous pourra être extrêmement utile ( s ). »
Cette année est marquée par la conspiration et la décapitation de Cinq-Mars, qui avait été l'ami de Gassion, par la mort de Marie de Médicis Q) [3 juillet] et celle de Richelieu.
Précédant de quelques mois Louis XIII dans la tombe, Richelieu mourut le 4 décembre. Avec lui disparaît une des plus grandes figures de notre histoire, un ministre qui n'a cessé de travailler à l'affermissement de la monarchie absolue, à la grandeur de son pays pour arriver à lui assurer une situation prépondérante en Europe. On a dit quels avaient été ses efforts pour réorganiser la cavalerie en réunissant les compagnies de chevaulégers en régiments, les secours qu'il avait dû tirer des contingents étrangers qui, avec le duc Bernard de Saxe-Weimar ont donné Brisach à la France et préparé l'annexion définitive de l'Alsace
i. Urbain de Maillé, marquis de Brezé, né en i5g3, avait débuté comme capitaine des gardes de Marie de Médicis. Beau-frère du cardinal de Richelieu. Gagna la bataille d'Avein. Vice-roi en Catalogne. Maréchal de France en iô3a, mort en i65o. Sa fille épousa le duc d'Enghien.
a. Correspondance de Richelieu.
3. Voici une épilaphe de la reine-mère, que l'on a trouvée dans le fonds Clérambault, au département des documents de la Bibliothèque nationale :
Le Palais florentin me donna le berceau, Le Louvre de Paris a veu briller ma gloire ; Le nom de mon époux, d'immortelle mémoire, Brille dans les pieux comme un astre nouveau.
J'eus pour gendres deux rois, pour fils un clair flambeau Qui de mil rayons esclaire dans l'histoire.
Parmy tant de grandeurs, le pourra-t-on bien croire, Je suis morte en exil, Gollogne est mon tombeau.
Collogne, ville et cité de la terre allemande, Si jamais un passant curieux te demande Le iunesle récit des maux que j'ai souflert, Dis : Ce triste cercueil chestivement enserre La Reyne dont le sang a régné en tout l'univers Qui n'eut point en mourant un seul pouce de terre.