CHAPITRE IX THIONVILLE — GASSION MARÉCHAL DE FRANCE
Opérations après la bataille de Rocroi. Nouvelles démarches du duc d'Enghien en faveur de Gassioo. Lenteurs de la cour pour lui donner satisfaction. Leurs causes. Lettres du duc d'Enghien à son père. Siège de Thionville. Rôle de la cavalerie. Coups de main de Gassion. Il recommande un officier. Lettre & Mazarin sur les travaux de siège. Blessure grave. Lettre de Mazarin. Inquiétude do duc d'Enghien. Maréchal de France.
Il a paru intéressant d'emprunter au manuscrit de du Prat quelques détails sur les opérations militaires qui furent entreprises te lendemain de Rocroi :
« Quand le ciel fait tomber une belle victoire dans des mains qui n'oàt pas moins de prudence que de valeur, elle ne manque point de produire des suites très avantageuses à ceux qui ont le bonheur de la posséder. Les ennemis avant pris la peine de nous venir voir chez nous, nous leur devions la civilité de les visiter à noetre tour pour leur faire voir, chez eux, le divertissement qu'ils * avoient commencé de nous donner chez nous. Après leur avoir fait, devant Rocroy, le compliment qui leur es toit deu, nostre année et Gassion avec elle prirent leur chemin vers le Hainaut par la ligne droite qui menoit à Bruxelles, c'est-à-dire droit vers le centre et le cœur de leurs estats. Nos vainqueurs ne prétendoient pas moins que de faire dire par toute l'Europe que ceux qui estoient venus en France avec dessein d'y prendre Rheims et d'y faire des courses jusqu'à Parts, avoient l'allarme dans Bruxelles et n'avoient pu empêcher qu'on n'obligeât cette fameuse ville à se rédimer pour un million d'or. Ce beau dessein n'estoit pas sans apparence. Un peuple, qui n'avoit jamais peu souffrir de garnison, préoccupé de la terreur que le bruit d'une victoire signalée avoit mise par tout le pays, abattu par la clameur des femmes et atten-
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dris par les pleurs des petits enfants, sans arme, sans milice et sans aucune expérience du mestier et dans une ville qui n'avoit aucune sorte de fortification, eust été ravi de sauver le sort de sa ville par une contribution très considérable* L'armée ennemie n'estoit pas en estât de s'opposera l'exécution d'un pareil dessein. Don Francisco de Melos, de peur d'une. seconde disgrâce, après avoir perdu dans la bataille plus de quatorze mille hommes, morts, prisonniers ou hors de combat, et après avoir garni d'infanterie toutes les villes frontières auxquelles nous donions de la jalousie, s'estoit allé retranché fort avantageusement le long des murailles de Mons dans le Hainaut avec 3 ooo hommes de pied et 6 ooo chevaux, qui estoient tout ce qui pou voit lui rester de son débris. Rien ne paroit impossible à une armée victorieuse, surtout quand elle est animée de l'espérance d'un très riche butin et, d'autre costé, la terreur que la perte d'une bataille done aux vaincus, lçur oste le courage de se présenter de longtemps devant des ennemis victorieux. Pour pouvoir s'imaginer les dangereuses conséquences qu'une telle perte amène avec soi, il ne faut pas seulement avoir gaigné la bataille, il faut aussi s'estre trouvé parmi ceux qui en ont perdu. Ceux qui y demeurent n'en reviennent plus et ceux qui en reviennent en sont si estonnez qu'à peine veulent-ils esprouver les hazards de la guerre une seconde fois. ,
« Les testes esminentes, qui tenoient le timon de nos affaires et qui avoient la main sur le gouvernail du vaisseau, firent un autre raisonnement. Elles crurent que s'attacher à une si haute ^entreprise estoit mettre en compromis le repos que la victoire de Raucroy avoit acquis à toute la France ; puisque les ennemis avoient sauvé de leurs débris plus de ioooo hommes, que le comte de Fonsardaigne leur en avoit amené 3 ooo et que Beck les avoit se* courus de 3 ooo, en cet estât leur armée, dont la cavalerie n'avoit presque point rcçeu d'eschec estant aussi nombreuse que la nostre, elle pouvoit présenter une seconde bataille, laquelle, si nous venions à la perdre, non seulement le gain de la première ne nous serviroit de rien, mais aussi que la France demeureroit exposée aux ravages de ses ennemis ; que, depuis Baings jusqu'à Bruxelles, il y avoit quantité de bois et de desfilez extrêmement fascheux, et qu'il y avoit sujet de craindre que l'ennemi, se sentant piqué jus-