THIONVILLE GASSION MARÉCHAL DE FRANCE II
qu'au cœur et resduit au désespoir, ramassant toutes les forces et du pays et de l'armée, ne s'opposât, par un dernier effort à nostre retraite et que, dans ces desfilez, il ne nous combattit et desfit les uns après les autres. Aussi, nostre armée marcha avec dessein de subsister aux despens deTennemi et de ruiner leur pays par de fresquens partis et, parce qu'on en vouloit à Thionville, pour donner moyen au marquis de Gesvres de l'investir, on ne pouvoit faire mieux que de faire semblant d'aller droit à Bruxelles pour attirer de ce costé là, de çà la Meuse et la Sambre, toutes les forces ennemies qui estoient dans le Luxembourg et arrester sur cela l'armée de Melos et de Berck sur la jalousie qu'on leur donneroit pour toutes les villes de la Flandre et du Brabant.
« Aussi, l'armée, après avoir pris quelque rafraîchissement entre Guyse et Yervins, prit sa marche le long de la Sambre où Barlaimont, Émeri, Maubeuge, Bassoy furent obligés de se remettre à la miséricorde du duc d'Enghien. Bains, la plus délicieuse ville de tout le pays, où sont toutes les anciennes maisons de plaisance du roy d'Espaigne et de tous les grands seigneurs de la Flandre, se soumit et reçeut la loi du vainqueur. »
Pendant la marche sur Thionville, le duc d'Enghien ne cesse de se préoccuper pour faire obtenir le bâton de maréchal de France à Gassion. Quand on lit sa correspondance à ce sujet, on est étonné de l'idée que quelques écrivains ont pu avoir de chercher à établir une rivalité entre celui qui avait assumé toutes les responsabilités de l'action et celui qui avait partagé l'honneur de la victoire.
Il prie le duc de Longueville de presser cette affaire et reçoit la réponse suivante :
Paris, 36 mai IÔ43.
Je vous renvoie le sieur du Fay, ayant, aujourd'hui, parlé k la Reyne de l'affaire de M. de Gassion avec la chaleur que vous m'ordonniés, la Reyne m'a donné charge de vous assurer qu'Elle se souviendrait de la prière que vous luy en aviés faitte ; et m'ayant dit que pour le présent il ne se pouvoit et qu'il y avait beaucoup de prétendons comme M. de Turenes, marquis de La Force, d'Arpagon et ottres, je lui ay dit que tous ces messieurs ayant les mesmes prestantions et y ayant, de plus, M. le mareschal de l'Hospital, on n'a pas laissé de fere
Il8 JEAN DE GASSION
MM. les mareschaux de Guébriant et de La Motte ( l ) ; Elle m'a dît que c'estoit M. de Noyers (*), pour fere M. de La Motte, sans lequel M. de Guébriant n'eust pas esté fait. Je lui ay dit que je voudrois de bon cœur qu'il y eust cinquante mareschaux de France pourvu que chacun d'eus le fust pour avoir contribué, comme a fait M. de Gassion à gaigner une bataille aussi grande et aussy 'avantageuse que celle que vous aviez gaignée et pour laquelle vous lui demandés pour toutte grâce celle-là pour M. de Gassion, dont les services le rendent très digne; sur cela, Elle m'a encore dit que je vous assurasse qu'EUc s'en souviendroit. Je vois que cela va à la fin de la campagne. Tourville l'en pressera encore demain pour en avoir parole plus précise s'il le peut (3).
La reine félicite le duc d'Engbien de sa victoire et ajoute : « Je crois que vous aurés bien voullu faire cognoistre à M. de Gassion ce que je vous ay escrit de la bonne volonté que j'ay pour luy ; il se doibt asseurer qu'elle ne diminuera poinct et que ses services me seront tousjours en très particulière considération, estant appuies d'une si favorable recommandation que la vostre ; je ne permetlray qu'elle demeure inutile, pour vous asseurer tousjours davantage de la part que vous avés dans l'affection de celle qui est véritablement vostre bonne et bien affectionnée cousine. »
Le duc se plaint à son père du retard apporté dans cette nomination : « Je n'ay jamais doutté que vous ne servitiez M. de Gassion en ce que vous pourez, scacbant qu'il est fort de mes amis; mais, je ne vous puis celer que cela m'afflige fort de voir qu'on faict à la cour si peu de comte de mes services et des siens que, ne demandant d'autre récompense que celle-là, on me la refuse. Je vous asseure que cela me rebeute fort. Filsjean vous dira toustes nouvelles ; mais je vous supplie de me faire donner les charges que je vous ay demandées, car aultrement toutte l'armée croira que je suis fort impuissant de servir mes amis ou que je ne mets guiere en peine de leurs intérest. Si M. de Turenne empesche M. de Gassion d'estre mareschal de France, je croy qu'ils méritent assez tous deus pour l'estre ; pour moy, mon-
i. Lamotte-Houdancourt et Guébriant sont les deux derniers maréchaux du règne de Louis XIII. L'Hôpital a été élevé à cette dignité le lendemain de la mort du roi. a. Le Tellier remplace de Noyers le i3 avril. 3. Archives de Chantilly.