‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 56 sur 93 · M. de Puysêgur, t. IL · texte numérisé non relu

M. de Puysêgur, t. IL

4. Allusion aux discussions survenues au cours de ce siège, entre de La Meilleraye et Gassion.

DEUXIÈME CAMPAGNE DK FLANDRE *3l

Le duc d'Orléans avait sous ses ordres des lieutenants dont il n'était pas facile de faire concourir les talents et les ambitions au même but. De La Meilleraye était un homme « tout pétri de bile et de contre-temps » ('). Gassion « avait coutume de recevoir avec peu de respect les ordres qui lui étaient envoyés de la cour » (*). Aussi, entre ces deux maréchaux, tous deux habiles, braves, ambitieux, avides et violents, la concordé était presque impossible. Il aurait fallu, pour les contenir, une volonté de fer, une supériorité de talent qui manquaient à Monsieur.

Quoi qu'il en soit, le maréchal de Gassion ne cessa, depuis le premier jusqu'au dernier jour du siège, -de travailler avec diligence et assiduité. Il eatedlait dans toutes les parties du métier et montrait qu'il était aussi bon ingénieur que soldat de campagne. Rien ne l'arrête, ne le surprend ; il trouve remède à tout, dominç les difficultés les plus épineuses par des expédients assurés. On ne le connaissait, jusqu'alors, que pour son adresse à enlever rapidement un quartier ennemi, à rompre un escadron avec furie. Pour l'attaque des places les mieux fortifiées, il ne le cède à personne. C'est un prodige qu'il puisse fournir à la fatigue et à un travail sans relâche. Pendant ce siège, il a fait les plus grandes charges et les plus petites fonctions de l'armée, jusqu'à tenir les tonneaux, avancer les fascines, pour obliger les autres à faire de même, tant il avait de zèle et d'ardeur pour la gloire de sa patrie et le service de son roi ( 3 ).

Sa correspondance avec Mazarin, pendant ce siège, est très intéressante.

J'ai reçu, lui écrit le cardinal, par la vôtre des nouvelles fort exactes de l'état du siège. Je vous suis très obligé de la peine que vous avez prise de me les mander et vous conjure de continuer. Je suis bien de votre sentiment qu'on ne peut s'assurer du bon succès de cette entreprise jusqu'à ce qu'on ferme aux ennemis l'entrée du secours qu'ils envoient par mer à la place assiégée (*). C'est k quoi, je crois, que rien

i. M. le Cardinal de Retz, t. I.

a. Gabriel Naudé.

4. La Hollande fournit une flotte, commandée par l'amiral Tronip, pour bloquer le port.

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ne sera oublié de la part de Son Altesse Royale et de ceux qui servent le Roi sous ses commandements et, puisque tout dépend de la prise du fort Philippe, je me persuade qu'on fera tout devoir pour s'en rendre maître.

Puisque les ennemis regardent encore le progrès du siège et ne menacent point nos frontières, vous ne sauriez être mieux, pour le service du Roi, qu'au lieu où vous êtes ; mais, s'ils quittent le poste où ils sont et tournent leurs forces ailleurs, vous savez ce qu'en ce cas là je vous ai écrit des intentions de la Reine et de l'opinion qu'EUe a que la sûreté de la frontière dépend, en partie, de votre présence. Je ne m'étendrai pas plus sur cet article vous en ayant écrit fort particulièrement par le sieur de Courte ils.

Je vous renouvellerai seulement, avant de finir, la prière que je vous ai faite par mes précédentes, qui est de passer pour l'amour de moi, sur les petites considérations auxquelles vous pourriez avoir répugnancq et de donner cela à l'amitié que vous m'avez promise et au service de Sa Majesté.

Vous entendez bien ce que je veux dire et je ne doute point que vous le fassiez, tant pour la passion que vous avez pour le bien de l'État qu'à cause que je suis assuré que vous m'aimez (').

Le cardinal trouvait, cependant, que la présence du maréchal était plus nécessaire ailleurs qu'à ce siège. 11 lui fait pressentir qu'il sera appelé à un autre commandement pour prévenir, s'il était nécessaire, les desseins de l'ennemi :

La Reine sait combien vous êtes utile partout où vous vous trouvez et la peine qu'aura Son Altesse Royale de se voir priver d'un homme d'un aussi grand service. Mais Sa Majesté a une si grande confiance en votre capacité, en votre vigilance et en votre courage, que si les ennemis entreprenaient rien de ce côté-là, Elle ne saurait avoir l'esprit en repos qu'Elle ne sache que vous y soyez. Je ne doute point que ce soit avec une grande joie que vous vous portiez à faire ce qui est sa volonté et que votre plus forte passion ne soit de plaire à une maîtresse qui vous a donné une si grande preuve de l'estime qu'Elle fait de votre personne.

Mais, d'autant que ce détachement pourrait être sensible à Son Al-' tesse Royale, à cause du besoin qu'Elle croit avoir de vous, vous aurez l'adresse de l'y disposer et de faciliter toute chose afin que cela se fasse bien à propos. Vous ne manquerez point de celles qui sont nécessaires

i. Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère.

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pour le sujet que je vous écris et M. le duc d'Enghiea (') sera toujours en état de vous envoyer, en cas de besoin, un renfort considérable.

Si la bienséance souffrait qu'après vous avoir fait connaître la volonté de la Reine, je puisse mettre en avant ma considération, j'oserais me promettre de votre amitié que la prière, que je vous fais de vous tenir prêt, s'il est nécessaire pour cette action, ne sera pas inutile. Mais, ayant un plus fort motif de le faire, je mè contenterai de vous assurer que je ferai valoir, comme j'ai accoutumé, votre conduite et vos actions selon leur mérite, et que je ne perdrai pas l'occasion de vous faire 'paraître que personne au monde ne peut être plus que moi, etc.( a ).

Mazarin ne savait comment s'y prendre pour mettre fin à la rivalité qui ne faisait que s'accentuer entre les deux maréchaux : « Ce qui me fait de la peine, écrivait-il au duc d'Enghicn, et dont je vous fais confidence comme à un tfe mes meilleurs et fidèles amis, est que je ne vois pas l'union parmi les chefs qui servent dans cette armée-là, ce que vous savez être absolument nécessaire pour le succès d'une aussi grande entreprise, »

De plus, M. le prince n'aurait pas été fâché de voir retirer un tel lieutenant au duc d'Orléans, ce qui aurait pu compromettre une entreprise confiée à son ennemi.

Une autre lettré donne la preuve certaine, indéniable, que toutes les espérances de la cour, pour la réussite des opérations du siège, étaient fondées sur les talents militaires du maréchal de Gassion, à qui l'on ne cessait de donner des marques multiples du soin que l'on prenait de sa fortune.

Mazarin écrit de Ruel, le 3 juin i644 :

Monsieur, je m'étais bien attendu de votre amitié que vous considéreriez les prières que je vous ai faites, vu principalement colles qui n'ont pour fin que le service du Roi, dont je ne doute pas que vous fassiez toujours la règle de votre conduite.

Tant que les ennemis ne quitteront pas le poste où ils sont et qu'ils donneront de la jalousie au siège, il importe que vous y demeureriez n'y ayant rien a craindre d'ailleurs. Mais, dès qu'ils se remueront et

i. II venait de recevoir ud commandement en Champagne, dont il prenait le gouvernement laisse vacant par la démission du maréchal de L'Hôpital, a. Lettres de Mazarin, B. N., 171g, t. a, p. 10/j.

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pourront entreprendre sur nos frontières, vous vous concerterez avec Son Altesse Royale des moyens et des formes avec lesquels vous devez aller vous opposer à eux. Ce qu'arrivant, vous ne laisserez point d'avoir votre part de la gloire de la prise de Gravelines, si -elle se fait, ayant tant contribué pour l'assurer. Vous en aurez encore à celle de la frontière, en .l'allant défendre si on l'attaque.

Cependant, ce sera k Son Altesse Royale a voir si, après que la circonvallation sera entièrement achevée et en sa perfection, il ne serait pas à propos qu'une partie de la cavalerie, qui ne peut, sans doute, que pâtir et être incommodée au dedans, en sortit et s'en allât loger en quelque quartier proche où elle serait plus commodemment. Vous pouvez, étant sur les lieux, mieux juger cela que nous, qui en sommes éloignés.

Pour ce qui est des travaux et autres choses nécessaires pour l'acheminement du siège, assurez-vous que vous ne manquerez de quoi que ce soit, et le sieur de Roannez (') part tout maintenant avec cinq mille pistoles que j'avance du mien, outre les cent mille qui ont été envoyés il y a quelques jours et les vingt-cinq mille pour les Hollandais.

Je remets au sieur de Beaugy( 2 ), que j'ai entretenu fort au long de ce qui vous touche, a vous dire plusieurs autres choses, entre autres la satisfaction qu'a eu la Reine d'apprendre . par le rapport que je lui ai fait de la lettre que vous m'avez écrite, la parfaite dépendance que vous voulez avoir de ses volontés et de la facilité que vous apportez, toute autre considération mise a part, k faire réussir la (in pour laquelle vous êtes la et k laquelle tout le reste doit se rapporter, qui est la con- " quête de Gravelines. Je ne saurais vous exprimer la joie que j'ai en mon particulier de vous voir en cette disposition, puisqu'elle me donne plus de moyen de vous servir auprès de Sa Majesté et d'y avancer vos intérêts, qui est une des plus fortes passions que j'ai, étant véritablement, etc. (').

Les deux maréchaux n'auguraient pas bien du siège et se plaignaient que le véritable général d'armée fût l'abbé de La Rivière ( 4 ), aumônier et favori de Monsieur. Les travaux avançaient lentement. De plus, l'ennemi, campé à Mardyck, le long du canal de Dunkerque, faisait toutes les nuits des reconnaissances dont

i. De Rouanelte (Gaspard de MichaJ) avait une compagnie dans le régiment de cavalerie française du cardinal Mazarin. Lève, en 1647» un régiment de son nom; se trouve sous le maréchal au siège et à la prise de La Bassée.

a. Capitaine des gendarmes du maréchal.

3. Lettres de Mazarin pendant son ministère. B. N. 1719, t. 9. F. to3, GninoBL.

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