‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 58 sur 93 · Lettres de Mazar'n, B. N., 1719, t. a · texte numérisé non relu

Lettres de Mazar'n, B. N., 1719, t. a

l36 JUAN DE GASSION

ment », ajoutant « qu'il aimerait mieux que G ra vélines ne fût pas pris plutôt que de lui savoir la moindre égratignure » (*).

Le maréchal de Gassion s'empare du fort Saint-Philippe, du canal et des redoutes qui joignaient la ville à la mer et fermaient le passage le long de la côte. Pendant ce temps, le comte de Rantzau emportait le fort de l'Écluse.

Dans la nuit du 21 au 22 juillet, se trouvant au bout du pont de la demi-lune, le maréchal fut atteint, au milieu de l'estomac et sur le cœur, d'une mousquetade qui perça sa casaque et trouva résistance à son collet de buffle. Elle ne fit qu'une contusion et une grande meurtrissure, mais lui enleva l'usage de la parole. Son homme de chambre l'ayant soigné immédiatement, il en éprouva un tel soulagement que, avant de sortir de la tranchée, il put donner les ordres nécessaires. Monsieur, le maréchal de La Meilleraye et les principaux officiers vinrent le visiter ( 2 ).

Cette attaque décida du sort de la place, qui se rendit le 28 juillet.

Les deux maréchaux voulurent entrer, chacun le premier à la tête de son régiment, et s'obstinèrent dans la résolution qu'ils avaient prise. Ils mirent l'épée à la main. « Navarre à moi », criait Gassion, qui faisait appel au corps qui était dans la tranchée avec lui. M. de La Meilleraye, de son côté, se mit à la tête des Gardes.. Les uns montèrent par la brèche pour entrer, les autres prirent par le haut pour les en empêcher, tous ayant la mèche sur le serpentin. M. de Lambert ( 5 ) voulut les calmer sans réussir, disant qu'il allait envoyer demander à M. le duc d'Orléans comment il désirait jque la chose finit. « Messieurs, dit-il aux deux régiments, vous êtes des troupes qui êtes au Roi. Il ne faut pas que la mauvaise intelligence de deux généraux vous fasse couper la gorge. C/est pourquoi je vous commande, de la part du Roi et de M. le duc d'Orléans, que vous ayez à retirer vos armes et que vous n'obéissiez plus ni à M. de La Meilleraye, ni à M. de Gassion. Je vais en donner avis à M. le duc d'Orléans, afin qu'il ordonne ce

3. Jean de Lambert Saint-Bris, maréchal de camp le 3i mars iô35, lieutenant général e 6 mai 1648, mort, en 16 85, à l'âge de quatre-vingts ans.

DEUXIÈME CAMPAGNE DE FLANDRE l3*]

qu'il lui plaira. » Puis il dit à M. de La Meilleraye : « Monsieur, je vous prie "de vous retirer », et autant à M. de Gassion, qui fuïerit contraints ide le faire ( f ).

' Cette affaire fit beaucoup de bruit : « H est très fâcheux, écrit Mazarin à M. le duc d'Enghien, que ce démêlé se soit passé presque en vue des ennemis, et qu'il s'en ait peu fallu que les troupes se soient partagées pour se battre les unes contre les autres. »

Du camp de Langdencheling, M. le duc répond : « Ce que vous me mandez de MM. de La Meilleraye et de Gassion m'afflige extrêmement, et je ne comprends point pourquoi on a voulu faire une chose qui choquât si fort M. de Gassion et qui est tout à fait injuste, le contraire s'étant pratiqué dans tous les autres sièges qu'on a faits. Je vous prie que ceci demeure entre noùs( a ). »

Gustave-Adolphe avait fait adopter de nouveaux principes dans la tactique en créant l'artillerie légère et en rendant l'infanterie plus mobile. A Rocroi, le duc d'Enghien transforma les bases de la stratégie en appliquant l'art des grandes manœuvres.* A Gravclines, le maréchal de Gassion a fait prévaloir des principes nouveaux dans l'attaque des places.

« Il osa, dit du Prat, avancer une méthode particulière, laquelle il appuya d'un raisonnement solide, qui fut suivi d'un succès avantageux. Il faut, dit-il, quitter la vieille coutume qui n'ose faire des logements que la nuit, de peur que si l'ennemi nous voiait à plein, il ne fist aussitost tresbucher à terre tout ce qu'il verrait. Bien au contraire, dans ces occasions, la nuit est favorable aux ennemis et le jour nous est avantageux. La nuit, ils allument et plantent sur le bord de la contrescarpe et jettent sur les glacis des feux 'd'artifice qu'il nous est impossible d'esteindre et qui leur donnent moien de voir du haut du rampart, sans estre vus, ceux qui s'avancent pour travailler. Et, ainsi, estant couvers de l'obscurité, ils nous canardent à plaisir; s'ils font sortie, nous ne verrons point par où ils sortent, et quand tirant de nos logemens, nous tirons les nostres aussi bien que les leurs.

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