I. M. DE PUTSÉGUR, t. II
a. Doc D'AU M A LE, À. P.
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« An jour, tout est égal. S'ils nous voient, nous les voyons aussi, et s'ils osent venir renverser nos toneaux à coups de main, nos mousquetaires les voient à plein, leur feront bientost perdre l'envie de faire de ces gesnérosités. Plus, ajoutoit-il, la nuit n'a point de honte. La gesnerosité ou la lascheté n'y voient point de témoins. Dans les ténèbres, il n'y a que les vraiment vaillana, qui sont très peu, qui font ce qu'ils doivent. Les autres cherchent leur seuretez. Enfin, ceux qui sont commandez de faire une action périlleuse, le font de jour avec beaucoup plus de résolution, estant ravis que leur gesnerosité puisse cstrc remarquée par ceux qui les ont honorez d'un tel commandement.
« Sur ces fondemens, le mareschal de Gassion se résolut d'y aller désormais en plein jour et pied à pied, se contentant d'abord d'un petit logement au bout du pont et auprès des glacis et , pour en presparer le chemin, il fit eslargir son logement et l'entrée du fossé et fist asseurer son pont de fascines en rapetissant avec quantité de àacs pleins de terre. »
, Du Prat raconte une singulière aventure qui arriva, pendant ce siège, au secrétaire du maréchal : « Le Bief, qui le servoit en cette qualité, allant du quartier Saint-Georges au fort Philippe, après avoir gagné un rideau qui le mettoit à couvert d'une pièce de la ville, qui venoit de tirer près de lui, en passant au fort de l'Escluse, s? piità me dire : « J'ai songé, la nuit passée, que je voiois mon « maistre, qui avoit pris son espée nue par la pointe, s'en aller, « entre deux murs, à des soldats, l'un desquels le couchant. en (( joue, l'avoit percé à jour d'une mousquetade en tel endroit, me ce disoit-il, en me montrant ses deux costez un peu au-dessous du « teston ; l'aianl vu, ajoutoit-il, tomber de ce coup et voiant en sa « mort ma fortune perdue. Outre de cette perte, je suis tombé « esvanoui près de lui, et la violence de la douleur, dont mon « imagination se troùvoit frappée, m'a fait esveiller incontinent « avec fraieur. » Ce qu'il me disoit avec le visage et la couleur d'un homme demi-mort. Ce fut en vain que j'entrepris de le rasseurer par le peu de fondement qu'il falloit faire sur des visions de cette nature, et particulièrement sur les siennes. Je vis bien que ce coup imaginaire lui avoit enfoncé dans l'âme une crainte véritable, dont il n'estoit pas aisé de le guérir. Deux jours après, le mare-
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chai de Gassion, aiant commandé qu'on lui apportât son dtner à la teste de la tranchée, ce pauvre jeune homme, qui avoit tesmoigné cent fois que son dessein n'étoit point d'aller dans un endroit où il n'avoit que faire, puisqu'il servoit son maiftre de la plume et non de l'espée et que si on lui voiait arriver quelque malheur en un tel lieu, on se moqueroit de lui ou à son nez ou après sa mort, voiant, en cette occasion, marcher lu plupart de la maison, par un mouvement subit, qui fit esvanouir sa résolution première, il se rendit le premier à la teste de la tranchée, et il n'oublia pas de chercher des seuretez'se séant là où il voioit le couvert de la fascine plus eslcvé et se courbant encore. A peine se fut-il rois dans cette posture, qu'une mousquetade, perçant la fascine, le vint traverser justement aux mesmes endroits que son songe lui avoit marquez sur son maître, aux pieds duquel il vint tomber ; après s'estre un peu levé, il mourut tost après.
« Cela me remes en la pensée deux vérités qui trouvent ailleurs des fondements assez solides. L'une que Dieu nous fait voir quelquefois dans le roulement confus des images même du songe et sur l'idée de la personne d'autrui ce qui doit arriver à la nostre propre, comme ce jeune homme se figurait voir mourir son maistre de la mesme sorte en laquelle son maistre le vist mourir deux jours après. L'autre vérité est qu'il n'est pas au pouvoir d'un homme de se tenir ferme dans une résolution la mieux préméditée, et que peu de chose est capable de la lui faire abandonner lorsqu'elle fait obstacle aux déterminations de l'Éternité. »
Le gouvernement de Gravelines fut donné à M. de Grancey ('), Monsieur retourna à la cour pour soigner sa santé et le commandement de l'armée fut donné à MM. d'EIbeuf et de Gassion.
Lettre du Roi au maréchal de Gassion du 12 août i644 sur le commandement de l'armée conjointement avec M. le duc d'Êl-
. Mon cousin, voyant que mon oncle le duc d'Orléans est obligé de quitter mon armée afin de pourvoir à sa santé et aussi le peu de dispo-
1. Rouxel, comte de Grancey, blessé grièvement à Saverne en 1637, mort en 1680. a v A. H. G. Dépôt général de !a Guerre. Ministère de M. Le Tel lier, 1644, t. $<>•
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sitioa de mon cousin le maréchal de La Meilleraye ce qui l'empescbe de pouvoir continuer à y servir, j'ay résolu par l'advis de la Reyne régente madame ma mère de donner à mon oncle le duc d*Elbeuf la charge de lieutenant général de mon armée pour la commander conjointement avec vous ou séparément et de la composer tant des troupes qui y ont esté toujours destinées que de celles que j'avois au commencement de cette campagne sous vostre commandement particulier et de celles qui servoient en Picardie et faisant néanmoins destacher du tout un corps considérable pour marcher sur la frontière de Champagne, lequel j'ay bien voulu vous faire scavoir par cette lettre et vous dis que l'intention de la Reyne régente madame ma mère et la mienne est que vous vous emploiez au commandement de ladite armée de Flandre conjointement avec mon oncle le duc d'Elbeuf ou séparément selon et en la manière qui vous sera prescrite par mon oncle le duc d'Orléans, auquel je mande de vous donner comme a mon dit oncle le duc d'Elbeuf les ordres de ce que vous aurez a faire pour le commandement de ma dite armée que pour agir le plus advantageusement qu'il se pourra pour mon service, a quoy me remettant, je vous asseureray seulement que celuy que je me promets bien que vous continuerés de m'y rendre me sera en très particulière considération, etc.
Lettre du Roi aux S** duc d'Elbeuf et maréchal de Gassion du 23 août i644 pour les obliger à tenir bonne intelligence entre eux sur rem» ploy de l'armée qu'ils commandent ( a ).
Mon oncle et mon cousin, bien que je ne doute pas que vous ne soyez tout deux disposés par vous-mesmes^a garder la bonne intelligence et correspondance qui doit estre entre vous en toute occasion, parce que vous cognoissés bien qu'il n'y a rien qui puisse aporter plus d'advancement au progrès de mon armée et que mesme que je scay que mon oncle le duc d'Orléans vous l'a si expressément recommandé en mon nom et au sien avant son despart, qu'il n'y si peut rien adjouter. Néanmoins, comme c'est chose que la Reyne régente madame ma mère et moy avons singulièrement a cœur, j'ay bien voulu par sou advis vous y convier encore tous deux d'y contribuer réciproquement, ce que je puis attendre de vostre sage conduite et de vostre affection au bien et advantage de mon service, vous asseurant que vous ne scauriez m'en faire qui me donne une plus grande ei plus sensible satisfaction.
Quant a l'employ de l'armée que vous commandes, je vous diray que
1. A. II. G. Dépôt général de la Guerre. Ministère de M. Le Tellier, i644» 1. 9°«
DEUXIÈME CAMPAGNE DE FLANDRE j4l
vous dey es conserver soigneusement les postes que vous occupes en Flandres pendant le moment que l'on pense de les mettre en si bon estât que les cunemis perdent toute espérance de les attaquer et que vostre principal but doit estre de prendre des quartiers d'hyver dans les pays ennemis, veu que vous ne pouves entreprendre aucune chose de plus utile et qu'en la disposition présente des Flamands contre les Espagnols, on ne peut mieux les porter k prendre .une bonjae résolution qu'en continuant k les incommoder dans le cœur de leur pays comme vous ave^ commencé de faire aux postes que vous tenes. Ces ennemis leur estant, de leur costé, beaucoup plus k charge que nous et leurs forces n'estant pas en estât de résister aux nostres, mais seulement de leur donner un redoublement de maulx, en sorte qu'il y a grande aparence que se trouvant pressés de toutes parts, ils chercheront k se délivrer de. ceulx qui ils voient, non seulement dans l'impuissance de les protéger, mais de qui ils sont le plus avant et le plus incessamment tourmentés et penseront k s'accommoder avec nous. Et en asseurant vous n'obmetres rien de ce qui sera possible pour profiter d'une conjoncture si favorable k mes affaires. Je ne vous en diray pas davantage, priant Dieu, etc.
Cette union si désirée ne sembla pas s'établir. Ce n'est qu'à leur retour à Paris que, sur les instances de la reine, ces deux chefs de l'armée se raccommodèrent.
Après avoir fait détruire les lignes de circonvallation de Gravelines, le duc d'Elbeuf et le maréchal de Gassion marchèrent vers Aire. Ce dernier fit une course de .quinze jours. à trois semaines dans le pays ennemi, s'empara de plusieurs forts et pilla la campagne jusqu'à Ypres.
D'Hazebrouck où il se trouvait, il envoya le marquis de Langeron, maréchal-de-camp, avec quatre mille hommes à Bailleul. Les supplications des pères jésuites et des capucins, qui y avaient leurs couvents, sauvèrent ce bourg de l'incendie, mais non du pillage. Le détachement rejoignit le maréchal qui, ne laissant à Hazebrouckque mille cavaliers et autant de fantassins, se dirigea avec le gros de son armée vers Ypres. Faisant avancer quelques troupes jusqu'aux portes de la ville, il lui fit offrir la protection de la France par un trompette que les magistrats retinrent prisonnier. L'arrivée du duc d'Amalfi (*) le força à se retirer.
i. Gouverneur des armées.
1^2 JEAN BE GASSIOtf
Vincarl (') rapporte que le maréchal avait le plus grand soin de ses hommes et, à l'appui de ce qu'il avance, cite une lettre du marquis de Traseignies ( a ) au duc d'Amalfi : « Jeudy, M. le maréchal de Gassion a accompagné son infanterie qui allait à Wathen, à la rivière de Tournefran qu'elle passa, l'eau jusqu'à la ceinture, dont M. de Gassion avait grand pitié et leilf dit : « Enfans, je vous « plains et vous assuré que j'écrirai à la cour pour soulagement et « ferai mon possible pour divertir le dessein du fort de la Folie « (ainsi intitulait-il le fort de Wathen) et quand bien on l'achève- « rait, il n'y aura que des hommes commandés de chaque régi- « ment. Adieu, messieurs, je me recommande. »
En septembre, l'armée s'était séparée en deux corps, l'un restant au fort Wathen et l'autre marchant en campagne.
Le i er octobre, le roi le félicitait sur la prise du fort d'Arqués, près de Saint-Oraer.
Mon cousin, j'ay esté très ayse d'aprendre par le sieur de Bougis comme vous avez pris le fort d'Arqués, qui est estimé de telle importance que je désire de l'advis dé la Reine régente madame ma mère que vous n'en parties pas jusqu'à ce que vous aies ordre de moi de le faire. Et que, cependant, vous vous y metties en estât que les ennemis ne puissent rien entreprendre contre nous. En me remettant au dit sieur de Bougis de ce que je pourrois adjouter à cette lettre, je ne vous la feray pas plus longue que pour prier Dieu, etc. (*).
Nouvelle lettre, datée du lendemain, sur les desseins que doit communiquer au maréchal M. de Villequier :
Mon cousin, par ma lettre, datée d'hyer, vous verres comme je désirais que vous ne partissiez point du fort d'Arqués, celle-cy est pour vous confirmer le mesme ordre et adjouter par l'advis de la Reine ré* gente, madame ma mère, que son intention et la mienne est que vous vous employés avec mes forces à l'exécution d'un dessein très important que le sieur de Villequier, gouverneur de Boulogne, capitaine des gardes de mon corps, vous communiquera et pour lequel vous agissies selon les advis qu'il vous donnera comme ayant seul cognoissance de
i. Relation des campagnes de 1644-1 645, par Jean-Antoine Vuicart.
2. Lieutenant gouverneur et capitaine général des Flandres au nom de Philippe IV.