DEUXIÈME CAMPAGNE DE FLANDRE
l'affaire ; et e'est pourquoy je me remets complètement à luj de ce qu'il vous en pourrait dire, vous recommandant d'y aporter un tel se* cret que la chose demeure entre vous et luy. Jusqu'à l'effet et dans Fattente de ce qui réussira d'une entreprise dont le succès seroit si advantageux à TEstat, je prie Dieu, etc. ( , ).
Lé secret de l'entreprise a été bien gardé, car on ne trouve, aux archives de la guerre, dans la correspondance du cardinal Mazarin et celle de Le Tellier, rien qui puisse renseigner sur son objet.
Les autres lettres du roi ont rapport à l'installation des quartiers d'hiver ; il y est manifesté le désir d'envoyer le régiment du maréchal en garnison pour se rafraîchir à cause des nombreuses fatigues qu'il a eu à supporter pendant cette campagne.
Au cours de cette marche sur la frontière, Gassion a prouvé qu'il réunissait toutes les qualités du général, sachant faire supporter à son armée les périls et les fatigues, y entretenant, par son autorité, une subordination que Mazarin regrettait de ne pas* voir dans les autres troupes. Il faisait garder ses quartiers d'après les règles de l'art militaire, se préoccupait des mesures les plus sages afin d'y entretenir, sinon l'abondance, au moins le nécessaire, dans des contrées dévastées par le passage continuel des troupes et fatalement choisies pour toutes les opérations de la guerre. 11 mettait à contribution les pays par où l'ennemi pouvait arriver pour se ravitailler.
Jamais il n'a cherché, à intercepter la gloire des services d 'autrui. Les officiers avaient en lui un témoin fidèle de leurs actions. 11 excellait à manier les armes et les chevaux, franchissait les plus grandes distances avec une merveilleuse rapidité, ne se laissait jamais arrêter par des cours d'eau qu'il passait souvent à la nage. Partout et toujours, il faisait preuve de prudence et de hardiesse, ralliant souvent ceux qui pliaient, barrant le chemin aux fuyards et leur faisant tourner le visage à l'ennemi. Il châtiait cruellement les déserteurs et les pillards, mais fermait les yeux sur d'autres délits. Il n'engageait pas dans une longue marche les chevaux fatigués à la suite de courses. Sa préoccupation constante était
i. A. H. G. Ministère Le Tellier, t. go.
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de trouver de .bons quartiers pour rafraîchir, comme on disait alors, son armée.
On en jugera par ce passage, emprunté au manuscrit de du Prat : a Pendant nostre séjour de huit ou dix jours à Nieulé, on a esté mis en bonne défense par les soins du duc d'Elbœuf. Le maréchal de Gassion voiant que la saison fort avancée (c'estoit la fin d'octobre) ne lui permettpit pas d'entreprendre rien de nouveau sur les ennemis, jugea que pour achever cette campagne, il ne lui restoit plus qu'à donner à ses troupes de bons quartiers de rafraichissemens, qui ne fussent pas à charge à la France, ce qu'il exécuta de cette façon.
« Estant bien informé qu'une bonne partie de la frontière et du pays nouvellement conquis, s'estoit remise sous la faveur des con^ tributions et se trouvoit pourveu d'une grande quantité de fourrages, il résolut d'y faire subsister son monde le plus qu'il pourroit. Pour cet effet, après avoir renvoie, par ordre de la Cour, à Ouaté, tout ce qu'il avqty d'infanterie, il partit avec sa cavalerie de Nieulé le 26 octobre et alla camper à Quevilly, à l'abbaye de Blangy, à Filieuse, où il séjourna huit ou dix jours. Delà, il fut campé à Croizet, à Mouche-aux-Bois, à Hamelincourt, à Quean, à Ribecourt, d'où l'on fust passé l'Escaut à Marconin, entre Crevecœur et Cambray, d'où don Estevan de Gamara, gouverneur et espagnol naturel, non content de sortir au devant de lui avec quatre-vingt chevaux et avec dessein de lui faire compliment, témoigna au comte de Quinsay, avec lequel il s'aboucha, que s'il eut prévu le passage du maréchal, il eut fait tendre, sur une hauteur, un pavillon pour le recevoir, et y eut fait apporter le disner. Le lendemain, qui estoitle 19 novembre, il lui escrivit avec toute la civilité qu'on pourroit imaginer. Comme le premier dessein du maréchal de Gassion avoit esté de faire prendre à toute l'armée ses quartiers d'hyver sur la Lys, aussi son dernier estoit de s'en aller au Quesnoy et tout le long de la Sambre en un très beau et très riche pays et là, avec cinq cents mousquetaires, mettre son monde à couvert et leur doner le plus beau rafraîchissement qu'ils eussent jamais eu. En vérité, nous fusmes ravis de voir son dessein rompu par l'arrivée des quartiers d'hyver, qui n'apporta pas peu de joie à tout le monde. 11 faut avouer que cette marche ne