DEUXIÈME CAMPAGNE DE FLANDRE
fat pas des moins considérables et en sa méthode et en ses effets. Elle fut digne du maréchal de Gassion, hardie, judicieuse, avantageuse, et à la France qui récent autant de soulagement, et à Tannée qui n'y fît pas mal ses affaires et qui y trouva assez bien son compte. Par cette marche, il obligea les ennemis de destacher un corps considérable de cavalerie pour le costoier et pour l'observer par crainte d'une nouvelle incursion. Et, par ce moyen, il fit aussi diversion d'une partie des forces qui pouvoient estre emploiez contre Ouaté. Aussi, le soulagement que la France receut de cette prolongation des quartiers d'hyver et d'une telle subsistance sur la frontière ennemie contrefesoit très avantageusement toutes les incommoditez que l'entrée d'un hyver assez rude nous pouvoit faire souffrir. Ce que le mareschàl de Gassion voulut faire reconnoitre, lorsqu'à son premier logement en France il se prit à dire à ses officiers qui estaient à sa table : « Aujourd'huy, nous « commençons à manger nos amis, où nous ne scaurions arrester « deux jours qu'il ne leur en couste plus de 10 ooo éscus ; hyer, « nous mangions nos ennemis, cela estoit plus naturel. 11 est vrai « qu'après avoir fait la guerre aux hommes, nous commençons à « nous lasser de combattre contre la nature et de souffrir la guerre « du temps. »
« Mais aussy, tout suivant, sans qu'aucun se desbandait, toutes les troupes donnaient une belle preuve de leur obéissance. Ceux qui disoient : « Nous sommes François et on nous traite à la suéce doise » ne laissoient pas de filer aussi bien que ceux qui portoienl gaiement une fatigue qui durcissait le corps et qui épargnoit le pain de la France. Celte expérience nous apprit que s'il y a des nations qui fatiguent plus que la nostre, elles doivent cette fermeté plustôt à leur résolution et à l'accoutumance qu'à leur air et à leur tempérament, et que quand nous voudrons nous y résoudre et y prendre habitude, nous sommes capables de faire et de souffrir les mêmes choses. Ces duretez rendoient aussi plus agréable la mémoire du rafraîchissement de la Flandre, on ne faisoit point de logement en cette marche, qu'on ouït dire : « Vive Ypres, vive « Hazebruch et Bailleul », mêmes que quelques-unes de nos incommoditez se trouvèrent avantageuses. Le brouillard espais, qui ne nous abandonnoit guère dans cette entrée de l'hyver, rendoit inu-
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tile le guet qui sfe faisoit sur les émminenses et sur le haut des arbres, donnoit souvent moien aux compagnons de trouver la pic au nid. »
Ces extraits* du manuscrit de du Prat donnent une idée de la manière dont le maréchal de Gassion entendait la guerre, non seulement au point de vue de l'action dans le combat, mais aussi pour y préparer les troupes, qu'il savait entretenir en état afin de pouvoir leur demander, à un moment donné, des efforts considérables auxquels il prenait toujours une part active. - On sera étonné de trouver, dans ses instructions concernant le service de sécurité, des mélhodes qui ont été mises en pratique dans le siècle suivant, et qui servent encore de base aux règle* ments actuellement en vigueur. Oh a beaucoup coordonné, ordonnancé, décrété depuis lui, mais peu inventé.
Les ennemis se préparaient à effacer les effets désastreux produits par cette campagne dans les Flandres; N'ayant rien entrepris, leurs forces n'avaient souffert aucune diminution sérieuse et ils étaient en état de recommencer les hostilités dès qu'ils en trouveraient l'occasion. Aussi, cherchaient-ils toutes les occasions de prendre leur revanche et étaient fort bien servis par leurs espions, qui les tenaient au courant de tout ce qui se passait dans les camps du maréchal de Gassion. Ils savaient que, dans sa dernière marche, il n'avait presque pas d'infanterie et que sa cavalerie était composée, en grande partie, de compagnies ne faisant ni garde, ni guet. Ils le voyaient, tous les jours, passer en vue de leurs frontières, devant leurs postes. Jamais ils n'osèrent l'attaquer et porter, de jour ou de nuit, l'alarme dans ses quartiers. Ils savaient trop bien à qui ils avaient affaire, avaient trop de sagesse pour venir attaquer un chef aussi vigilant, un homme que l'on rencontrait plus souvent aux avant-postes que sous sa tente. -S'ils eussent voulu le visiter, ils auraient vu qu'il avait donné bon ordre pour les recevoir.
Le maréchal n'ignorait pas qu'ils n'oseraient l'attaquer qu'avec un corps plus considérable que le sien, mais savait aussi qu'ils -pouvaient avoir quelque homme de parti entreprenant et hardi qui, avec a une troupe gaillarde », pourrait tenter de se jeter la nuit sur ses quartiers.