DEUXIÈME CAMPAGNE DE FLANDRE I
« Pour prévenir des accidens de cette sorte, écrit du Prat, il ne se contentoit pas de la garde ordinaire, laquelle, si elle est proche du quartier, on entre dedans en la poussant et si elle est esloi* gnée, on la peut couper. 11 jugea que P ordre, qui met un corps de 100 chevaux à l'entrée du quartier, à demi-quart de lieue une garde de 5o, à demi-lieue une de 20 et, plus loin, une de 5, avec des vedettes entre deux, tout cela tirant pour donner l'alarme à ceux qui sont derrière et arrester d'autant les ennemis qui sont obligez, ne pouvant pousser les gardes sans se mettre en désorv dre, de faire alte pour regarder si tout suit et reprendre leurs rangs, il jugeoit, dis-je, qu'un tel ordre quoique fort asseuré, estoit de trop grande fatigue pour ses troupes qui n'estoient que médiocre. Sa méthode estoit de faire plusieurs petits partis de cinq ou six cavaliers au plus, mais bien montez et bien commandez par un brigadier, homme de résolution et assuré. Ils jetoient ces petits partis par toutes les avenues par où les ennemis pouvoient venir, avec ordre de s'en aller, chacun avec son garde au plus près des ennemis qu'il se pouvoit, se tenir sur une hauteur, les hommes escartez à quelque distance, souvent ventre à terre pour mieux sentir si rien s'avançoit, commander, s'ils descouvroient l'ennemi, de destacher aussitost un cavalier pour venir avertir le quartier à toute bride et, en mesme temps, se retirer de quatre ou cinq cents pas sans donner aucune alarme et, delà, si on entendoit le mesme bruit, enyoier pareillement un autre cavalier pour donner avis- comme les ennemis continuoient de s'avancer et ainsi conséquemment. « Mais, gardez-vous bien, leur disoit-il, de leur « donner l'alarme. Le jour venu, retirez-vous. » Cet ordre donnoit du temps de se mestre en estât de recevoir les ennemis de bonne grâce et ne fatiguoit point son monde. »
Au cours de cette campagne, le maréchal s'était défait de la lieutenance générale de Touraine.
Sur le Rhin les conquêtes des Français étaient menacées.
La prise de Gravelines, le secours de Fribourg doivent-ils être regardés, après Thionville, comme le couronnement du succès de Rocroi et attirent-ils, encore, l'attention de ceux qui s'occupent sérieusement de l'art de la guerre, tant au point de vue des sièges que de l'action de la cavalerie contre une armée de secours. Si,
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dans les Flandres, Gassion a montré ses qualités d'ingénieur et fait preuve, en toutes circonstances, d'une merveilleuse audace, Rose a acquis une grande réputation par la hardiesse de sa marche, la célérité de ses mouvements, le sang-froid de ses cavaliers en présence du danger. Il a dérouté la prévoyance ordinaire de Mercy,
Ces deux capitaines ont contribué, à des titres différents, au succès d'une campagne qui, sans être marquée par une grande bataille, n'en a pas moins eu son importance par suite de ses résultats. Aussi, l'Histoire n'a pas oublié d'enregistrer à ses plus belles pages la conduite du duc d'Orléans, de Gassion, du duc d'Enghien, de Turenrie, sans omettre les hauts faits accomplis par un des chefs les plus en vue de la cavalerie weimàrienné qui, à la tête de cavaliers hardis et déterminés, a vraiment fait dés prodiges de valeur.
Quant à Gassion, il n'a pas démenti, pendant toute cette campagne, la confiance que l'on avait en lui. « Nous ne pouvons, écrivait le roi, en donner le commandement ( x ) à un chef qui puisse s'en acquitter plus dignement que nostre très cher et bien aymé cousin, le sieur de Gassion, mareschal de France, nostre lieutenant gesneral en Touraine et mestre de camp gesneral de notre cavalerie légère pour avoir fait connottrè une grande capacité, expérience de la guerre, valeur, vigilance et prudence en divers employs importans quy luy ont esté confiés, tant dans les armées estrangères des princes nos alliés que dans les nostres( 2 ). »
i. On avait assemblé une troisième armée pour donner la main, selon le besoin, au duc d'Orléans en Flandre ou au duc d'Enghien en Champagne, a. B. N., Fonds Le Tellier.