‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 69 sur 93 · Duc d'Aumale, t. IV · texte numérisé non relu

Duc d'Aumale, t. IV

COURTRAI DUNKERQUE l6l

la part du duc d'Enghien des marques d'estime. Il l'embrassa et lui demanda si on avait rendu tous les prisonniers comme cela était convenu. Il fut répondu qu'il en restait encore six entre les mains des gens de M. de Gassion. Gela fâcha le duc, qui fît appeler le maréchal et lui demanda, sur un ton très élevé, pourquoi il n'avait pas exécuté les ordres qu'il avait reçus. M. de Gassion lui répondit sur le même ton ; se tournant alors vers lui, le duc lui dit : « Monsieur de Gassion, rendez les prisonniers que vous avez et les rendez présentement. Quand je commande quelque chose, je veux qu'on m'obéisse et vous ferai aussi bien obéir que le dernier homme de l'armée ('). »

« L'année de la bataille de Rocroy, le duc d'Enghien, qui était jeune et sans expérience, avait entière créance en Gassion, lequel, comme nous avons vu, insista pour faire donner cette bataille en suite de laquelle le duc demanda avec empressement qu'on le fît maréchal de France, ce qui fut fait et, par là, il tenait Gassion pour sa créature. Les deux campagnes suivantes, ils servirent séparément et en celle-ci se retrouvèrent. Tant que M. le duc d'Orléans y fut, ils n'eurent pas de sujet de dispute, mais après son départ, le maréchal voulait vivre avec lui comme autrefois, qui était comme vieux routier avec un écolier qui ne se gouvernait que par lui( a ). Mais les temps étaient bien différents, car les deux années que le duc avait servi en Allemagne et les victoires qu'il y avait obtenues avaient augmenté son expérience et sa réputation. Tellement qu'il ne se laissait plus conduire par personne et se croyait aussi habile dans la guerre que le maréchal, lequel il considérait comme son lieutenant et sa créature, qui devait être dévoué à toutes ses volontés et, un jour, il lui envoia un ordre, mais le maréchal, dans la confiance que le duc approuverait tout ce qu'il ferait, y changea quelque chose, ce qui piqua le duc au vif et, dans la pensée qu'il eut que le maréchal était bien aise qu'on crût dans l'armée qu'il le gouvernait, il prit son temps, à la tête des troupes, de le gourmander rudement. Et sur ce, que le maréchal voulait lui dire la raison, le duc lui répondit que ce

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