‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 71 sur 93 · Th. La vallée, Histoire des Français, t. llf, p. i5a · texte numérisé non relu

Th. La vallée, Histoire des Français, t. llf, p. i5a

COURTRAI DUNKERQUE i 63

lui donna celle de Catalogne, où on va le voir échouer devant Lérida ( J ).

Sans placer « l'excellent officier, le vaillant cavalier » sur un piédestal, sans rien enlever à la gloire de celui qui sera le grand Condé, il est permis de s'élever contre cette opinion que Gassion n'est pas le véritable vainqueur de Rocroi « parce qu'il n'a pas gagné plusieurs batailles rangées ». L'histoire a justement proclamé, en la personne de celui qui commandait en chef, le héros de la journée du 19 mai i643, comme celui de Fribourg et de Nordlingen, mais elle n'a pas oublié, non plus, d'attribuer les causes principales du succès à Gassion, à Rosen, à Turenne.

Les intérêts privés, l'ambition non satisfaite n'ont jamais rendu Gassion moios attaché à la cause royale et, quand on parle de « l'appui qu'il perdait », on est en droit de se demander si le prince de Condé aurait été à même de le lui continuer. N'allait-il pas franchir bientôt les bornes de l'obéissance et du respect qu'un homme de sa naissance doit à son souverain? Depuis la bataille de Rocroi jusqu'à la journée de Scnef, depuis le commencement de la carrière glorieuse du duc d'Enghien jusqu'au moment où le grand Condé se retirera à Chantilly, pendant plus d'un demi-siècle, la France sera sous l'impression des victoires du héros. Mais les lauriers, moissonnés sur tant de champs de bataille, ne pourront jamais appeler la vénération complète de la postérité.

Le vainqueur de Lens a contribué pour beaucoup à l'éclat comme à la gloire du siècle de Louis XIV, à l'agrandissement de la France. La voix éloquente de Bossuet a fait le récit de sa vie militaire, de sa passion pour les choses de la guerre, de son énergie dans les occasions les plus périlleuses. Mais, dans le tableau éclatant de cette vie, sur le monument élevé à la mémoire du héros, la renommée n'a pu effacer les pages sur lesquelles sont inscrits ses exploits contre son roi, qui représentait alors l'idée de patrie. Aussi, tout en reconnaissant les qualités brillantes de son petit-fils et de son neveu, le duc de Bourbon et le prince de Couli,

1. Le duc d'Enghien devient prince de Condé par la mort de son père, a6 décembre

Louis XIV redoutera toujours leur ambition. A Necrvvinde, ils combattront avec ardeur, mais leur faveur à la cour n'étant pas égale à leur gloire, ils s'éloigneront bientôt des affaires de la guerre pour se livrer aux intrigues d'alcôve et devenir les tristes héros de coteries ministérielles (*).

Le caractère du duc d'Enghien était-il toujours égal et ses relations, avec les généraux placés sous ses ordres, ne se ressentaientelles pas de sa naissance, de sa jeunesse, de sa santé ? Quelle que soit sa valeur, il se laissait facilement emporter à des écarts de langage, tant par le feu de ses pensées que par sa trop grande confiance en lui-même. La correspondance de Turenne pourrait le faire croire.

Comme il n'entendait exercer l'autorité suprême que dans la belle saison, il se retira vers le milieu d'octobre à la cour, laissant le commandement de l'armée aux maréchaux de Gassion et Rantzau.

<( Gassion, alors âgé de trente-huit ans, dit Sismondi, était un des meilleurs généraux que possédait la France : huguenot et soldat de fortune, sobre, actif et dormant peu, il avait appris l'art de la guerre sous le duc de Rohan et dans les armées suédoises. Rantzau était né protestant comme lui, mais dans le Holstein. Il avait aussi été formé dans les armées de Gustave- Adolphe. Toutefois, il y avait entre les deux maréchaux, dont le dernier avait fait récemment abjuration, une constante antipathie. Jamais l'un n'avait un avis sans que l'autre le combattit. Rantzau était, du reste, flatteur et courtisan autant que Gassion était frondeur.

Pendant le siège de Mardick, la rivalité de MM. de Gassion et de Rantzau coûta deux cents hommes. L'ennemi ayant fait battre la chamade ( a ), ils voulurent presser l'attaque chacun de leur

i. Quelques jours avant l'entrevue de Pilnitz, le prince de Condc, le chef de l'émigration, adressa un manifeste à l'Assemblée nationale dans lequel il explique la conduite de ses ancêtres. « Henri de Condé combattit pour la liberté de conscience, Henri de Condc, deuxième du nom, attaqua le despotisme de la régence et l'autorité des ministres sous la minorité de Louis XIII. Il se déclara ouvertement le protecteur du tiers état. Le prince de Condé, conjointement avec les Parisiens armés et réunis attaqua le pouvoir tyrannique du cardinal Mazarin, etc., etc. »

a. Ou parlementaire.

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