‹ Le maréchal de Gassion, 1609-1647Chapitre 80 sur 93 · Mémoires, t. 1, p. i84-i85, éd · texte numérisé non relu

Mémoires, t. 1, p. i84-i85, éd

MORT DU MARÉCHAL DE GASSIOX iy3

Dans une lettre adressée à M. le Prince ('), le cardinal ne peut s'empêcher de manifester sa mauvaise humeur.

Amiens, ce 22 juin 1647.

Enfin, Monsieur, nous avons eu raison de La Bassée, aussi bien que de Dixmude. M. le maréchal de Gassion la emportée en quatre jours de tranchée ouverte et y est entré le 18 de ce mois, en même temps que les ennemis, dégagés du siège de Landrecies, marchaient k grands pas pour venir, disaient-ils, forcer nos retranchements ; mais on y avait si bien pourvu qu'ils eussent trouvé le maréchal de Rantzau arrivé avec son corps dans les lignes.

La plus grande partie de la cour qui, comme vous savez, attend toujours les événements pour louer ou blâmer ce que l'on entreprend, ne s'en était pas voulu donner la patience en ce rencontre, car la plupart se disaient à l'oreille l'un à l'autre qu'il était un peu gaillard de faire deux sièges tout à la fois ; mais, k présent qu'ils ont réussi, ce qu'ils pourront faire, c'est de la donner k la fortune ; ce que je puis dire sans vanité être tout k fait faux, et que la résolution a été prise k point nommé et dans de telles circonstances que, sans accident du tout extraordinaire, la chose était infaillible (').

Si Ton rapproche cette lettre de celle écrite, douze jours auparavant, par le roi à Gassion, on constate les indécisions de la cour, pour l'opportunité d'un siège que la valeur et l'énergie du commandant de l'armée ont seules rendu favorable aux armes de la France.

Le maréchal est maintenu sur la frontière pour s'opposer aux entreprises que les ennemis pourraient y faire après la prise de Landrecies, a parce qu'autrement Paris eût crié et toute la France » (*).

Cet aveu du cardinal prouve quelle était la popularité de Gassion et dénote l'opposition qu'il rencontrait dans l'entourage de Mazarin.

Aussitôt qu'il fut remis d'une maladie qu'il avait contractée dans la dernière campagne et qui l'avait forcé à prendre un peu de

1. Le duc d'Enghicn était appelé M. le Prince depuis la mort de son père, arrivée l'année précédente.

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