Revue des Deux Mondes, du ï'> ni.ii
GUÉBRIANT MEURT A ROTTWKIL 389
ignore \oloiitiei's ceux (|iii l'uieiil les iiili-ioiies, (|ui redoutent les aiiliehanibres el i'ët'lal lroiu|)eur- du j)ou- Noir: oM leur préfère ceux (|u on \(mI el (|ui sjixciil deuiandei-.
Il esl Ni'ai (|iie Mme de ( lii(d)i-iaiit, aiiihilieuse jxiur deux, doiu'e d un liahiU; esprit de pei-suasion el diiiliigue, voulait des grandeurs el pour celui donl elle portail le nom el pour elle-inônie. Ses iléniai'ches, sou assiduité à solliciter auprès du Roi el des ministres ce (pi (die jugeait utile à Tannée (rAlleniagne, (Umiotaient une xolonie bien aiTÔtée tie procurer à son m;iri tous les moyens de mettre en é\ ideuce ses talents niililaii'es. C/élail son droit, son devoir d'épouse peul-èlie ; ne laime-l-on pas dans ce rôle !' Ses instances ne furent cei'tes pas nuisibles à ravancenient du comte de (ïuéhriant ; mais il serait injuste d'en conclure (pie le hàton de maréchal ail été le prix des intrigues ou de l'influence de cette maîtresse femme, comme l'insinue un |)eu trop hrulalemenl l'iiistoi'ien Le Laboureur, dans l'admiration (pi'elle lui inspire. Mme de (juébrianl a certainement faxorisé l'élévation d'un homme ((ui, |)ar- sa modestie, l'éloignement continu de la Cour, l'horreur de la flatterie et des courtisans, accumulait inconsciemment autour de lui les obstacles à toute élévation '.
Le comte de (luébriant était le plus pauvre seigneur de sa condition, appartenant « à une famille moins riche (|ue noble », dira le duc d'Aumale ; « le plus clair de son héritage élail sa |)arenté avec Du (iuesclin- ». Il ne j)ossé(lail (|u'un nn'diocre bien de cadet en Bretagne. Des terres c()n(|uises, que le Roi l'autorisait à partager avec ses officiers, du butin ([u'il faisait, il ne gardait rien pour lui-mèm(\ Ce désintéressement le mettait dans un état de fortune si piécaire que Richelieu écrivait à Sublet de Noyers, après l'exécution du grand écuyer (aiuj-Mars : u Monsieur le Grand avait
1. Dans ses Mémoires, Nicolas Goûtas, secrélaire des comniatidi'ments du duc d'Orléans, dit, en parlant de Guébiiant : « Capitaine dit^ne de tous les éloges qui se peuvent donner aux plus grands hommes.... ouvrier de sa belle fortune. »