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CHAPITRE XIII

L"arniée fcançaise quitte RoLtweil. — Caluslrop/ie de Tultlingen. — Hantzau et les officiers trénéraux piisonnieis. — nesponsal)ilité écrasante de Hosen. — Rottweil repi-is par les ennemis. — On cherche immédiatement les moyens de réparer le mal. — Turenne esl nommé général de l'armée d'Allemagne. — On l'accueille avec joie à l'armée.

— Le corps du maréchal de Gaébrianl renlre en France. — On le donne • en dépôt au père \incent de Paul, supérieur général des Lazaristes.

— Inhumation du maréchal de Guébrianl à Noire-Dame de Paris en juin 1644. — Le cérémonial.

Chef des vieux corps français de Farinée depuis que le maréchal est blessé, le marquis de Montausier écrit de Rottweil, le 20 novembre, au cardinal Mazarin. Après avoir fait allusion à la catastrophe de Rosen, où se ruinèrent (( les 3 meilleurs régiments de cavalerie de l'armée », après avoir parlé des effectifs trop réduits déjà de Rantzau, il s'exprime en termes peu rassurants : « Tout cela, Monseigneur, n'est pas le pire de nos maux, c'est le peu d'intelligence de nos principaux officiers ; car il n'y en a pas un qui n'en ait une toute particulière, et pas un ne veut déférer à celle de son compagnon, et personne n'ayant d'autorité sur les autres, c'est un désordre étrange. Cependant l'armée ennemie est à quatre heures de noiis, qui essaiera de se prévaloir du temps; si j'en suis cru, nous logerons serrés, et lui donnerons toutes les occasions de combattre que nous pourrons, devant que nous soyons davantage ruinés. Il n'y a pas pourtant d'apparence qu'elle hasarde

une balaille, mais elle essaiera de nous défaire par parties et de nous obliger, par nécessité de toutes choses, à repasser le Rhin. Devant (|ue cet accident arrive, je convierai les autres à faire tous ellorls '. »

Le jour où parlait cette lettre, 20 novembre, l'armée ([uittait lïotlwcill, dont elle s'élait emparée la veille, et prenait la diriîction de Mudiringen, au sud-est, pour chercher plus de confort vers les sources du Danube. Les géni'iaux tinrent conseil an d(*part. (^)u(ds logements dllail-on prendie!' Uanlzau et llosen étaient d'avis d'établir le quartier général à Tuttlingen, sous prétexte ([n'en s'éloignanl hop de Piollweill on auiail l'air de craintlie la proxiniitc de rennemi, qui pourrait en tirer de sérieux avantages. Monlansier et le colonel Oehm préféi-aient installer (hu»s la montagne, entre Stublingen et l'urslenboi*):, (h^s cantonnements serrés d'un accès difficile, que les Bavarois n'oseraient certainement pas venir troul)ler. Noiinioutiers, malade depuis trois jours, n'assistait pas à la réunion; 'rauj)adell, également indispose, restait à Uottweil ainsi que Ro(|ue- Servière, blessé durant le siège. Le baron de Sirot et le comte de Alaugiron n'osèrent contredire liant/au, dont l'autorité prévalut.

Péniblement eut alors lieu cette marche, qui dura quatre longs jours et .se fit en désordre. Infanterie, artillerie, bagages avancèrent pêle-mêle pardes chemins aftreux. Deux nuits de suite on campa dans les bois, sans vivres, par un froid excessif et sous la neige. Beaucoup d'hommes désertèrent. Les maréchaux de camp et les colonels se trouvèrent impuissants à remédier à cette confusion, et n'osèrent donner des ordres par crainte de l'irascible Rant/au, ({ui, sans en laisser lui-même, avait pris les devants avec la cavalerie. Le (juartier général, toute l'artillerie et son parc, les quatre compagnies des Gardes et le régiment de Klug, d'environ ôOO hommes, s'installèrent à Tuttlingen ; Rosen occupa Muhlheim et ses alentours avec 8 régiments de

1. Cliaiililly. Aich. Coiidt-. () VII-211. Alonlausier à Mazarin ; cainij de Rollweil, 20 novembre 1643.

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cavalerie, 3 d'infanterie et les dragons, constituant ainsi Favant-poste. Le reste de l'armée gagna Mœhringen, Geisingen et d'autres lieux.

Les cantonnements ainsi pris se trouvaient extrêmement espacés, au lieu d'être serrés comme il importe en })ays de montagne et près de l'ennemi. Ils étaient à 2 heures et demie du quartier général de Tuttlingen, et à trop grande distance les uns des autres pour que les trouj)es pussent se joindre en casd'alarme, ni même communiquer facilement ^ .Vussi l'armée était-elle, de ce fait, en situation plus que précaire. Etant d'avant-poste en un lieu où tout conseillait une extrême vigilance, Rosen avait été chargé de s'éclairer avec soin par des gardes avancées et des reconnaissances, et d'avertir ponctuellement. Toute l'armée comptait sur lui.

Du côté des ennemis, le général comte de Hatzfeld, dirigeant sa marche d'Aschaffenbourg sur Tubingen, avait rejoint François de Mercy, qui, à la tête des Bavarois, s'était également avancé de Pforzheim sur Tubingen pour essayer de secourir Rottweil. Le duc Charles, cédant aux instances de l'Empereur et de l'électeur Maximilien, de concert avec les troupes du colonel Trucknuiller, du baron de Lamboy et de Jean de Vivero, avait passé le Rhin à Spire dans l'intention de renforcer les Bavarois-. Pendant ce temps, les Hessois, commandés par Eberstein et le général-major Geiss, restaient inactifs aux environs de Fulda '■^. Soucieux de tirer prompte vengeance de la perte de Rottweil, Hatzfeld et Mercy, sous le haut commandement, nominal plus qu'effectif, du duc Charles, avancent à marches forcées vers Sigmaringen, et passent le Danube. Sans attirer l'attention des Français, ils s'arrêtent quelques

1. Aff. Étr. Allemagne corresp. V. 23-92. Du Bec à Chavigny. (sans date).

2. Don Juan de Vivero, frère de P'rançois-Perez de Vivero, comte de Fuensaldagna, qui était capitaine-général des Pays-Bas espagnols sous l'archiduc Léopold, gouverneur de cette province. Don Juan servait depuis huit ans en Flandre.

3. Gazelle du 28 novembre 1643, n° 150. De Francfort, 15 novembre

heures à Messkiieli, sur rAl)laeli, juste le tein|)s de recueillir des renseigiieiiients ; puis, le 23 m(»\( luhre, ils courent sur TuItliM^eii, l;iiss;inl à luiiin droite les (juarîieis de Rosen, (|ui, se <i;ardanl fort mal, ue soupçonne pas leur a|)pn>ilie. el ii a, pai- ecuisecpieni, lieu à signaler à Teuseuihle des trou|)es.

Tuttlingeu est une place munie de remparts, ou mallieureusemeiil se voieul plus de 30 brèches, dont (|uelcjues-unes praticables même achevai. Ces remparts, foiiiies de murs (jui relient des nudsons, n'ont pas de chemin de ronde. •

A ces conditions détestables pour une résistance, il faut ajouter le juanque de canons et de poudre, le j)arc — par crainte du feu et selon Thabilude — étant resté hors de l'enceinle, dans un cimetière, au pied du château de Honberg.

Aucune patrouille française ou weiniarienne n'a été rencontrée; l'éveil n'est donc pas encore donné ; rien ne bouo-c, en effet, à Tuttlin<jen et aux alentours. François de Mercy charge alors le colonel Wolf, officier d'une hardiesse peu commune, d'enlever l'artillerie, dont une compagnie seule a la garde. \\ <>lf, à la tête de dragons bavarois et de (pielques cuirassiers autrichiens, la surprend, la culbute. « Toute l'armée ennemie a esté au parc de nostre canon, qui estoit devant une des portes du c|uarlier général, devant ([u'on sceut seulement qu'elle eust passé le Danube », écrira le marquis de Montausier. Les pièces conquises sont aussitôt bra(|uées contr»^ la ville, oii le fracas de leur tir et le cré])itement de la nu)ns([ueterie de Taltaciue dt)nnent subitement l'éveil. On s'affole, on veut résister, mais la réserve des munitions étant au parc, la poudre man([ue ; les rares soUlals (pii se trouvent en avoir un peu dans leur bandoulière tirent quel(|ues coups et donnent ainsi « moven de faire bonne mine », ajoutera Montausier. .Mercy arrive avec le gros des ennemis, enlève Honberg, cerne Tuttlingen. Rantzau essaie de gagner du temps |)our donner le moyen à l'armée rovale de venir au secc^urs du cpuirlier général, ([u'il croit seul aux [)rises avec l'adversaire ; mais

déjà chaque cantonnement ne songe plus qu'à sa propre défense i. En vain quelques braves cherchentils à sortir de Tuttlingoii, à passer au travers des assaillants pour avertir les différents quartiers ; ils sont aussitôt refoulés dans l'enceinte.

A la sommation de se rendre, Rantzau répond négativement; d'un instant à l'autre il ne peut manquer, croit-il, de voir apparaître les troupes françaises.

En effet, avec tout l'effectif qu'il avait pu réunir séance tenante, le général de liosen accourait au bruit du canon: mais en route, près de Neudingen, il rencontrait Gaspard de Mercy et Hatzfeld envoyés contre lui. Se trouvant en présence de forces bien supérieures aux siennes, n'ayant pas d'autres troupes capables de le soutenir au besoin, il conclut, de concert avec ses officiers, que mieux valait tourner bride. 11 fut longtemps et activement poursuivi; l'ardent colonel S])ork le harcela sans relâche et dispersa ses unités.

' La nuit venue, Rantzau tint conseil, et tous les assiégés témoignèrent « avoir assez de cœur pour mourir glorieusement », mais avec quels moyens? « Les généraux de Hatzfekl et de Mercy, dira Montausier, promirent beaucoup, mais, le lendemain, les ennemis entrant peu à peu de tous cotés dans la ville, le duc Charles 1\' de Lorraine se moqua des promesses de Hatzfeld et de Mercy et l'on fut assez maltraité-. » La nécessité imposa la capitulation, le 2li novembre. — C'était le jour où le maréchal de Guébriant mourait à RottAveil'^. — Les trouj)es auront la vie sauve, et sortiront sans être fouillées ni dépouillées, les officiers l'épée au côté et à cheval, les soldats sans armes; les femmes seront mises en liberté.

Pendantl'attaque de Tuttlingen, 2.000 cavaliers suivis de quelques canons, sous Jean de Werth, s'étaient

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