‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 112 sur 159 · Mémoires du sieur de Pontis · texte numérisé non relu

Mémoires du sieur de Pontis

vieux soldat, fort brave officier («qui a tant fait de bonnes actions », dit-il), avait donné des ordres (jui ne furent pas exécutés. Pour son honneur, soyons-en persuadés comme le gouverneur de l'Alsace ; mais la mémoire du général-major n'en reste pas moins entachée d'une faute grave, celle de n'avoir pas vérifié ou fait vérifier si les ordies donnés par lui avaient été bien compris et bien exécutés. Des quartiers de Muhlheim qu'il occupait, dépendait le salut de l'armée. Il faillit, par négligence, à son devoir de chef, et les conséquences en furent terribles. Pontis fait remonter la cause du malheur jusqu'à Ilantzau. Ce fut, dit-il, « par la mauvaise conduite du général, que le vin rendoit négligent à faire ce qui étoit de sa charge ».

Ilosen écrivit un long rapport justificatif, dans lequel on voit : « M'étant mis en campagne, je trouvai que ma cavalerie n'était pas toute ensemble, plusieurs étant çà et là commandés, et une bonne partie allée fourrager. Ce nonobstant je m'avançai avec ce qui me restait... faisant toute la diligence possible, et étant arrivé à demie lieue de Tuttlingen où il y avait un passage à filer, j'aperçus l'ennemi en pleine bataille de l'un et l'autre côté du Danube. Alors jugeant que je n'étais pas batanl de l'attaqueravecles 700chevaux etles 700 fantassins que j'avais, je fis venir six colonels et trois hauts officiers pour apprendre leur avis, s'il était à propos d'attaquer l'ennemi ou non, lesquels, comme moi, considérant la difficulté du passage et l'inégalité des forces, jugèrent la retraite à propos pour sauver les troupes, étant impossible de secourir le quartier du Roi. » Rosen courut alors à Kottweil : a Pour prendre cette route, j'avais entre autres cette raison que le maréchal de Guébriant et le lieutenant général Taupadell étaient au dit Rottweil, lestjuels je voulais avertir de noti-e malheur et recevoir leui's ordres. » Nous n'entrerons |)as dans les détails circonstanciés de sa propre défense, dans les raisons qu'il donna pour répondre à la plus écrasante accusation'.

1. Aff. Étr., Allemagne corresp. V. 17-326. Récit du général-major de Rosen.

Dans certains récits semblant impartiaux, on voit que Rosen assem-

Lorsque Rosen parvint à RotUveil, le maréchal de Guél)riant venait d'y rendre le dernier soupii-.

Le lieulenanl gtMiéral de Hantzau était prisonnier, et, avec lui : Monlausier, Sirot, Maugiron. .Noir/iioutiei's, le généial-niajor Schœnbeck, li' colonel Oeliin, tous venus pour conférer avec leur généi-al à Tultlingen ; \'itry, le colonel cK' larlilleiie riionias Klug, les colonels d'infanleiie Kolh et Collias, le colonel de cavalerie Nolhaft, et bien danlres encore; en somme, de nombreux colonels cl tous les généraux de l'airnee. sauf Uosen, ([ui a\ait eu l'adresse de s"echa|)per, et Tau|)adell, (|ui malade, était resté dans liollweil. Les canons, le par-c, les bagages, les quatr-t» compagnies des (lardes et le régiment de Klug demen raient ('galemenl aux mains des ennemis. (^)iiin/.e régiments de ca\alerie et liuitd infanter-ie, écha|)pés avr désastr-e, ayant |)er(lu leurs é((nipages, carr-osses et che\an\ dans la ra|)i(litt'' de la fuite, avaient pu gagner les bords du iîiiin.

Hantzau, Maugiron et (juelcpres autres, (jue s'a[)propria le duc Charles de Lorrairre, prir-ent le chemin de \\'orms. François de Mei'cy, dans [c partage, s'adjugea Montausier-, Sirot et Colhas, et r-emit au duc de Bavière, sur- sa demarrde expresse, les rrrarqiris de Noirinoutiers et de Vili'V. Les autres captifs furent répartis entre Halzfeld,.feande Werth, (iasj)ar(l de Mercy et Wolf. On dirio;ea les officier-s sirr- Tubino-en, Iny^olstadt et W'ur-tzbourg", et leurs f(Mnm(>s, sous escorte, ver-s Schalîouse '.

bla beaucoup plus de troupes qu'il ne le dit pour just-ifier sa retraite. On lit dans l'un d'eux (BibJ. nat. fTr. \'. :57.S2-1) que le général-major Rosen ne courut aucune mauvaise fortune à Muhlheim ; (ju'au lieu de chercher à secourir Rantzau, il ne perdit pas de temps, et se retira si vite à Rottweil avec ses 2.0(.K) chevaux que ses trois brigades d'infanterie ne pouvaient le suivre.

1. Hist. du maréchal de (iuébrianl, par J. Le Laboureur. Hisl. de la guerre de Trente ans. par K. Chaveiiat. Hisl. des Princes de Condé. par le duc d'Auniaie./>er général Hans. L. von Hrlacfi.... par von Gonxenbach. AIT. Élr.. Allrraagne corresp. V. 17-H2H : lielalion du malheur de Tulllingen : Obernd >rf, 29 novembre lt;43. AIT. Ktr.. Allem. corr. V. 17-H32:A?elalion du marquis de Montausier: Tubingen, 1" décembre IWH. Aff. EU-., Ail. corr. V. 17-H;i8 : Relalion el considérations. AIT. Étr., Ail. corresp. V. 2H-101. Tracy à Mazarin ; Hàle, 2 décembre ltJ4H. AIT. Ktr., Ail. corresp. V. 2S-i)2. Du Bec à Chavigny sansi date). AIT. Étr., Ail. corresp. •2'è-lO<à. Roque-Servière à Mazarin ; Brisach, 4 décembre 1643.

« De sorte, écrira M. de l'Isle, beau-père du colonel Klug, (le sorte que tous nos prisonniers sont distribués et logés dans les tiois j)lus fameuses Universités de rAlleniagno : Tubiiigen, Ingolstadt et Virtzinii'gcomme |)our mieux estudier une autre fois leur leçon '... «

Les prisonniers durent payer très cher |)()ur leuirançon. Les capitaines, 200 richedales chacun ; les colonels, 1.000: les maréchaux de camp, 10.000; le comte de Rant/au, 24.000-. L'électeur Maximilien proposa aux ca|)tifs qui ne |)ouvaient se racheter de prendre du service dans son armée. Ceux qui étaient d'origine étrangère — Allemands, Italiens, Écossais — acceptèrent. Les Français, jugeant qu'ils attenteraient à l'honneur en combattant leurs compatriotes, pi-éférèrent mourir dans les cachots, et s'acquirent, pour leurs fières réponses, l'estime et l'admiration de leurs adversaires eux-mêmes.

A la Cour, le 4 décembre vers midi, l'on apprit en même temps, par M. de Brisacier qu'avait dépêché le baron d'Oysonville, et le décès du maréchal de Cuébriant et la catastrophe de Tuttlingen 3. Dans cette fatale journée du 24 novembre, marquée doublement par une défaite et par la mort d'un grand homme, l'armée royale d'Allemagne avait été entièrement dispersée, mais non détruite. Elle pouvait donc, sous un habile chef, aisément se reconstituer.

Bibl. Xat., Clairambault. V. 390-203. Saint-Aul)in à Brienne : Metz, 19 décembre Bibl. Xat., Clairambault. V. 3!)()-219. Saint-Aubin à Brienne : Metz. 22 décembre l(i43. Bibl. Nat., Clairambault. V. 390 .U. Lettre de Saint-Aubin.

1. Bibl. Xat., Clairambault. V. 390-2.Ï9. De l'Isle à Brienne; Metz 2.5 décembre 1643.

2. Le Richedale (Rixdale ou Risdale valait plus de h francs de la monnaie actuelle. En allemand : Reichsthaler.

3. Bibl. Nat. fTr. V. 4199-17 V". A .M. le baron d'Ovsonville , Paris 4 décembre 1G43.

« Monsieur, votre secrétaire arriva hier ici, ijui nous a apporté la nouvelle de la blessure de M. le maréchal de Guébriant, de laquelle nous avons auguré la mort, dont M. Brisassier nous a donné les assurances aujourd'hui sur le midi, comme aussi de l'accident qui est arrivé aux officiers et aux troupes qui étaient dans le quartier général... »

Cette lettre de la Cour montre que Ihistorien Le Laboureur se trompe lorsqu'il dit que la nouvelle de la mort du maréchal arriva le 2 décembre à Paris.

« Il laiil. Monseigneur, (Hiivait Tiaey à Ma/jiiin dès

2 (lé(enil)ie, il faut, et sans aucun lelarclenient, en- ^(»\('|■ lin gc'néial à celle ainu'e ([tii ait la tondilicm et le litre... Il failli en .MIeinagne un lioninu! actif et vigoureux |)<»ii r jx mi xoir en |)(ii-tcr les exliaoï'dinaires fatigues (|u'on est coniraiiil de souffrir; c'est encoi-e un double avantage si celui (|iii \iendra coiunuuider cette armée a (|uel(|ue c(uinaissaiice de la langue. J'appoi'teiai tous mes soins à maintenir les clioses en état jus(jues à ce (jue le général soit arrive'. »

« Je su|)|)lit' \(»lre l'^miiiciice (|n il |)ail<' au plus lût; car, l'onfessant ingenumeni mes défauts, j'avcme (|ue je n'ai ni assez d'espril, ni trexpcM-ience ni de ca()acité |»(»iir |»(»u\(>ir ici loiiglenips maintenir les choses sans un superieui-; tout le si'r\ice(|ue j'ai rendu jus(|ues à i-etle heure a été d'empèchei- (|ue notre infant(»rie francoise ne se soit entièrement iniju'c, a\ant repassé le lîliin, et (pu> (piel(|ues officiels et (pianlite île reiti-es de notre armée ne soient ailes chercher parti avec les ennemis par désespoir des fatigues incrovahles, de la misère et de la mauvaise fortune. 11 serait injuste, Monseigneur, de me servir dans ce temps du longé que \ otie Eminence m'a fait l'honneur de m'accorder. J'atfendi'ai donc avec impatience un général sous l'autorité du(piel toutes choses se fei()nt,eten même tem|)s un successeur à ma pince; caria maladie que j'avais en partant de Paris et les effoi'ls f|ue j'ai faits sur nu)i pour rejoindie l'armée sur le Rhin m'ont entièrement diminue la santé: d'ailleurs mon équipage entier, (jui est tout ce (|ue j"a\ais de bien, m'ayant été pris par les ennemis dans Tuttlingen, je ne puis plus vivre dans l'armée avec une pareille dépense (jue j'ai faite ci-cievant, et j)ar conséquent, je me trouve inutile à la chose du monde que je passionne le plus, qui est le service du lloi, de la Heine et le vôtre j)arliculiei' '... »

Le duc (thalles et Fi-ancjois de Mercy, à la tète de leur \ ictorieuse armée, coururent, le 27 novembre,

], AIT. Kir.. Aliem. coir. V. 23-10]. Tracy à Mazarin ; Bâte, 2 décembre 1643.

attaquer Rott^veil, que le duc Frédéric de Wurtembeig et 1.500 hommes teuaieut pour le Roi : « Je ne crois point, écrivait Roque-Servière, qu'il soit en pouvoir des ennemis de les pouvoir prendre de force et par famine : ils ont des vivres pour deux années. » En revanche ils n'ont que 35 quintaux de poudre •. En vue d'opérations ultérieures, la conservation de Rotlweil s'imposait. « Les malheurs passés ne sont rien si Rottweil ne se rend pas, disait Tracy le 6 décembre. Cette place, dans la situation où elle est,estaussi importante qu'aucune autre d'Allemagne... Je proposerai demain à ces messieurs (Erlach et Oysonville) dépasser avec un parti de i.OOO chevaux pour tenter d'y jeter quelques munitions de guerre *... »

L'hiver est très rigouieux; les trouj^es impériales souffriraient dans un trop long siège. 11 faut donc uik^ rapide solution ; aussi la grosse artillerie tonne-t-elle bientôt avec fureur contre les murs. Les assiégés lui répondent de leur mieux ; mais leurs munitions s'épuisent vite ; leur feu se lalentit. Un assaut est vigoureusement soutenu. Voyant l'impossibilité de se bien défendre, le duc Frédéric de Wurtemberg cherche à négocier avantageusement. Les conditions qu'on lui offre S(3nt trop dures ; le feu recommence. Mercy va tlonner le signal d'un second assaut, lorsqu'appaiait le clergé de la ville, suivi d'une députation de bourgeois: le duc Charles et Mercy leur ])romettent de les épargner. Le duc Frédéric livre alois Rottweil et la chancellerie de Guébriant. De gré ou de force, les simples soldats sont incorporés dans l'armée bavaroise'^ Seuls, les officiers peuvent sortir de la place ''.

1. Aff. Etr., Allemagne coiresp. V. 28-10(;. Roque-Servière à Maz;irin : Brisach, 4 décembre IM'^.

2. AIT. Etr., Allemagne corresp. V. 2S-l().s. Tracy à Mazarin ; Colmar, 6 décembre IfUH.

H. Mercure franrais. Mémoires du sieur de Pontis. Hisf. de la guerre de Trente ans, par E. Chabvkiuat. Ilisl. du maréchal de Guébriant, par J. Le Laboureur. Schreiber [Maximilien I"). AIT. Etr., Allemagne corresp. V. 17-332 : Relation.

4. Bibl. Nal., Clairambault. V. 390-203. Saint-Aubin à Brienne ; Melz, 19 décembre 1643.

Le duc de Wurtemberg arriva à Bàle le 7 décembre, et, le s, à

LA CATASTROIMIL UE TLTTI.I.NUEN 41^

■' Je ne puis croire, écrira Ti-acy, (|iio M. le duc de W^irleuiherjj^ ail fait celle capitulalion sans ehc per- -iui(l('' parcjuel(|u'uu de ceux qui élaienl auprès de lui, caij)('rs(Uiut' n'a lenioit^iu' plus de cd'ur en luulcs occasions ou (l(> zèle |)our l(^ service du l!oi (|uc ce prince (plia grand crédit parmi ceux de sa nali(ui... a\t'c gr'ande cslinu' piuir son coui'age '... ■>

La niori du luarcclial causait un «rros cl Ici-iliuM' (Muoi in>n seuleuM'ul a la ('our el dans l<' ro\auni<', mais encore parmi les allies. Les oITicicrs de Larmce irAlleniacçue, les W'eimariens priiicipalrnitMil, rcslcronl-ils fidèles au Uoi '.' Les troupes f(Uidronl-(dles !' L'ennemi profil<Ma-t-il du tiésarroi c|ue cette perte et les (''\ enemenisde l'uttlingen et de Uollweil |)ro(liiist"nl dans l'armée ? Le nouveau chef aura-l-il, comme K' mai-eclial, aux yeux des soldats el desalliés, cet inconteslahle prestige ([ue donnent et le caractère personncd et des succès répétés .' ()uels seront aussi ses rapports avec les Suédois ? I^^nfin le Kcù aura-l-il à cœur de constituer une assez forte armée pour reprendre l'avantage en Allemagne ? Torstenson s'est alarmé « trop toi et trop chaudement », écrit le baron d'Avaugour au comte de Brienne ; il craint d'avoir tous les ennemis sur les bras ~. Cependant M. de Meulles pense qu' « il agira avec plus de fermeté », dans l'espoir qu'une m)uvelle armée sera bientôt sur pied. L'hiver, dit-il encore, ne favorise heureusement pas les marches difficiles, et tant de chefs, lm|)ériaux, Bavarois, Lorrains, jaloux les uns des autres, tous indéj)endants, ne pourront longtemps s'entendre ; la dislocalion des ennemis se fera d'elle-même 3.

Brisacli, d'où il !^e rendit à P;iris afin d'oljlenirnn ï^econrs pmir refaire son réi^imenl. Ouand Wurleinher^ sortit de liollweil, l'ennenii pilla le liai,'aiîe de ses officiers, en représaille d'un acte semljlable, commis lors de la sortie des ennemis, le 19 novembre. L'ennemi, pour faire brèche, avait tiré 1.770 coups de canon.

1. .\IT. Etr., AUem. corresp. V. 2H-llt. Tracy .-i Mazarin ; Knsislieim, Iti décembre IGIH.

2. nibl. Nat. Clairambault. V. ;{:)0-r27. .\ vautour à (liriennei: camp suédois, 10 décembre KvKH.

:5. Bibl.Nal. Clairambault. V. ;5'.in-]:{7. De Meulles à Brienne : Hambourg, 11 décenibre 1(J48.

Aussi tôl los tristes nouvelles d'Alleinagne parvenues à la Cour, M. du Plessis-Hesançjon, sergent de bataille, fut désigné poui' communiquer dans les quartiers du Rhin « la résolution j)rise par Sa Majesté de ne rien omettre dans cette rencontre pour soutenir la réputation des affaires et rétablir toutes choses ilansun aussi bon état qu'elles aient jamais été ' ».

« Leurs Majestés, disaient ses instructions, ont estimé nécessaire d'y envoyer, de leur part, une personne dont la capacité et la fidélité leur soient particulièrement connues. » Du Plessis-Besançon se rendra aussi vite que possible àBrisach, et remettra au baroii d'Erlach, à Rosen, à Taupadell, à Sclnenbeck, au duc de Wurtemberg, des lettres exprimant le chagrin que les souverains éprouvent de la mort de (iuébriant et de l'événement de Tuttlingen '. Il conférera avec M. de TracY, commissaire général de l'armée, homme de o-rand bon sens, et avec M. dOysonville, ces deux personnages étant fort dévoués au Roi et ayant des connaissances spéciales du pays. Il étudiera avec eux ce que l'on devra faire pour remettre promptement l'armée sur pied. Du Plessis-Besançon promettra même le rachat ou rechange des prisonniers; ceux qui ont perdu leurs bao-ages en seront dédommagés; enfin il fera tout pour maintenir officiers et soldats dans la plus stricte fidélité et pour donner confiance aux uns comme aux autres. A cet effet il prescrirai d'Oysonvilleet à Tracy d'écrire aux ministres de Sa Majesté en Allemagne, au maréchal Torstenson, à l'ambassadeur Salvius et à tous leurs correspondants qu'ils ont résolu d'employer tous leurs soins à rétablir l'armée française, et à favoriser les intérêts de la Couronne et des alliés en Allemagne plus activement même que sous l'ancien règne^.

1. Aff. Etr.. Allemagne corn>sp. \'. M-Mi'.K.. h Tniipadell : 3 riécembre \tA?>.

2. Bibl. Nat. ffr. V. 41»9-17 : A df.rlach : :{ décembre \^U^^. Arch. ■ hisl. Guerre. V. 7t;-HïO-H.")9 : Lettres du tJoi et de la régente : 4 décembre hW.i. Bibl. Nat. Or. V. 41(;8-23.s V".

H. Bibl. Nal. ITr. V. 4Hi'.)-4t;. In.-<lrurlions à M. du Plesxis-Besançon s'en allant à Brisacli; 4 décembre H'A'.\.

Bientôt du l^les.sis-Be?an(;on envoyait une relation à Ma/arin. Il y

LA CATASTROPHK DE TLTTLlNGRN 405

Des instructions, |).Ml;Mit la nirnir date (|ne ccllo de l'iessis-Besançon — 4 (U'cenil)ie — étaient adressées direclemenl à d'Oysonville cl à Iracy. La ('-oui- ignorant encore la perte île llollweil, elles expiiniaient à Traev l'espoir ([ue les ennemis n'entie|)rendiaient pas le siège de celle place ; on n'épargnera cepen- (l.iiil i-ien pour la mettre en élat de résister. « Monseii;neur le cardinal Ma/.aiin a témoigné avoir heauiouj) de coiiiiance eu vos soins en cette occasion, y lisail-on ,iussi : Sou l!uiiurui-(> a lail toutes les tliligences possiJ)I('s pour aller en |)ersonue en vos (juartiers, mais la Ueine ne lui a pas voulu permettre; vous j)OUve/ juger de là s'il s'emploiera utilemeul ici pour tout ce (|ui regardeia l'Allenuigne, l'argent el les hommes ne nous mauc|uaul pas, grâce à Dieu, l.l ce (|ue j'esliuK^ le plus, iu)us avons des moyens indubitables de retirer nos prisonniers [)ar le moyen de ceux de la bataille de llocroi, dont il nous restera un nombre bien consid(''i'al)le après avoir satisfait à ce (pie nous |)oui'rous devoir par <''cliange... » .V Oysonville. il était écrit sensiblement dans les mêmes termes. Du l'iessis-BesaïK'on j)rendia leui- a\ is en tout '.

Pour remettre sur un bon pied l'armée tr.Vllemagne, il faut un général qui s'impose par sa |)ersonnalité et un brillant passé : il faut de l'argent et des troupes '.

Le général appelé à la succession militaire du maréchal de (iuebriaut se nomme Henri de la Tour d'Au-

di?;;iil ipu», cliariré »lo mission aii[)i-os dos liants ofliciors woiiuariens Ochm. Taiipadcll cf !{(»scii Hem. Tui.alol et P.ose) alin de ■■ préparer les voies ... il sétaiL mis aiissilol -. en élat de partir et de se rendre à Colmar pour les prendre, comme on dit, an pied levé, dans une conjoncture où il fallait proliler de leur élonnemnt el de leur irrésolution. ..

.\tT. Etr., France. V. 40()-:i7 et :A. Relation du sieur du Plessis-Besan- '011, adressée au cardinal Mazarin.

1. lîibl. Xat., ITr. V. 41't<»-l!i : A. M. de Tracy: 4 déceml)re lf.4H. Bilil. Xat., tTr.. V. 419!t-17 V» : .V M. d(Jysonville : 4 décembre lf.4H. Hihl. Nat., ITr. V. 41<)8-i'41. V": Le Roi "à Tracy el à Oysonville ; Paris 4 décemltre 1(>48.

2. Chantilly. .■Vrch. Condé. O. \ 11-21.=>. Roque-Servière à Fillion, secrétaire de Mazarin ; Brisach, 4 décembre 1643.

vergue, viconilc de 'l'urenne, un rude guerrier, universellement connu déjà, récemment créé maréchal de France '. Le 4 déceiubre, jour même où lui parvient la nouvelle de la inorl de Guébriant, le Roi écrit à d'Krlach, à liosen, à Wurtemberg, à Taupadelletà SchoMibeck : « Ayant jeté les yeux sur mon cousin le vicomte de Turenne, maréchal de France, j'ai trouvé en lui toutes les grandes qualités nécessaires pour soutenir dignement cette charge, et s'en acquitter à l'avantage de cette couronne et de mes alliés, tant par pa naissance que par la vertu et valeur qu'il a fait connaître en tous les commandements qui lui ont été confiés par le feu Roi, mon seigneur et père, et par moi-même aux batailles et autres actions et difficiles rencontres et entreprises de feu mon cousin le duc de Weimar, devant et en la prise de Brisach, dans lesquelles vous êtes fidèles témoins des actions de mon dit cousin, et savez ce qu il peut mériter ~... »

A la même date, le Roi prévient M. de la Thuilerie, à la Haye, et divers autres ambassadeurs et chefs d'ai'mée que Turenne part rapidement avec des fonds qui lui permettront de faire face au plus pressé^.

Dans une lettre aux plénipotentiaires françaisà ^lunster, le cardinal Mazarin s'exprimait ainsi : « La Rei:ie, témoignant eii cette occasion une fermeté et une constance qui est {sic\ au-dessus de son sexe, s'est lésolue de n'épargner ni argent, ni hommes pour soutenir les affaires d'Allemagne et la cause des confédérés » ; Turenne se rend à l'armée avec de bonnes troupes de cavalerie et d'infanterie, et « avec de l'argent en abondance » ; il se ferii de « promptes levées » en Alle-

1. Bihl. Nat., ITr V. -tl69-lfi2. « Pouvoir de lieulenanl général en Farmée d Allemagne pour le maréchal de Turenne, du 3 décembre 1C.43. Pariai. »

2. Arch. lîisL., Guerre. V. 7()-361 : Afî. Etr. Allemairne corresp. \. 2'^- 105; Mibl. Nat., ITr. V. 41G8-24(». V" ci \. 422H-3()1. l'aris, 4 décembre 1648.

3. Bibl. Nat.. Clairambault. V. 3!)0-H : (Le Roi) à la Thuilerie : (autres lettres semblables aux ambassadein's) : Paris, 4 décembre 1»)4H. Arch. hisl. Guerre. \ . 7<j-3ô8 : Le l>oi à Tracy et à Oysonville ; Paris, 4 décembre 1643. Il leur recommande d'obéir à Turenne comme à luimême.

magne, en France et ailleurs, « à quoy je vous i('sj)oncls que l'argent no sera pas espargné ». Puis: « Je ne vous paile j)as d<»s qualités tie M. de Turenne ((ui, outre la giandeur de sa naissance, pai- lafjucUo il lient aux plus considérables maisons d'Allemagne, outre !e caractère de maréchal de France, dont la Heine l'a lionon- d('|)uis peu, et sa grande capacité au métier, a longtemps travaillé en Allemagne et avec ceux-là mêmes (|u'it va commander «.On peut donc espérer, sous un tel chef, regagner les avantages perdus '.

Turenne rejoint immédiatement larmée, désirant la mettre an pins \ile sur un bon pied, afin de se ménager tontes les chances de succès dès le début de la campagne future. 11 veut aussi profiler des excellentes dispositions de la(]oui-en la cireonslance et d(» l'impulsion ipie les derniers es énemi'ntsonl donné au patriotisme.

(îénéi'anx et colonels délibèrent au quartier général, lors(jue parvient à M. de Tracy la nouvelle de l'arrivée du mar(''chal à Colmar. 1^'Erlach retourne aussitiM à IJrisach pour organiser une brillante entrée; Tracv et du l'Iessis-Besançon courentà Colmar, ou les a devancés irOysonville, et mettent Turenne au fait de la situation de l'armée"-; le lendemain, 18 décembre, Tan])adell, lîosen, le comte de Wittgenstein, le colonel de Russ- Avorms et nombre d'officiers vont présenter aussi leurs devoirs au nouveau chef — compliments de circonstance — r (( assurent de leur zèle et affection, et lui lénn)ignent la joie qu'ils ont de seivir le Roi sous ses commandements ». « Sa venue, écrira Saint-Aubin, a merveilleusement réjoui notre arniée^. » Au bruil des acclamations, du canon et de la mous([uetade — comme

1. Lettres du card. Mazarin, par A Chkrlel. l^aris, 3 décembre IfUS.

2. Turenne arrivait à Colmar le mercredi Ki décembre: Ovî'Onville l'yaUendait. I.e lendemain, mourait à Benfcld un hnnmie très utile à la Couronne de Snèile. le résident Mnkel, <iui fut, dit Saint-Aubin. « fort reijretté dun chacun pour j^es belles ipialités ». 11 est permis de supposer cependant que les Français, auxquels il avait toujours montré de l'hostilité, le reijreHèrent peu. Mibl. Nat., Clairambault. \'. 39uili). Saint-Aubin à Brienne : Metz, 22 décembre lti43.)

:5. r.il)l. \at., Clairambault. \ . 8'JO-2iy. Saint-Aubin à Brienne : Metz. 22 décembre lH-tS.

jadis pour le duc Bernard — le vicomte de Tureiine fait son entrée dans Brisach le 20 décembre'.

Tracy n'était certes pas resté inactif avant l'arrivée du maréchal. Il s'était employé à raffermir les courages abattus, avait recueilli les officiers rentrant de prison, les soldats relâchés ou évadés, donnant aux uns et aux autres de l'argent, « avec fort belles promesses ». Aussi, après sa première conversation avec lui, à Colmai-, Turenne avait écrit à Mazarin : « J'ai vu MM. de Tracy, d'Oysonville etde Roque-Servières, qui, dans ce désordre ont travaillé autant qu'ils ont ])u à remettre les esprits, et bien qu'il faudra faire une dépense excessive, il n'y a rien à craindre, à mon avis, pour le débandement de la vieille armée. 11 faut que Votre Eminence s'imagine qu'ayant perdu tout son bagage, et plus de la moitié à pied, elle tombe dans un pays oii il n'y a point de quartiers d'hiver, et que, ne voulant point entrer plus avant, il est impossible qu'elle se maintienne qu'avec beaucoup d'argent^. »

Les troupes cantonnent alors de Bàle à Schlestadt, ayant leur quartier général à Ensisheim. Eprouvés par les fatigues et la rigueur de la saison, les ennemis opèrent leur séparation pour se mettre également en garnison. Mercy, couvert de gloire, ramène les Bavarois dans la Souabe et le Wurtemberg; Hatzfeld, après avoir traversé Heilbronn, se dirige vers la Franconie^. Le duc Charles passe le Rhin à la hauteur de Spire, et reprend ses vieux emplacements à Worms, Spire, Landau, Germersheim et Didesheim. Lamboy descend le Rhin sur des bateaux pour s'établir dans l'archevêché de Cologne. Les Espagnols occupent solidement le Luxembourg ^.

1. Bibl. Nal. fïr. V. 4199-2i... à M. de Tracy, 20 décembre 1643. Gazelle du 27 décembre 1H4;J, n" 162. De Brisach, 20 décembre 1643.

2. Atf. Etr. AUera. corr. V. 28-1 ](>. Turenne à Mazarin; Colmar, 18 décembre 1643.

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