L.\ MARKCHALF. DF, fiCKHRI \NT DL'UVNT SON VEUVAGE
iis pins fjrrands sr'i<rneiirs '. Ils prononcoiil un discours .11 latin, et l'MiicIlciit an comte de Urionne leurs lettres de créance. De là ils se rendent a rin'.tol de Ncvci-s pour saluer Marie de Gon/agiie, lui |)arlenl en latin, et lui ollrenl une croix en diamants qu'on estimait 100.000 écus -.
On fixa la date du mariage par procuration au .') novembre 1645. La cérémonie devait avoir lieu à Notre- Dame ; « mais, dit le secrétaire de Noyers, les débats des princes du sang et des étrangers entre eux firent changer ce dessein, et choisir la chapelle du Palais- Royal ^ ».
Dès le matin du ô, la princesse Marie se rendit aux Palais-Royal afin de s'y revêtir d'habits somj)tueux ; les diamantsofTeits par les ambassadeurs polonais ainsi que les pierreries delà Couronnede France et celles d'Henriette, reine d'Angleterre, servirent à la parer. Anne d'Autriche voulut |)résider à la toilette. Eblouissante dans sa jobe de toile d'argent, .Maiie de (lon/.ague provoqua l'admiration générale à son entrée dans la chapelle, ayant Louis XIV à sa droite et la régente à sa gauche. L'évèque de \Varmia officia pontificalement. Vases sacrés et vêtements sacerdotaux légués par Richelieu au Roi servirent comme étant les plus beaux (pi'on eût. La cérémonie des épousailles commença par la lecture à haute et intelligible voix du texte de la procuiation desand)assadeurs.
Le palatin de Posnanie mit ensuite la bague au doigt
1. Frnnrois de lîoclicclioiKtii, marquis dt- ('.liaiidciiici-, fils de .lean- Loiiis de i\o(lii'cliouai'l, l)ai()n de Cliandenier, et de Louise de Montberon. Pi-ciuier capitaine des Gardes du corps du lîoi en ir)42 ; démissionna en Iti")! et se relira dans ses terres. Mourut en 1()9(;, à 8.5 ans. Marié à Marie Le Loup de Lîcilenave.
Charles de Lorraine, duc de Guise, devenu duc de .loyeuse par son mariage avec Heiuiette-C.atlierine, duchesse de .loyeuse. comtesse du Bouchage.
2. HUloire populaire delà Polofjne, par Li':o\.\iU) C.uod/.ko.
3 De Noyers, secrétaire de madame de (;uél)riant durant la cérémonie et le voyage en Pologne, a laissé une intéressante relation.
Par testament, I\ichelieu légua au [loi le Palais-Cardinal, qu'on appela dès lors Palais-tîoyal. Louis .\l\', (piittant Saint-Geiinain après la mort de son père, vint l'habiter, et ne le quitta que pour se fixer au Louvre. De l'ancien Palais-Royal il ne reste à peu près rien.
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du milieu de Marie de (lonzague, mais aussitôt la retira pour la passer à l'annulaire. Cette formalité était de rigueur, suivant de Noyers, Opalinski n'agissant que par j)rocuration. L'assistance se mit à genoux ; la nouvelle reine se porta légèrement en arrière. Puis, dans sa robe d'argent rehaussée de j)iorres fines etde perles, la tète ornée d'une superbe couronne où ])rillaient «les plus grands diamants du montle », dit une relation, on la vit revenir majestueusement en avant et s'agenouiller. Le duc d'Orléans se plaça derrière le lloi, et l ambassadeur Opalinski, deriière la jeune souveraine.
La messe terminée, Tévêque de Warïnia présenta la patène à la reine Marie puis au lloi et à la régente. Richelieu, cardinal archevêque de Lyon, frère aîné de feu M. le cardinal duc, comme grand aumônier de France, donna l'eau bénite aux souverains. On sortit de l'édifice sacré, Louis XI\' tenant la main gauche de la reine de Pologne et le duc d'Anjou, sa droite ; Gaston d'Orléans suivait, conduisant Anne d'Autriche. En cet ordre l'on entra dans la salle du festin. A la même table s'assirent Leurs Majestés, les ducs d'Anjou et d'Orléans, les ambassadeurs ; Marie de Gonzague présida. Le soir venu, le Roi et sa mère reconduisirent en grande cérémonie la reine de Pologne chez elle à l'hôtel de Nevers. Sur leur passage, la foule se pressait au point que les carrosses avançaient avec peine. Ce furent alors d'interminables compliments d'usage. Les jours suivants, ambassadeurs. Parlement de Paris, Chambre des Comptes, Cour des Aides, députés de l'assemblée générale du clergé, etc., défilèrent longuement à l'hôtel de Nevers.
Le jour du départ, la nouvelle reine alla prendre congé des souverains au Palais-Royal ; adieux tristes, chacun les sachant définitifs ; M. d'Anjou, alors Agé de 5 ans. dut être empoité << })arcequ'ilsetuoit de pleurer ». Le 27 novembre — un lundi — sur les 3 heures de l'après-midi, Louis XIV et la régente vinrent prendre Marie de Gonzague à cet hôtel de Nevers qu'elle ne devait plus revoir, et l'accompagnèrent jusqu'au village de La Chapelle, sur la route de Saint-Denis. Marie
alli-Midit deux jouis à Saint-Denis l'arrivée de ses équipages, et, le jeudi 3U novembre, elle prit le chemin de la frontièi'e. (le lui une jnarche liioiupliale par Senlis, oii les ludjitauls montèrent la garde à sa porte toute la nuit; par C.ompiègne, dont la population se liouva rangée eu halaillc^ dans une plaine voisine; les clefs d(^ la ville lui furent présentées au bruit du canon, apiès (jiioi il fallut visit(;r les principales éiiflises, enteutlre chanter un Te Di'nm, entrer dans les couvenis, recevoir tles corporations, accepter des présents. Noyon renouvela le même cérémonial, toujours avec un Te Dcnm. i\ Nesle, tout se passa de même; à Péronne, le gouverneur, M. d'IIocc|uincourt, traita su[)erbement la reine et les ambassadeurs j)olonais. Maiie séjourna dans celte ville pour attendre deuxambassadeuis extraordinaires qui devaient l'accompagner durant tout son voyage et la remettre entre les mains de Wladislas : La maréchale de Guébriant et Jean-Vincent de Tulle de \'illefranche, évèque d'Orange. Ces deux personnages arrivèrent le mercredi 6 décembre, et, dès le jour suivant, le cortège se remit en mouvement pour coucher à Cambrai, après un trajet de 8 heures.
Fils de Pierre de Tulle, viguier d'Avignon, et de Lucrèce de Lazens, Jean-Vincent de Tulle de Villefranche était évèque d'Orange depuis 1640, succédant à Jean de Tulle, son oncle, dont il était coadjuteur. Son frère, le marquis de Villefranche, alors viguier d'Avignon, homme considérable et fort estimé, avait été chargé plusieurs fois déjà d'alîaires importantes '.
Mme de Guébriant, à l'ascendant de laquelle on cchappaitdifficilemeiit (|uoi(|u'elle n'eut aucune beauté, était bien la pei'sonue insiiiuante et ferme (jui s'imposait dans une ambassade de ce genre.
Le viiomte de Brégy avait conseillé d'emmener une suite nombreuse et brillante pour ne |)as faire moins bien (|ue les Polonais, doul le faste était extrême en
1. En ItUG, il quitta Orange et devint évèque de Lavaur. Mourut, en 16G9, à Paris, chez les Pères Peuillants (.\rch. départem. de Vaucluse).
la circonstance ; il trouvait un intérêt considérable à voir la souveraine entourée de beaucoup de « jolis museaux », pour faire échec, disait-il, à la cabale autrichienne survixautà l'ancienne reine à la Cour de \ arsovie. On trouvera des maris et des dots pour toutes les jeunes compagnes de la reine INIarie ; la souveraine s'en chargera, devant rouler sur l'or dans sa nouvelle situation: nulle royauté, après celle de France, n'est aussi favorisée. Suivant les conseils de Brégy, Louise-Marie de ( ionzague s'était donc entourée d'une suite considérable : les uns sérieux, les autres — c'était le plus grand nombre — jeunes et joyeux, tous décidés à profiter de sa grandeur prochaine. En arrivant en Pologne, « la reine eut un peu l'air d'y conduire un pensionnat », dira M. VValiszewski, On voyait : Mme de Langeron et Mme des Essarts, première femme de chambre, toutes les deux élevées avec la princesse ; Mme d'Aubigny, une Italienne assez rusée amenée en France par Marie de Médicis et depuis peu entrée dans les bonnes grâces de la régente, spirituelle, méchante, ennemie de Mmes de Langeron et des Essarts, dont elle était jalouse ; Mlles Duret, de Mailly, de Lucé, des Essarts ; le père Fleury, confesseur de la reine, docteur en Sorbonne, « homme de singulière doctrine et d'une probité exemplaire », dit le secrétaire de Noyers, « homme de tact et d'expérience mondaine », dira M. Albert Vandal ; les sieurs delà Paye, médecin, de Ransay, maître d'hôtel, avec sa femme ; MM. des Essarts, de Noyers, et bien d'autres encore. Aime de Choisy, amie la plus intime et confidente de la princesse, faisait aussi partie de la suite, mais jusqu'à la frontière de France seulement, la charge de son mari dans la Maison d'Orléans lui interdisant de pénétrer dans un Etat voisin i.
Parmi les voyageurs se trouvait également une enfant
1. Jeanne-Olympe Ilurault de lllospital, fille de Pierre Hurault de l'Hospital. soit^nour de Belcsliat, et de Claire de Gessey ; descendante du chancelier de l'Hospital ; mariée à .lean de Choisy, maître des requêtes, chancelier du duc dOrh'-ans. Mère de François-Timoléon, abbé de t-hoisv, auteui des Mémoires.
LA MAHKCHAI.K DE (;Lt;i5KI ANT DURANT SON VEUVAGE 447
(le \ ans, Marie de la (irauge d'Aïquieii, ajjpartenant à une nombreuse famille, fille cadette (rhumbles gentilshommes ; son père était capitaine des (lardes de Monsieur, et sa mère, ntîe Françoise de la ('.liàlr(;, avait été gouvernante de la jeune reine, l'ai- t liarité on i'emmelïait <'n pavs loiiilaiii, et pour allcgei- les charges ti une paii\re laiiiille »'l dans ICspoir de lui cr('*ei* peut-être un j<»ur, la-has, une lioudrahle silualiou. l'ille de\iendra 1 (épouse de Jean Sohieski et reine de l'oloaiK' à son tour. l*ieire de liolnm et Jean Le Laboureur, l'ului- historien <\\\ niaifclnd, étaient aussi du VON âge, ainsi (ju'.Vnne de (ïuébrianl, fille du défunt baron de Sacey et nièce faxorite de la maréchale.
Cette jeune personne avait une tôle ravissante, un corps extrêmement bien fait, une diMuarche élégante. Des yeux expressifs au regard pénétrant, un air peu farouche, le désir de plaire et de se faire admirer, sa manière d'être, sa manière d'agir, une intelligence vive, de la gaieté, une mise recherchée la rendaient infiniment séduisante. Quiconque l'approchait tombait sous son charme. La marquise de Sablé disait: «Cette fille a de beaux endroits à l'esprit; mais quelquefois cet esprit fait des chutes si effroyables (ju'il est en danger de se rompre le cou '. »
Non loin de Cambrai, le comte de liucquoy \ int, au nom des Espagnols, recevoir la souveraine, et apporter les excuses du gouverneur des l'ays-lîas, le nuu(|uis de Castel-Hodrigo, retenu chez lui par nne allacjue de goutte. La France et l'Espagne étant en guerre, on axait eouNenu d'une sus[)ension d'armes durani le j)assage de la reine Marie, l'iançais et l-]spagnols s'assirent aux mêmes tables, mangèrent et burent ensemble.
1. Miuieleinf* de Souvré, fille de Gilles de Souvré, manjuis de Courteiivaux, maréchal de Fiance, et de Françoise de liailleul, épousa Piiilippe-Kmnianiiol de MontnionMicy-Laval, iiiarcjuis de Sai)lé, seigneur de Pxtis-Daupiiin. tils d l rbain de l^aval, sei^n. de Hois-Daiiphin, inaiéchal de France, et de Madeleine de Monlecier. Veuve en 1(«40 : elle nioiii ut en 1(>78.
Courtoisie d'un instant entre les hostilités sanglantes de la veille et celles du lendemain. Ce fut alors que madame de Choisy revint à Paris après avoir passé le service à la maréchale de Guébriant, qui désormais réglera la marche et aura plein pouvoir. On gagna Yalenciennes, puisMons, Bucquoy accompagnant toujours à cheval le carrosseroyal K
Le trajet, sur lequel nous n'insisterons pas, continua lentement — on se montrait fort peu pressé d'arriver — par Bruxelles, oîi l'on resta quatre jours, Anvers, la lioUande, le comté d'Oldenbourg, l'archevêché de Brème, Hambourg, le duché de Holstein, Lubeck, Wismar, RostocU, Stettin, Dantzig enfin. Ici le spectacle est grandiose. Dans la plaine, sur l'éclatante l^lancheur de la neige, ne croirait-on pas voir toute la Pologne assemblée ! La foule est immense. Ce sont des tentes couvertes de voiles et de tapis aux couleurs vives, les costumes bigarrés et typiques de peuplades diverses ; des chars, des piétons, des cavaliers ; la gaieté, les cris, le tumulte et le désordre qu'engendre l'amoncellement humain ; plus loin, représentant la stabilité tandis que tout ceci n'est que momentané, dans ses imposantes et lugubres fortifications, Dantzig. Un évèque accueille la reine par ces mots : « Intende, felix procède et régna. » (Comprends, sois heureuse et règne.) Le frère du roi est venu la saluer. 11 faut cinq heures pour traverser les rangs serrés de ce peuple enthousiaste ; 5 évèques à cheval précèdent le carrosse royal. A l'entrée de la ville, on passe sous un arc de triomphe, aux deux côtés duquel les statues articulées d'Atlas et d'Hercule se courbent, et
1. De Péronne, la reine envoya l'ordre à son trésorier de Paris d'avoir à payer 10. (>0n écus aux officiers qu'elle avait utilisés depuis ses épousailles : M. de Rhodes, grand maître des cérémonies ; M. de Sainctot, maître des cérémonies, et son fils, aide ; M. de Berlisc, introducteur des ambassadeurs, cl M. de Girault, son aide ; le sieur Je Lavenage, enseigne des Gardes du corps ; M. de Tomson, exempt ; M. de Voiture, maître d'hôtel; le sieur (loquet, contrôleur général de la maison du Roi ; Fonlenu et Parfait, autres contrôleurs ; de la Marche, commis du contrôleur général ; les cuisiniers, pannetiers, échansons, fruitiers, fourriers, etc.
lancent un vival retentissant. Les fêtes durent plusieurs jours. Un souverain étranger — L'électeur Frédéric- Guillaume de 13randel)ourg — curieux de voir rim[)ression (|i.<' fei-ailuiie l"raiu.aise clans les régions du Nord, se trouvait incognito dans les murs de Dantzig.
La reine Marie écrivit à Ma/arin j)Our lui faire part de son contenl<Miienl. Cette réception, au seuil d«^ la Pologne, chassait monienlanénicnl ses idées noires ; l'avenir s'entrevoyait plus rianl. (^Iiarmante princesse, (jui venait de renoncera une enviable situation, à qui la j)oliti(|ue avait fait quitler celle hrillante existence île l'hôtel de Nevers et les justes hommages qu'elle y recevait pour ceindre une couronne en un pays oii tout lui était inconnu, elle ne vivra [)lus ces douces heures passées en France; sa destinée l'appelait à jouer un rôle grave, rôle de sacrifice, auprès de deux rois successivement.
De l)anl/.ig on alla droit sur ^'arsovie. Le temps, depuis le dépail, était faxorable à la route : une gelée continue rendait les chemins praticables; l'on n'avait été incommodé par la rigueui* de la saison ([ue durant huit jours. Tous les ojjstacles de ce voyage paraissaient être surmontés; on complait les heures qu'il fallait encore j)our le mener à bonne fin, cpiand, à Stolpen, petit bourg de Poméranie, parvint, en termes catégoriques, l'oiclre de faire halte. Il éjnanait du roi Wladislas lui-même. La consternation fut grande ; comment intei prêter ce fait ! Prescjue en même temps, M. de Brégy, qui se portait au-devant de la ivine, arrivait muni d'une lettre du nionarcpie renouvelant cette injonction, sous prétexte (pi'une violente att-aque de goutte l'enipécherait de recevoir la souveraine. L'aventure paraissait étrange ; on ne se l'expliquait pas. Marie de Gonzague et la maréchale s'installèrent donc, comme elles purent, dans une nK-chante auberge en partie ruinée.
On y vil bientôt plus clair. Durant la marche du cortège royal, le chevalier de Uois-Daupliin, iils de la marquise de Sablé, avait dépêché sur N'arsovie un courrier, auquel était prescrit de brûler les étapes afin d'arriver avant la reine. « Bois-Dauphin, dit le comte Albert
Validai, avait été admis à Paris dans le cercle des piin cesses et des dames de haut rang ; il s'y prit d'une S('rieuse passion pour madame de Choisy, favorite attitrée de Marie de Gonzague ». Haï par cette princesse, qui le fit ëconduire par madame de Choisy, Bois-Dauphin s'était livré à la plus basse vengeance en écrivant au roi de Pologne les intrigues de sa future épouse avec le marquis de Cinq-Mars. Du reste, le souverain en auraitil une meilleure preuve que la présence, à la suite de la reine, de cette enfant de 4 ans qu'on nommait Mariede la Grange d'Arquien ^ !
Grâce à Brégy et à l'insistance de la maréchale, on put obtenir de continuer la route ; mais le roi prévenait, en donnant cette permission, que son état de santé rempéchorait d'aller au-devant de la reine. Ce fut par Mlawa que Marie de Gonzague pénétra dans I;i Pologne proprement dite, le 28 février 1646. On ap- ])rochait enfin de Varsovie, quand un nouveau message royal lui enjoignit de s'arrêter au château de Falenty, jusqu'à ce qu'il lui fût accordé d'entrer dans la capitale. Durant les 8 jours qu'elle y demeura ses anxié tés redoublèrent. Exténuée de fatigues, elle s'alita, et la comtesse de Guébriant parvint difficilement cett* fois à relever son moral. Indépendamment des propos malveillants débités contre elle, le roi, selon l'historien de Marysienka, retardait la première entrevue, honteux qu'il était de se montrer goutteux, impotent, aux yeux de cette Française dans toute la plénitude de la santé'-.
Brégy court trouver Wladislas, et rapporte enfin l'autorisation d'arriver au port après un si rude voyage. A l'entrée dans Varsovie, vers les premiers jours de mars, aucun air de fête, aucune décoration dans les rues ! La jeune souveraine est donc indifférente à la population ? Et cependant Brégy n'avait-il pas annoncé
1. Urbain II de Montmorency-Laval, chevalier puis marquis de Bois- Dauphin, mort en 1661. Fils de Philippe-Emmanuel, marquis de Sablé, et de Madeleine de Souvré de Courlenvaux.
2. Marysienka. Marie de la Grange-d' Arquien, reine de Pologne, par K. Waliszewski.
LA M AHKCIIAt.K DR r.UKURIANT niTRANT SON VKIVAr.E 451
la consliuclion d'arcs de liioiuplu! siii- le parcours (jue suivrait le cortè<^o ??s"avait-il pas parlé d'enthousiasme, de réjouissances publiques.' — Rien ! — Les traits de Marie de (ion/,a<^ue s'allèrent ; une pâleur extrême envahit son joli visage. I']( lors(|ue, avant mèm('ch^pr<'n(he le moindre repos, entrant dans la cathédrale Saint- Jean, elle aperçoit, assis sur un trône et superbement vêtu d'un liabit ])r(>d('' dargent, coiffé d Un bonnet en castor, l'homme d'une extraordinaire grosseur et à la mine réljarbative (ju'elle aura pour maii, à (|ui elle va jurer tidélilé, elle, .Marie i\e ( îon/.ague, lesplendissante de jeunesse et de beauté, se sent défaillir. Il lui faut alors rassembler toutes ses forces physiques et morales pour avancer, lentemeni, soutenue par Mme de Guébriant et le vicomte de Bregv, pour se mettre à genoux tremblante sous l'œil sévère du loi (|ui parlait un redoutable juge, de ce « roi soldat, trop tôt envahi par l'embonpoint et la goutte, mais vaillant encore et vertsralant à ses heures », dit un historien moderne '. Se prosterner devant le monarque ne devait être qu'un simulacre imposé jiar le cérémonial, mais W'iadislas laisse la reine s'humilier longlemj)s à ses pieds, sans faire mine de vouloir la relever.
« Sire, lui dit alors la mari'cliale (|ui a conservé toute sa présence d'esprit. Sire, le lloi et la |{(>iue ic'gente, sa mère, m'ont commandé de présenter de leur pari a ^'^oll•e Majesté la reine son ej)ouse, de lui lenioignerla sincère affection avec laquelle ils ont contiibué à son mariage, et la satisfaction qui leur reste d'avojir donné à \'otre Majesté une des plus vertueuses, des plus belles et des plus accomj)lies princesses (|ui soient jamais sorties de leurs l'^tats, c|u'ils n'ont [)as seulement considérée comme leur pioche pareut(\ mais (pi'ils ont toujours aimée comme leui- propi-e lille. Mt moi, Sire, je supplie très humblement NOire Majesté d'avoir agréable (jue je lui dise combien je ressens l'honneur que Leurs ^Majestés m'ont fait de me choisir pour remettre entre les mains de \ Olre Majestc' un si précieux