‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 14 sur 159 · LA DEFENSE DE OUISB · texte numérisé non relu

LA DEFENSE DE OUISB

L;i |)ii.s»' (le La Cii|)ell(' lui donc un des |)i-c'iniers I \|)loils des envahisseurs, li)>res à |)eu piès de leurs ini»u\ements, puisqu'ils n'avaient devant eux pour les i'iièter fjue certaines places de second ordre. La(^apelle fiait alors un in(''dioci-e château assez, bien situe ccpcn- (I int,avecfailjle garnison, et dont les tra\aux de forlili- «,:t ion restaient inachevés. On n'y voyait ((ue six canons, (lonl la juoilié esloit sur le Aentre sans affût », et le tusse possédait si peu d'eau (|ue les l*]spa<i;nols jugèrent inutile d'eniployeiles fascines qu'ils avaient faites dans un bois voisin |)Our le coinl)ler. Le bai-on t]n Hcc-C^res- |iin, (ils (hi marquis dv \ ariles et frère de Mine de (juél>i iant, avait obtenu la succession de son |)ère au gou- \ iiiienient de cette |)lace, j)Our avoir contribue, disent l'S Mémoir-es de lUchelieu, à soustraire le lloi aux inlri- -iies de la Heine mère. Nous lavons déjà rencontré il iiis un duel, où (îuébriant lui servait de témoin, < (tait, raconte l'abbé Aiiiauld, un « homme d'esprit ( l de qualité, mais qui n'avait jamais vu la guerre ». Il iMimaissait le foit et le faible de la place et savait exj)oscf avec bon sens et clarté ce que j)ouvail entreprenche I «Minemi, et comment il s'y opposerait. « César luitiième n'aurait pas pu en parler phis pertinemment », ajoute Arnauld. « Cependant cet homme, si habile et ^i brave dans son cabinet, perdit l'esprit et le cœur à la vue des ennemis. .., tant il est rare que dans un métier si périlleux la spéculation toute seule puisse ioinier un bon of licier '. »

.lugeant toute résistance inutile, la faible gainison ■ itligea du Bec à se rendre, disent les uns. Le gouveriM'ur, suivant les Mémoires de Hichelieu, aui-ait contraint les officiers à la capitulation, «avec menace, s'ils ne la signaient pas, de les mettre, sans espérance de quartier, entre les mains des ennemis ». René du Bec fut-il aussi coupable, aussi lâche que le disent Richelieu et certains avec lui ? Kn tous cas, il est positif qu'il n'a su prolonger la résistance jus(|u'aux limites qu'exi-

1. Mémoires de l'abbé Arnauld (Antoine ArnaukI, abbé de Chaumes, aîné des fils d'Arnauld d'Andilh .

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geait riionneur. Après sept jours (riiivestissement, le 10 juillet, il entamait les pouipailers, et sortait de la place rendue. La politique fit retomber à tort sur le gouverneur de La Capelle tout le malheur de l'invasion de la Picardie: aussi du Hec eut-il l'heureuse inspiration de franchir au |)lus vite la frontière. Richelieu ordonna d'instruire son procès, et, pour en imposeï aux juges, fit assister le Roi au conseil de guerre, ([iii, le 14 août, déclara du Bec-Grespin coupable du crime de lèse-majesté pour avoir, par lâcheté et perfidie, « remis aux mains des ennemis la place de Lî Capelle ». Ce conseil le condamnait à être écartelé pai (juatre chevaux en pLace de (jrève ; ses bras et jambes (levaient ensuite être attachés à quatre potences plantées suivie chemin de Picardie, lioi-s les murs de Paris, et sa tète fichée au bout d'une j)ique, au-dessus de la porte Saint-Denis,

Le jugement se ressentit de la fureur (| n'avait le cardinal duc de ne pas tenir sa proie, « d'autant, avouet-il dans ses Mémoires, que le dit baron du Bec, au lieu de venir rendre raison à Sa .\[ajeslé de la place qu'elle lui avait confise, se sentant cou[).il)le d'une si énoruie lâcheté, s'est absenté à la justice du Roi ». A celui qui apporterait la tête du pauvre gouverneur, on promettait la somme de (iO. (H)U livres *.

Le même conseil de guerre condamnait le gouverneur du Catelet, Etienne de Saint-Simon, baron de Saint-Léger, oncle du premier duc de Saint-Simon, qui, bientôt après du Bec, capitulait en deux jours -. Saint-Léger inspirant fort peu de confiance, le Roi avait trouvé nécessaire de mettre dans la place menacée un bon officier pour surveiller sa conduite et exciter, en cas d'attaque, le courage de la garnison et des habitants. Le choix tomba sur M. de Pontis, officier de valeur, d'un courage éprouvé. « Jugeant qu'il n'y aurait ni honneur ni profit ])Our ce brave officiera défendre

1. Mémoires du card. de Rirhelieu. — Aff. Elr., Fiance, V. l()7S-22(;. « Paris, Sa Majesté y estant, le U août Kî^O » ; Jugemenl.

2. Aiï ÉU\. France, V. KwS 224. <• Paris, Sa MajeBlé y estant, le U août HVM\. » Jugemenl.

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ne place dépourvue de tout », où il pourrait laisser

^a r('putation et sa vie », le luan'chal de JJrézë rendit Fontis introuvable. A son défaut, on envoya .M. de " .irgonne, « homme de cœur », (|ui entra dans F^e

itolc't mais ne put empêcher Saint-I.cger de rendre le lendemain cette place encore sans brèche, à peine battue par le canon. Nargonne en sortit comme otage ; naturellement Richelieu se montra fort dur pour lui ; il le tint enfermé durant cinq années sous le prétexte qu'il n'avait pas fait son devoir. Nargonne pouvait-il mieux le faire.' En avait-il les moyens et assez d'autorité ?

Le double jugement ne put être exécuté, du Bec et Saint-Léger ayant passé la frontière. Aussi le sieur de liellejamine dut-il se contenter de faire pendre en efligie sur la place de Grève ces deux coupables que Richelieu nommera des « coquins qui ne se sont pas voulu défendre ». Le 20 août, le capitaine Manfieux, exempt de la prévôté de France, leçut l'ordre de raser les maisons appartenant au baron du Bec, « convaincu du crime de lèse-majesté », et, pour que la postérité n'ignore pas sa peilidie, il fut en outre ordonné « que les bois de haute futaye estant autour d'ycelles seroient coupés à hauteur d'homme' » . Après la mort de Richelieu, René du Bec-(".respin, baron du Bec, marquis de Vardes, sera déclaré innocent par arrêt du Parlement de Paris, et rentrera dans tous ses biens '-. Saint-Léo-er revint imprudemment en France sans autorisation quelque temps après sa condamnation, et y mourut d'une manière étrange. Etant à Marsillac chez l'abbé de Saint-Léger, il se plongea dans une cuve pleine de

1. llisf.fie Louia XIII, par Le Vassoh ; Arrh. hist., guerre. V. 28- 377 (Madrid, 4 août l«Ht>), V. 32-l.îl (U août \{VM\\, V. 22-l«2 (Cha"ntilly, 2(>aoiit 1(>3(>) ; Mercure François, liyM\ ; Mémnires du card. de liichelieu : Mémoires de l'abbé Arnauld.

2. Il avait épousé, vers 1618, une ancionne mailres.-e do Henri 1\' Jacqueline de lîreuil, comtesse de Moret. Henri iV avait marié Jacqueline au comte Cési-Sancy, qui fut depuis envoyé comme ambassadeur à C.onstanlinople. Mais en la maii.uit, le Roi s\aH stipulé que Cési-Sancy quitterait la comtesse dès le soir des noces ; ce qui eut lieu.

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vin nouveau et de marc; aussitôt entré, il cria que la vapeur le suffoquait; on fit Timpossible pour l'en sortir ; un palefrenier se jeta dans la cuve ; tous deux y restèrent asphyxiés. L'abbé de Vaillac fit arrêter le valet de chambre du défunt, le sergent-major du Catelet et l'abbé de Saint-Léger, témoins du drame, « conformément à la teneur de Tarrest donné contre Saint- Léger et du Bec, qui rend criminels ceux qui leur donnent assistance ^ ».

Depuis quehjues années, la Cour se préoccupait de la situation de la ville de Guise. En 1631, le duc de Chaulnes, gouverneur de Picardie, et le sieur de Noyers, intendant et contrôleur général des finances, recevaient l'ordre de « faire réparer les manquements » qu'ils V trouveraient-. En même temps y étaient envovés, Philippe de la A'crinne, en qualité de lieutenant de roi, et sept compagnies du régiment de Navarre, pour renforcer la garnison. L'année suivante, Catherine de Joveuse, duchesse de (ruise, recommandait au gouverneur de la place, le sieur de l'Eschelle, de veiller avec soin à sa conservation'^. Ortlres et avis furent encore donnés postérieurement. Malgré cela, (iuise se trouvait, en 1636, dans un état déplorable; ses défenses étaient ruinées, ses murailles ouvertes en divers points, les citernes rompues, le canon en partie démonté. Le gouverneur l'Eschelle, brave homme toujours malade, ne pouvait répondre aux exigences de sa charge.

Au surplus une violente épidémie, qui sévissait dans toute la région, à Reims, à Laon, à Saint-Quentin, faisait son apparition à Guise, malgré les précautions pour l'éviter. On v remettait en vigueur de vieux règlements ; des huttes couvraient les remparts avec défense d'en laisser approcher le bétail à moins de cent pas; les maisons infestées ne pouvaient être aérées sans autorisation municipale...

1. A(T. hiti-., France, V. 2^ô-24o. Hichelieu à... Al)l)eville, 3 n()veiiil)it' 16S6. AIT. Élr., France, V. Hi78-+2+... au comte de riiaviuny; Ahlteville, 1" novembre KVMi.

2. Le Roi aux lial)ilants, 2îi juillet ICHl. :i 24 juillet 1(;:}2.

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