I.\ ni F RNSi: DE OUISE
Jugeant avec raison c|iie les l-^spagnols, après s'être emparés de La (îapelle, attaqueraient la ville cle(iuise, « dernière clef de la |)rovince de Picardie », à laquelle les circonstances présentes donnaient une giande importance, le Koi choisit le comte de (in«'briant pour aider le gouverneur malade à la défendre. En conséquence il lui ordonnait, le <> juillet, de s y jelei' avec 6.000 hommes'. La ville, reconnaissanle de l'arrivi'e d'un tel secours, envoyait une gratification a Mme de Ouébriant -. «J'ai rei:u une commission du lloi, écrivait le duc de C'.haulnes au nouveau dereuseui-. axi'c ordre de Monseigneur le caidinal de la remplii- de votre nom, afin que nous commandiez dans la ville de (luise, l'e qui m Oblige d'en écrire au sieui' de ll-^lschelle. Lu raison {rinl'iiiniles (|ui lempèchont d'agir. l'Eschelh' demeurera le second dans la place'... » La garnison, avant l'arrivée du renlorl, comj)renait déjà 22 comj)agnies d'infanterie et 0 de cavalerie, outre 48 cavaliers de la compagnie de Prasiin; elle avait l'ait d'heureuses sorties, et venait de se signaler contre les troupes du Cateau-Cambrésis. En cas d'alarme, tout le monde devait se rt'uinir sur la place d'armes, les portes des maisons devaient s'éclairer et des feux de bois s'allumer dans les rues afin de répantire la clarté et d'éviter le désordre.
(juébriant s'emploie tout d'abord à remonter le moral des habitants, et leur e\pli(jue ce qu'il veut pour la résistance; il fait consolider les murs et élever des retranchements ; lui-même travaille avec les soldats, et, par son exemple, détermine les habitants assez flegmatiques à l'imiter. En quelques jours, (iuise se trouve en état de recevoir les ennemis'. Après avoir occupé Elreux, les Espagnols paraissent, le \'A juillet, aux environs de Guise, et emploient deux jours à la recon-
1. Tirés des r»''ginienls de ("iKimpagnc, do Sainl-Liic, df Vervins, de Luiigei-on, de Biscaras.
2."Airli. de la ville de Gui<o, délibérations, f° 209 ; Jlisl. tie la ville de Guise, par lahhé Pi-ciikuh, t. II.
3. Archives Hotrou, \'. 1-."). Chaulnes à Guéhriant; 7 juillet 163»;.
4. Arch. Rotrou, V. I-IO. Soissons à Guébriant; La Fère, 12 juillet
3fi LE MARECHAL DE GUEBRIANT
naissance des abords. Le 16, ils se rangent en bataille dans la plaine de Puicoy avec 25 pièces d'artillerie; le prince Thomas avance en pointe jusqu'au château de l'Etang, dépèche un trompette pour engager la plac( à se rendre, et n'obtient de Guébriant qu'une fière léponse lui conseillant de faire tout d'abord abattre trent< Ijrasses de muraille pour monter à l'assaut. Le mèm( jour, le prince va camper entre l'abbaye d'Origny- Saiute-lîenoile et Ribemont, laissant quelques morts devant Guise, et renonçant à l'attaque qui lui semble trop difficile.
Le capitaine Lorme, gouverneur espagnol de La Capelle, ne restait pas inactif sur la frontière. Il ramassait du butin, faisait des prisonniers, tuait, brûlait; il battait 300 chevaux du maréchal de Chaulnes et du sieur de Rambures. Le Roi mit sa tête à prix — 2.000 pistoles à celui qui l'amènerait mort ou vif. Le comte de Guébriant, délivré du prince Thomas de Savoie- Carignan, lui di'essa des embuscades. Ayant appris de ses courriers que Lorme faisait paître, aux abords de La Ca|)elle, du bétail volé aux paysans, il fait cacher un détachement de cavalerie dans le bois de Lerzy, voisin de la place, et donne l'ordre à d'autres cavaliers de tenter la capture de quelques vaches. A la vue d'une proie qu'il juge facile à saisir, Lorme bondit sur eux, à la tête d'une compagnie, et les poursuit jusqu'au piège qu'on lui a tendu. \'ingt des siens tombent à la première salve; les deux troupes s'élancent furieusement, et combattent corps à corps. Au bruit de l'action, l'infanterie espagnole sort de La Gapelle, accourt ; mais 20 cavaliers d'élite ralentissent son élan. Finalement Lorme et 30 de ses braves restent prisonniers, et, sous bonne escorte, prennent le chemin de Guise.
« Jusqu'ici je n'ai pas osé vous rendre compte de l'état où j'ai trouvé la ville et le château de Guise, crainte que mes lettres ne tombassent entre les mains des ennemis, écrit le comte de Guébriant à Richelieu, le 24 juillet. Maintenant qu'ils se sont un peu éloignés, je dois, ce me semble, pour satisfaire à mon devoir, dire à votre Eminence que jamais place ne fut abandonné(