‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 31 sur 159 · GUEBRIANT AU SIEGE DE BRISACH · texte numérisé non relu

GUEBRIANT AU SIEGE DE BRISACH

briant ira à Langres ou à Chaumont, « soubs prétexte de la police et cli:ingeiiient de logemens des Irouppes en ces quailieis-là », mais poiii* organiser son enticprise '.

Tout d'abord le départ de (iuébriant ne s'efTectua pas aussi rapidement (juil l'aurait voulu. « Je vous supplie très humblement de croiie que la nécessité et non le divertissement m'a retenu jusqu'ici à Paris », écritil à de Noyers le 15 février. Il en rejette la faute sur M. Tubeuf, qui a mis une extrême lenteur à lui rendre ses ordonnances visées et assignées sur des fonds qui ne sont payables que de longtemps'-.

Ari'ivé à Langres, conformément à ses instructions, Guébriant enverra à 10 lieues à la ronde reconnaître les différentes places, et dressera un état de tous les renseignements fournis ; il pourvoira à la su])sistance des siens ou sur les lieux ou par coiitributioii dans le voisinage. S'il lui man(|uc des troupes, il s'adressera au marquis de Bour])()nne, li<Mitenant général du Roi en Bassigny, et à M. de Francières, gouverneur de Langres, et pourra lever quelques milices, mais à la condition de ne rien exigei- (ki peuple, de ne pas le molester, de ne pas le ruiner comme dans les autres opérations de ce genre.

11 visitera l'artillerie et les magasins de Langres, de Chaumont et autres places, afin de voir ce dont il peut disposer. Avant de se mettre en campagne, il devra posséder tous les renseignements sur la force des troupes ennemies, leurs quartiers, l'époque où l'on pense qu'elles seront en état d'opérer, « en sorte qu'il ne mette pas en péril les armes de Sa Majesté, laquelle scait que ledit sieur de Guébrian a trop d'expérience pour qu'il soit besoin de luy recommander de faire aussi recong-uoistre bien soigneusement Testât de ladite place de Vesoul.. » Il en examinera les remparts, les portes; il saura ce qu'elle renferme de garnison et d'habitants armés, afin de n'employer à Tat-

1. Arch. Rotrou, V. I-lll. Commission pour commander en Bassiyny.

2. Arch. Rotrou, V. 1-114. (juébriant à de Noyers ; 15 février 1638.

tn((iie que le montle strictement nécessaire. S'il est trop faible pour tenter d'enlever ^'esoul, il foriuera (|uelquautre dessein pouvant donner ombrage aux ennemis. Enfin le Roi s'en remet à sa prudence et espère que son voyage produira l'effet voulu '.

Louis XIll prescrivait aux maréchaux de camp, colonels, chefs divers et habitants du Bassigny d'obéir strictement aux ordres qu'ils recevraient de Guébriant; il le disait envoyé dans cette région « pour y avoir r»ril au logement et à la subsistance des troupes, et y pourvoir sy besoin est, comme aussy pour s'opposer aux entreprises des ennemis de ce costé-là '. — Version officielle, une discrétion absolue étant nécessaire pour réussir contre X'esoul. — Au grand maître de Tarlillerie, la ^leilleraie, il était également prescrit d'accorder largement son aide.

Le 18 février, Guébriant donne à sa femme une procuration pour la gestion de ses affaires, et, après avoir obtenu de messieurs des finances le paiement de ses ordonnances, il court en poste vers Langres. Sa mission étant importante, il compte être amplement et vite pourvu de tout; néanmoins en arrivant à destination, il ne trouve ni argent, ni vivres, ni canons, ni munitions ; les magasins de la place sont à peu près vides. Grande est sa déception. Bientôt il reçoit une lettre que lui écrivait de Noyers le 25 du même mois. Il est urgent de secourir le duc Bernard en opérant une diversion. Il fera donc « grand bruict et mine de grands préparatifs de toutes parts x. On réparera les ponts en divers endroits, afin de dépister l'ennemi ; on apprêtera l'artillerie, des pétards, des échelles; on enverra dans toutes les directions avertir les troupes de se tenir prêtes à marcher. Enfin (îuébriant fera tout ce qu'il faudra pour laisser croire aux ennemis qu'on a

1. Arch. Ilotrou ; AfT. Étr., France, V. -IbT-M V" ; Bibi. Nai., .5U0 Colliert, V. 109-12; Arch. hisL, (luerre, V. 48-lii; Le Laboureur: Inalruction pour le comte de Guébriant... ô février H>:^8.

2. BibL NaL, 500 Colberl, V. 109-11. Le lloi à Guébriant; 4 février 1638; cité par Le Laboureur; Anh. hist., Guerre, V. 43-258. Le Roi au grand maître ; i février 1638.

fiuÉuuiANi Ai; sii.(;i; di: iihisaiii g?

de gi-aiids desseins; il les lieiidia ainsi en suspens et dans l'incerlilude s'ils doivent ou se tourner conlre le duc de VVeiniai- ou contre lui '.

Au coniinencenienl de mars tout lait suj)|)o^er (ju'oii est à la veille d'événements graves. D ajjrès les avis venus d'Allemagne, toutes les forces ennemies atla- (|uer<jnt le duc Bernard ; une puissante divi;rsioii s imj)ose plus que jamais pour uiaintenii" ce prince dans l'avantage (|ue lui a donné la main-mise sur un passage du Rhin. Aussi le Hoi envoie-t-il à Guéhriant tles lettres ((u'il remettra lui-même aux sieurs Humes et Zillart, Streef et Bouillon, colonels de régiments de cavalerie étrangère, logés im des quartiers assez proches de Langres. C/est un (jrdre à chacun de le joindreau premier signal. Avec ces renforts, (iu(d)riant entrera dans la Franche-Comté, et em|)<'*clieia les ennemis qui s'y trouvent de tomber sur le duc Bernard, Enfin il agira de telle sorte, dil le Boi, « que mon dit cousin reçoive toute l'aide et le secours (|ue la saison présente et Teloignement de mes troupes des quartiers où il est peuvent peiniettre ~ »...

« Je me doutais bien (|ue vous ne demeure rie/, pas les bras croisés aussitôt que vous seriez ariive à Langres, et ({ue vousf(;riez parler de vous dans la Franche- Comté; car, en l'état où vous avez trouvé les choses, je crois bien (jue c'est tout ce que vous pouvez faire jus- (|u'à ce (jue, ayant leconnu la contenance des ennemis et quehju'une de leurs [)laces, vous les visitiez de |)lus près et fassiez une véritable diversion, dont l'éclat aille jns{juesà M. le duc de VVeimar. « Ainsi commençait une lettre que de Noyers adressait à Guébriant, de llueil le même jour, 7 mars. Le grand maîlre a assuré le cardinal duc f{ue chevaux et charrettes promises arriveraient

1. Arcli. Roliou; liibl. Nat., 5ui> CoIIm it, V. 1U8-21. De Noyers à Guéliiianl; lUieil, '2') février KJHS.

2. Hil)l. Nat., 500 Colherl. V. 109-1:): Arcli. lli^il., Guerre, V. 44-14(3; .\rch. Ixdtrou : Le t\oi à (.;iiél)riant ; Cliuililly, 7 mars 16H8 ; Arcli. liist. ("iiierre, V. 44-129 ; Le Roi aux colonel!^ Humes, Zillart, Street et Bouillon, 4 mars 1(>;^8 ; Le Roi leur recomuiaiidc de marclier en aussi l>on ordre (jue possil)le.

à Laiigres dès le 15; mais la cliose n'est pas possible parce que les gens auxquels la Meilleraie se fie pour la levée des chevaux « sont gens qui tiennent un peu de l'animal, desquels on prend ce que l'on peut ». Le sieur Saint-Martin, chargé de cette réquisition, fera de son mieux pour activer ce rassemblement ; le sieur Gar^an fournira du ble. Si Guébriani formait quelque grand dessein exigeant le concours de toutes les troupes de la contrée, il en aviserait et des ordres seraientdpnnés en conséquence pour tout ce qu'il demanderait *.

La présence du comte de Guebriant dans la Franche- Comté fit abandonner au duc Charles le dessein de sauver Rhinfeld. attaqué par le duc Bernard, pour aller au secours de cette province. Les troupes royales se préparaient à bien le recevoir, lorsque subitement Louis Xlll leur désigna un autre théâtre d'opérations. Après son éclatante victoire de Rhinfeld, le duc de \\'eimar avait instamment réclamé à la Cour sinon une armée, du moins un renfort considérable — 4 à 5.000 hommes — qui lui permit d'opérer utilement contre des ennemis forts, munis de tout, dont il était le point de mire, con^me l'adversaire le plus redoutable en Allemagne. Or, à ce moment, il s'était rappelé que le duc de Hohan n'avait pas hésité à lui conseiller de demander au Roi, en cas de besoin et de préférence à tout autre général, le comte de Guebriant qu'il tenait en très haute estime pour sa valeur morale et ses talents militaires -.

« M. de Guebriant, écrit donc Louis Xlll en date du 13 mars, l'affection avec laquelle je vois que mon cousin le duc de ^^'einlar se porte à employer utilement en Allemagne les forces que je lui entretiens, et le bonheur qui l'a accompagné en son passage delà le Rhin et en la bataille qu'il a gagnée à Rhinfeld me donnent sujet de l'assister de plus en plus de tout ce qui est en ma puissance pour soutenir et faciliter ses progrès...» On

1. Bibl. Nat., r>(tO Colbert, V. 108-23, et Arch. Rotrou. De Noyers à Guebriant ; liueil. 7 mars 1638.

2. Rohan mourut de blessures reçues à Rhinfeld. \oir: Épisodes de la guerre de Trente ans : Bernard de 6axe-Weimar, p. 276-278.

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ne peut lui envoyer une armée, mais uniquement un corps de 4.00U hommes de pied« sous la conduite d'une personne qui soit, ajoute la lettre royale, dans son estime aussi bien c|ue dans la mienne et (|ue je connaisse capable de conduire non seulement avec zèle, prudence et courage, mais encore avec adresse et crédit pariui lestroupes.(olles(|ii(' j ai dcstinéesà ce(l(*ssein... » Cluébriant les commandera. Immédiatement ordres sont donnés pour le rassemblement des 4.000 hommes à Toiil. Us seront tirés de \'andy, Cargret, Sauvebu'uf, Hebé, Conti, et des régiments éliaiigers de Sirot et Schmidberg, Bien (|ue ce soient d(^ bonnes troupes, aguerries déjà, Guébriant aura soin de ne pas leur commuui(|uer ses desseins à cause de l'aversion qu'inspire généralement à tous le passage en Allemagne. Il ne s'en ouvrira qu'au colonel Schmidberg, fort disposé à servir en Allemagne, et ([ui déjà connaît le pays. Il ira par Lunéville et Saverne et à travers l'Alsace, pour gagner Hliinfeld. En route, Guébriant s'adjoindra la cavalerie dont il aurait besoin pour assurer sa maiche, mais sans en affaiblir la frontière; puis, arrivé sur le Rhin, il la renverra, La nourriture, durant le trajet, sera fournie par Crusy de Marcillac, évèque de Mende, munitionnaire des troupes de l'Est ; il faudra donc l'avertir des jours de passage aux différents points.

Il serait bon aussi de faire savoir au duc Bernard qu'on avance vers lui, quelles sont la force du renfort et ladurée probable du trajet ; on lui demandera, si besoin, de fournir une escorte, et de faire préparer des logements sur le parcours ainsi que des vivres au lieu d'arrivée. La diversion en Franche-Comté ayant eu pour heureuse conséquence d'empêcher le duc Charles de se joindre aux Impériaux, le Roi va continuer « à donner jalousie aux ennemis de ce costé-là ». Aussi M. de la Mothe- Houdancourt remplacera-t-il en Bassigny le comte de Guébriant, ({ui lui communicjuera son plan d'opérations, « en la connaissance, écrit le Roi à ce dernier, que vous aviez prise de ce qui s'y peut faire pour tenir les ennemis en considération et les empescher d'en esloigner leurs forces... » Néanmoins si la Mothe-Houdancourl

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tardait à paraître, Guébriaiit ne l'attendrait pas et lui ferait ses communications par lettre'.

« Vous conuoistrez, écrit lliclielieu à Guébriant, vous connoislrez si clairement, par les ordres que le Roy vous envoyé, la confiance particnlière qu'il a en vostre conduite et en vostre adectionà son service, qu'il seroit superflu de vous l'escrire. Aussy me conlenterai-je de vous dire que ce ne vous est pas peu d'avantage que Sa Majesté vous ait choisi pour une telle occasion comme est celle de secourir M. le duc de Weymar en l'état où il est maintenant'-. »

De Noyers renchérit en éloges et en conseils. « La réputation de votre valeur, ayant passé au delà du Rhin, faict que vous y estes souhaité. . . » Le duc de Weimar réclame un secoursde 3à4.000 hommes« pourveuqu'ilsoit conduit et commandé par vous, ce que le Roy ayant apris, il vous envoyé les ordres nécessaires pour tirer ce nombre des lieux où les troupes sont en garnison et l'y mener par la voye que vous estimerez la plus seure. » Le difficile sera de persuader aux soldats de passer en Allemagne. Afin de les « porter à entreprendre gayement ce voyage », le cardinal de Richelieu dépêche M. de Grave, son écuyer, avec quelque argent pour les capitaines « qui s'embarqueront volontiers dans ce petit pèlerinage-' ». Enfin, le J4 mars, le Roi annonce au duc Bernard l'envoi de 4. 00(J hommes, con-

1. Ribl. Xal., .-.OO Coll)eil. V. 109-17; AIT. Étr., France, V. 2Ô7-101 V": Arch. Rofrou; cité par Le Laboureur. Le Roi à rîuébriant ; Saint- Germain-en-Laye, 13 mars 16H8 ; Ribl. Nat., 500 Colbert, V. 109-19. Étal des troupes envoyées en Atlemagne ; Ribl. Xat., 500 Colbert, V. 109- 16. Ordre du Roi aux maréchaux de camp, colonels, etc., de reconnaître M. de Guébriant et de lui obéir. Saint-Germain, 18 mars 1(538.

2. Ribl. Nat., 500 Colbert, V. ll()-l,ct Arch. Rolrou. Richelieu à Guébriant (sans date); Aff. Élr., F'rance, V.2."i7-l03 V", et Arch. hist., Guerre, V. 48-24. Instructions au sieur de la Molhe Houdancourt s'en allant vers la frontière de Bassit/nij, du 25 mars H)3S; Arch. hist., Guerre, V. 44-401 ; Ordre au sieur delà Mothe Houdancourt d'aller en Bassigny,2i'> mars

3. Ribl. Nat., 500 Colbert. V. 108-25, et Arch. Rotrou; cité par Le L.\liOuiiEUR. De Noyers à Guébriant; l'aris, 13 mars 1638: Le sieur de Charlevoye se rend également auprès du comte de Guébriant ; Ribl. Nat., 500 Colbert, V. 108-29, et Arch. Rotrou. De Noyers à Guébriant: Rucil, 17 mars 1638.

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fiés à Guéhriaiit, « comme à une personne, lui dit-il, qui a toules les bonnes (|ualités poui- s'acc|uinei- dignement de cet em|)loi el entre autres celles de vous être agréable... » On tlislribuera plus de 20.000 écus en pures gialifications aux soldais, afin d'atténuer leur aveision de l'rancliir le lliiin ; le colonel Schniidberg, « c|ui est homme de service », n'ayant (jue 1.200 hommes dans son régiment, recevra 12. 000 écus pour augmenter ses eflectifs. (domine les l'iançais redoutent de ne pouvoir subsister eu Alleinagne el d'y |)érii- de misère, « je suis oblige, éc lil le lloi au duc de AN'eimar, pour le bien de mon service et d(* la cause connnune comme pour votre j)i'()pre iuleièt, de nous prier, couinie je lais avec toute 1 all'eclion ])ossible, de douiier ordic (|ue ces troupes (|ue je vous envoie soient le mieux traitées (|u'il se pourra jxuir les logements, nourriture et commoditi'S nécessaires, soit dans les (juarliers (jue vous leuis donnerez, soit en ser\ant dans votre armée, et (|u'elles ne reçoivent aucun déplaisir ni dommage par les vôtres », une bonne intelligence deAant régner entre gens servant la même cause '. La jonction des P'rançais aux ^^'eimariens inspirait d'assez viv(;s in- (juiétudes à la Cour. Comment vivraient-ils ensemble ?

Aux évèques de France, le l{oi ordonna des prières publi(jues « poui- impélrer de la bonté divine le vrai rcîpos de la Chrestienté ». Ceux qui seront absents de leur diocèse, « quels (ju'ils soient », ne man(|ueront pas d'y retourner, « et en bref », |)our <■ y convier plus efficacement les peuples par l'exemple de leurs Pasteurs - ».

Par tous les moyens il s'agissait tl!eni pécher la tlésertion des soldats, lorsqu'ils ap|)rendraient qu'on les mène en Allemagne. De Noyers invite donc (îuébriant à user d'adresse dans ce « passage très difficile ». « Ainsy, nu)nsieur, c'est à vous maintenant à employer utilement

1. Biljl. Nat., nV., \'. :57tl7-.')2. I.e Roi ;ui due do Wciiiiar : Saiiil-(",eriiiain. U mars KIHS.

2. Gazette extraordinaire du 5 mars li;:5S. N" 27. <• Lctiic éci'ih- par Sa Majesté aux eves(|ues do son l^iyaninc pour impétror du ciel par l^urs prières el celles de leurs IrouDcaux... >■

vostre bon cœur et vostre prudence '... » Ordre est donné au prévôt de Toul et à ses aides de marcher à la suite des troupes aussi longtemps que leur prescrira Guébriant, de tenir strictement la main à la police dans les rangs, sous peine de privation de leurs charges, et de punir selon la rigueur en usage ceux qui contreviendraient aux ordonnances et rèo^lements. Gouverneurs et lieutenants û^énéraiix des provinces, maires et échevins des villes, officiers et sujets quelconques devront prêter assistance et main-forte au pré\ôt, s'ils en sont requis-.

On ne se dissimule pas les difficultés qu'aura tout d'abord M. de Guébriant pour le rassemblement des troupes. Longuement le secrétaire d'Etatde Noyers traite avec lui cette ((uestion. Ceux qui ont fait de grandes promesses en partant de la Cour « ne seront pas si eschauffez dans l'exécution qu'ils l'ont esté dans la proposition ». De Noyers est d'autant plus soucieux que le temps presse ; le duc Bernard envoie dépêche suidépêche pour réclamer le secours annoncé ; un commis de l'extraordinaire des guerres porte 75.000 livres à Guébriant pour aider à la subsistance de son corps de troupes, mais seulement « lorsqu'il aura passé le Ilhin » ; on ne touchera pas à cette somme avant que les soldats ne soient « en lieu où ils puissent estre obligez de demeurer par force )>. Si le duc Bernard ne peut fournir le pain, le baron d'Oysonville, neveu de Sublet de Noyers, et M. Méliand, ambassadeur du Roi à Berne, pourvoiront à l'achat du blé. Si, pour éviter la ruine de ses troupes, Guébriant devait emprunter, sans avoir pu en donner avis préalable, il le ferait j)ar une lettre de change de 30.000 livres tirée à vue sur le trésor de l'extraordinaire des guerres, payable au bout d'un mois.

M. deMende, « homme vigilant, qui aura grand soin des troupes », attend Guébriant a\ec impatience à Toul. Si de Noyers croyait s'adresser à un général ayant be-

1. Fiibl. Nat., 500 Colbert, V. 108-Hl, et Arch. Rotrou. De Noyers à Guébriant ; Rueil, 21 mars 1688.

2. Arch. hist., Guerre, V. 44310. Ordonnances du 2U mars 1088.

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soin d'être invité à s»' presseï", il lui tliiait (juc jamais pareille occasion ne se j)rësentei"a de servir plus utilement ; (( mais les exhortations, dit-il, sont bonnes à d'autres (|u'à M. de (iuébriant, qui a plus besoin d'être retenu (jue j)Oussé ». 11 s'agit donc d'amener au duc hernard en toute diligence des troupes aussi fortes (|ue possible, et de chercher, par tous les moyens, à les maintenir dans une région « où elles ont tousjours jus- (|iies icv dépéry aussy tost qu'elles y sont arrivées/" ».

Le 17 avril, dans une lettre à Grusy de Marcillac, évê((ue de Mende, alors à Nancy, (iuébriant annonce son départ de roui. « Pour ma marche, elle sera demain sans faillir ». H ira coucher à Essey-lès-Nancy, où il le prie de faire apporter le pain des troupes vers les A heures de l'après-midi, sous bonne escorte d'Irlandais; on fera bien de fermer les portes de Nancy, crainte de désertion -. Le 18, avant de quitter Toul, Guébriant éciitde nouveau à l'évèque, réitérant ses recommandations de la veille. Il précise même. Il lui faut la (juantité de pain indiquée dans sa dernière lettre chiffrée ; on l'apportera à Essey, où lui-même arrivera tard, « tant il y a de peine, dit-il, à assembler des troupes la première journée «.Enfin comme il ne peut (|uitter l'armée, Marcillac ne pourrait-il |)as venir à Essey conférer sur tout ce (jui regarde le service du Roi-^-?

Nous avons tenu à entrer dans ces détails pour montrer quels soins la Cour et (iuébriant apportèrent à l'organisation du détachement. Les ordres sont clairs et leur exécution est méthodique; Guébriant ne craint pas sa peine. Il emploiera tous les moyens d'arriver au Jjut prescrit; il ne (|uittera pas ses troupes des yeux, craignant de les voir fondre; il assurera leurs vivres, et, de peur (|ue ses lettres ne s'égarent, il en écrira jus-

1. Ribl. Nat., ."".00 Colh.Tt. \'. 10S-3H et Arch. Uofrmi : cilo par Lr LanocREt'R. De Noyers à (iuébriant; Riieil, 1") avril KÎHS.

2. Archives ("luéhriaiit. (Iuébriant à l'évèque de Mende, comte de Gevaudan, à Nancy ; Toul, 17 avril 1C>3.S (Essey-lès-Nancy, à 3 kii. à lest de Nancy).

3. Arch. Guébriant. (Iuébriant à l'évèque de Mende, à Nancy; Toul, le 18 avril 1638.

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qu'à trois sur le mémo sujet. Durant la marche vers le Rhin, il prendra de minutieuses précautions, restera toujours à cheval, exigera un ordre compact, sans permission de s'écarter des rangs. A l'arrivée dans les gîtes d'étapes, il enfermera les soldats dans des granges, en prendra les clefs ouïes confiera à des gens sûrs. Cependant, pour ne pas avoir l'air d'un geôlier, il adoucira la vie de ses subordonnés en leur fournissant des vivres en abondance et tout le ])ien-ètre qu'il pourra.

Alaloré ses eflbrts, Guébriant n'avait i)u rassembler

les 4.000 hommes promis au duc Bernard; mais il franchissait le Rhin « en très bel ordre » à Neubourg, h 3 mai, avec 2.500 combattants; à cet efïeclif se joignirent bientôt 1.000 Allemands du régiment de Schmidberg ^. Les troupes franco-weimariennes formèrent alors un total de 15.900 hommes, ayant 25 canons gros et petits, 200 chariots à vivres, des meuniers, des bonlanoers, des artificiers, le nécessaire enfin pour entreprendre quelque chose d'important ~. Le sieur de Grave courut annoncer ce premier résultat à la Cour. Le duc Bernard, après s'être emparé de Neubourg, en mars, et de Fribourg, en avril, avait résolu d'investir Brisach, capitale du Brisgau, « boulevard de l'Aile' magne », suivant une expression du temps, La forte resse de Brisach, dans une superbe position, possédai! de formidables défenses, qui la rendaient extrémemeni forte par elle-même. Sa garnison était relativement faible ; mais elle avait pour chef le baron de Reinach, homme d'une indomptable énergie, valant à lui seul une armée. Les ennemis extérieurs essayèrent de troubler ce projet en occupant le duc Bernard du côté di Wurtemberg et de la Souabe. Un moment même, h situation des Weimarieus parut critique ; mais, aussitôt l'arrivée de Guébriant, les choses eurent une meil

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