Mercure français, 1639, p. 3 et su
LE DLT. DE I.ONflUETlI.I-E ET LES WEIMAHIENS
troupes sur les garnisons établies le long du lac do Constance. Kn Alsace, le colonel de llosen a pris Thann et le comte de Chalencey, maréchal de camp, ,rouverneur de la Hassc-Alsace, la ville et le château de Feiiestran-vi. Aprrs avoir séjourné quelque temps a |{,isach polir V travailler aux affaires les plus pressées, le duc de AVeimar se rendait à llohentAV.el et a llliinfi'ld De là, il revenait en Franche-Comté, « aliii d entendre, écrivait-il à Cuébriant, selon (pie mon devoir m'y oblige, les choses ([ue le lloy a voulu me laire scavoir par voslre bouche » -.
Les deux principales armées royales assiégeaient l'une Hesdin, l'autre Thionville. M. de la Meilleraie, o-rand maître de l'artillerie, avançait vigoureusement rattaque de la première de ces places ; le Roi assistait aux travaux, espérant ainsi donner à l'entreprise un éclat tout particulier. Le marquis de l'euquières était attaché à Thionville, dont l'importance indiscutable donnait à l'attaque une phvsionomie très intéressante, k Je vav faire presser si vivement Tun et Tautre (siège), écrivait le Roi au duc de Weimar le 3 juin,que,Dieu aydant, l'on en verra bien tost une heureuse issue, de quoi j ay estimé d'autant plus nécessaire devons informer que je suis bien adverty que l'ambassadeur (irotius, par mauvaise volonté ou par une ignorance grossière, qui ne peut recevoir d'excuse, a été si inconsidéré que de mander en divers endroitcs que nos forces n'estoyent pas en estât d'advancer beaucoup les asfaires de la cause commune ; ie souhailte que chacun s'y emploie aussi utilement et avec des résolutions aussv constantes que je faict de ne rien obmettre pour le bien public. Pour ce qui est de vous. Mon Cousin, je suis bien asseure que vous y contribuerez, de tout voslre pouvoir et qu'il n est pas besoincr de vous exhorter de n'y perdre aucun momen de temps, puiscpiun des meilleurs moyens de prendre
1. Gazelle, n» 68. De RAlc, 19 mai im ; Gazelle extraordinaire du
^' V Bil>l!"Nàu ï"> Colbert. V. ll.Vl.v.. et Arch. Rotrou. Weimar à Gnébrianl ; Rhinleld, 12 juin 16311.
lis LE MARECHAr. DE GUEFîniANT
Taclvantage sur les ennemis est de les prévenir '... » Au marquis de Feuquières, gouverneur de la ville et de la citadelle de N'erdun, lieutenant général dans les évécliés de ^letz, Toul et \ erdun, personnage de grand mérite, ayant rendu de signalés services et occupé de hauts emplois, était confié le commandement d'une armée qui s'assemblait aux environs de son gouvernement. M. de Saint-Paul, « très brave gentilhomme du Dauphiné », et M. de Grancey, qui devint maréchal de France, en étaient les marécljaux de camp. On v voyait aussi lîoger de Choiseul, marquis de Praslin, mestre de camp général de la cavalerie légère, etM.de la Becherelle, aide de camp de l'armée.
Bientôt Feuquières recevait courrier sur courrier poui- se mettre en mouvement, ])ien qu'il n'eût encore assemblé qu'une partie de ses troupes. Aussitôt il dépêchait Antoine Arnauld, fils aine d'Arnauld d'Andilly, à son ami de Noyers pour lui exposer l'impossibilité dans laquelle il se trouvait d'entrer en campagne. Mais celui-ci répondait par l'ordre « de faire marcher l'armée en quelque état ((uelle fût, et d'assiéger une place considérable ». Obéissant aux injonctions du secrétaire d'Etat, Feuquières alla mettre le siège devant Thionville, bien que n'ayant pas encore la moitié des troupes qu'il devait réunir-. Cette hâte de la Cour venait de ce que l'ennemi semblait se préparer à s'approcher d'ilesdin^. 11 fallait une diversion immédiate et considérable afin de réserver au marquis de la Meilleraie, grand maître de l'artillerie, neveu de Richelieu, toutes les chances de succès.
Appuyé sur une fenêtre d'où l'on apercevait Thionville et ses environs, Feuquières dit mélancoliquement à Antoine Arnauld, en lui montrant la place : « X'oilà
1. tJibl. Nat., nV., A'. 3833-210. Le Iloi au duc de Weimar ; camp devant Hesdin, 3 juin l()3iJ.
•2. L'armée devait être de 17.000 fantassms et de .').oOO cavaliers. BibL Nc"t., r,()0 Colhert, V. 45-5. E/feclifs.
3. Possédant toute la faveur de son oncle le cardinal, la MeiUeraie commandait toujours des armées fortes et pourvues de tout le nécessaire.
i.E Dic Di: longi;b\ ii,i.K i:t i.ks w i:im\i<ii:ns ii;i
notre maitresso ; elle osl belle, mais elle sera un peu difficile à réduire. » l'uis : « Au moins ils seront conlenls tle notre obéissance, et ne se j)laindronl pas que la place que j'alta(|ue ne soit pas |)r()|)r(' à iaire l'eflet qu'ils souhaitent '. )>
Le marquis de i'euquiéres assiégeait Thionville depuis le 20 mai, lorsque, le 7 juin, dès la |)ointe du jour, survint Piccolomini. amenant 7 à S. ()()() ciievaux et 6.000 hommes «le pied-. Averti de son approche, l'cu- (juières eut le tort de ne pas rassembler aiissilùt toutes ses troupes pour les avoir dans la main. Il se conlenla d'ordonner de prendre les armes dans cha(|ue (|uarlier. Les ennemis alta([uèrent résolument. Les rc'gijnenls de Navarre et de Grancey lurent totalement culbutés, et le mar(piis de Fors, mestre de camp de Navarre, tomba aux mains des adversaires. Le réeiment de Beauce, avancé |)our le secourir, lut dispersé, et son colonel, le comte d'On/ain, trouva la mort. Le réoimeni de Bussy-llabutin accourant eut le même sort.
Après ce rapide succès, l^iccolomini entra dans la place et la traversa; ne voyant personne au delà, il revint sur ses pas, a[)erçut Tarmée française en train de se réunir, braqua cinq canons de la ville dans sa direction, et fonça sur elle ; la cavaleiie royale, prise de panicjue, lâcha pied sans coml)attre, et courut jus- (|u'à Metz « sans tournei- tète ». Saint-Paul et le colonel de cavalerie Moulinet furent tués en voulant retenir les fuyards. Entouré d'une vingtaine de gentilshommes, Feuquières, avec une bravoure extrême, cherchant à tenir tête aux ennemis, reçut deux coups de mousquet <|ui lui cassèrent le bras droit en deux endroits. On dut l'emmener, renseigne de ses (iardes et Antoine Arnauld le soutenant. « Mon ami, dit-il alors à ce dernier, j'ai ce