Raabe
2. Hhl. du règne de Louia XIII, par Le Vassor ; Gazelle de France: Mercure français : Ilisl. de la guerre de Trente uns, parE. Charvkriat : Épisodes de la guerre de Trente ans : Bernard de Saxe-Weimar-
IK ULC Di: LONGL'EVILLE ET LES \\ EIM.vniENS 12ô
meilleure cl«'s dêpècJK^!^, ('Ciivait tle Noyers « <'sl une lettre de change de c»'iil mil escus et que nous tascherons fl(; faire de dey\\ cens mil, pour em[)l(»\er dans l'occasion présente selon c|u"il est porté par l'inslruclion ([iiil NOUS eom>nuni(|iiera... «("/dail |)(»iir iiclidcr les officiels du j)rince. Oysonville (piillait Mc/.ières le 29'. En même lenij)S le Uoi écrivait aux Direcleui'S.
M. de Ghoisy, conseiller d'Etat, se r-endit ('gaiement auprès de (iuébriant. Ses instructions étaient datées de Mouzon, le 2 août. 11 ira au plus vite a Uàle, rejoindra le général et irOysonville, et feia compiendre que l'armée weimarienne, formée en particMJe reci'ues envovées par le Uoi, levées, nouiries, entretcnuesà grands fraisavec 1 argent de la France, ne pouvait être la propriété particulière du prince, « (|ui la commandait au nom du lloy- )). De Noyers, après avoir annoncé l'arrivée de M. de C.hoisy à (iuébriant, ajoutait : « Il est mon amy particulier, et je vous prie qu'en ceste (jualité il ait \ostre confiance et vostre amitié, vous assurant qu'en Allemagne et en l^rance vous serés bien aise d'avoir* acquis un amy de son mérite '. »
Les pourparlers furent lents, épineux, et cependant il fallait agir avec rapidité, afin d'éviter les influences étrangères, qui, dun jour à l'autre, tl'une heure même à l'autre, j)ouvaient contrecarrer les vues du Roi.
Guébriant, d'Uysonville el (llioisy trouvèrent dans le baron d'Erlach un homme droit, sincère, favorable à leurs idées, et qui tâcha d'aplanir les grosses difficultés. Eux-mêmes, dans ces épineuses négociations, donnèrent des preuves de grandjugement, de haute diplomatie, de conciliation et de patience ; ils discutèrent pied à pied clia([ue cjuestion avec les Diiecteurs, les officiers, les gouverneurs des places, les députés des Iroupeswei marie M lies. Enfin les pourparlers aboutirent :
1. Arch. Rotrou : cilé par Aliîkrv. De Noyers à Guébriant ; Mézières, •27 juillet 1HH9.
'2. Lellres el documents diplomaliques... du card. de Richelieu.
H. Bibl. Nat., .".UO Colbert, V. 108-63, et Arcb. Rutrou. De Noyers^ à Guébriant ; Mouzon, 3 août 1639.
126 LE iMARECHAL DE GUEBRIANT
on parvint à s'entendre, et, le 9 octobre i&A'ô, fut signé le traité de Brisach, abandonnant à la France les conquêtes du duc Bernard et de son armée, contre la promesse du Roi de maintenir les Directeurs et autres officiers dans leurs dignités, de les laisser en possession des biens qu'ils avaient reçus, et de payer annuellement aux troupes weimariennes une somme proportionnée à leurs besoins. Brisach et Fribourg en Brisgau devaient recevoir des garnisons mi-allemandes mi-françaises. L'armée weimarienne se composait de 12 régiments de cavalerie à 8 compagnies et de 12 régiments d'infanterie à 12 compagnies, tous de la création de Gustave-Adolphe et formés de soldats allemands. « Il n'y a pas un article sur lequel nous n'ayons trouvé des difficultez, soit par trop de montres et paymens qu'ils nous demandaient, soit pour les prétextes de leur interest d'honneur)), dit une relation. Sur les traités, u tous, à la réserve du général-major d'Erlach, ont voulu faire entièrement les ignorans, disans que Son Altesse ne les a pu obliger aux ct)nditions portées par son traité secret... » Il a fallu « trouver en quelque sorte le contentement des uns et des autres^ )).
Il était temps de conclure le traité de Brisach ; les compétiteurs à la succession militaire du duc Bernard se présentaient déjà sérieux et résolus : le duc Guil-
1. Relalion des traverses et dif/ieultés qui se renconlrèrenl en la conclusion du traité de Brisach, Aublry, t. IV, p. 407.
Mémoires historiques concernant le général d'Erlach, tjouuerneur de Brisach..., Vverdon, 17S4.
Ce trailé de Brisach, tout militaire, eut des conséquences politiques 1res grandes. Grâce à lui, le Roi occupa presque toute l'Alsace et le Brisgau : Brisach, Fribourg, Xeubourg, Rhinfeld, qui commandait le Rhin supérieur, Laufenbourg, Seckingen, Belfort, Altkirch, Ferrette, Thann, Colmar, Schlestadt. Haguenau, Saverne, Bouxviller, etc. Seuls, Benfelil et Obernai appartenaient aux Suédois. Strasbourg restait autonome, en butte aux perpétuelles intrigues des Français et des Impériaux, et dans une situation de neutralité assez inquiétante pour sa sûreté et son commerce. Les habitants de Brisach demeuraient catholiques. Ils craignaient depuis la conquête que les Weimariens, qui tenaient trop peu compte de leurs sentiments et les traitaient en vaincus, n'introduisissent le protestantisme ; aussi l'intervention de la Fiance après la mort du duc Bernard fut-elle loin de leur déplaire. Us acceptèrent l'idée de domination provisoire de la France, mais
LE DUC DE LONGUEVILLE ET LES WEIMAHIE.NS ll>7
luunie (le Saxe-Weimar, frère aine du défunt ; l'Espagne et l'Autriche par rinterniédiaire d'agents ; le tils aîné de feu Frédéric V, roi de Hohènie, (]iiarles-Louis, comte palatin, dont lîichelieu calma laideur par une captivité de quelques mois au donjon de \ ineennes. Enfin il y eut aussi les obstacles créés par le rcpiésentant de la C.uuroune de Suède en Alsace, le résident Mokel, qui voulut mettre entrave à l'exécution de l'accord, sous prétexte que liernai-d avait toujours été au service des alliés et non du roi de France seul. Le général-major d'Erlacli conservait le gouvernement de lirisach, mais, « voulant tout faire avec grande adresse», dit le Mercure français, il envoya au lîoi les clefs de la ville, protestant ainsi vouloir dépentire entièrement de lui désormais. Bientôt, afin de protéger le pont et la ville de Neu bourg, menacée tl'un siège, (îuébriant chargea M. de lîoque-Servière, sergent de J3ataille, de se loger entre Bàle et Brisach avec 3 régiments : \'andy, Melun et ( luébriant. TAii-mème entra dans Brisach, pour surveiller spécialement les places tenant garnisonsfrançaises. Le comte de Nassau et le colonel Oehm marchèrent vers Spire avec 2.000 chevaux et 2.000 fantassins. Le colonel de Rosen, du côté de la Forèt-Noire, avec 4 régiments de cavalerie et 300 dragons, protégea llohent^viel contre une tentative des Impériaux, puis alla lejoindre Uehm etNassau; ensemble ils enlevèrent W'issembourg, Landau, Xeustadt et Germersheim. Il était important de se tenir ferme sur ses gardes devant un ennemi j)ersuadé que la perte du duc Bernard provoquerait des troubles et une scission parmi les Franco-Weimariens.
Bour commander l'armée du tlucde W'eimar, le choix
non celle d'incorporation au royaume, regardant toujours; les Habsbourg comme- leurs maîtres légiliiiies.
Le Koi donnait au baron d'Erlacli des lettres de neutralité et une pension de 18. wo livres.
L'armée weimarienne coûtait alors annuellement au Roi : la cavalerie, environ ëiiu.oou richetlales ; l'infanterie, environ 9(X).0<iO richedales.
du Roi loiuba siirle duc de Longueville, déjà tenu pour un général de valeur '.Ou supposait que les orgueilleux et susceptibles Directeurs ne pourraient être que flattés de se voir placés sous les ordres d'un prince du sang.
Le 1'' août, un courrier se rendit en Italie, où Longueville était alors avec le cardinal de la Valette. Le prince devait laisser toutes ses troupes de la péninsule à laMotlie-Houdancourt,et rentrer au plus vite. Une suspension crarmes venant d'être signée en Piémont, il partit la nuit même qui suivit l'entrevue au Valentin entre les généraux du Uoi, d'une part, le prince Thomas de Savoie-Carignan et le marquis de Léganès de l'autre, et s'achemina vers Bàle, n'emmenant du Piémont que le régiment du colonel de Schmidberg.
Le 17 août, dans une lettre collective à GuébrianI, Ghoisy et d'Oysonville, Sublet de Noyers dit, en parlant du nouveau général de l'armée du Rhin : « Bien (jue les colonels ayent tesmoigné désirer un homme de leur nation, j'estime toutesfois, autant que je le puis juger sur l'entretien que j'ay eu sur ce sujet avec ledit sieur colonel Flershin (Flersheim), qu'ils n'y trouveront pas beaucoup à redire, lorsqu'ils considéreront sa naissance et sa facilité avec les gens tle guerre, desquels il a toujours esté aviné partout où il a commandé'-. » Deux jours après, toujours anxieux sur ce ])oint, de Noyers écrit, en ces termes, à d'Erlach: «...le duc de Longueville, prince que Son Altesse estimoit beaucoup, et dont les qualitez relevées sont connues par tous messieurs les colonels, ayant, comme chacun sçait, du bien et des habitudes en ces quartiers-là, qui luy donnent beaucoup plus de facilité à maintenir ce corps que tout autre qui pourroit avoir esté destiné à cet employ. De sorte que Sa Majesté s'asseure que toute l'armée en sera très contente...^ ».
1. Arch. hist., Guerre, V. i'G-lSl. Pouvoir de général de l'armée d'Allemagne pour monseigneur le duc de Longueville, r> août 1639.
2. Mémoires pour servir à ihisl. du cardinal de Richelieu, par Aubery, t. IV, i;. 387.