Aubery, t. IV, p
LE DUC DE LONGLEVILLE ET LES WEnLVItlENS 129
Longueville allait trouver une armée ayant à peine le nécessaire. Depuis loni;tenij)s déjà (iuél)riant réclamait de l'argent et (les li()ii|)cs. 11 (''cr-i\ ail diieclenieut aux ministres et leur emoyail mad;ime de (ïiu'hiiaut et Pierre de Rotrou, son secrétaire et confident, revêtu de la chai'ge de commissaire des guéries à l'armée d Allemafjne.
Rotrou ira, de sa part, juscju'à Abheville s'il est utile, pour causer avec de Noyers; car il faut au moins une montre et de quoi acheter le pain '. A la (>our on promettait, beaucoup même, et j)eut-être pour se débariasser de gens ennuyeux dans leurs exigences. « Hotiou, écrivait alors (iuebriant, en matière d'expéditions de (.A)ur il ne se faut pas contenter de papier, car l'on en a beaucoup pour peu (l'argent. 11 faut voir d'où et de (pioy. Il va deux mois et demi {|ue je nourris les troupes du Hoi de pain de munition, ol il y en a un (jue Son Altesse leur en fait donnei* sur la promesse que j'ai faite de le payer... N'ons j)ouve/, bien refuser tie vous charger de papiers inutiles et remontrer les choses (|ui sont de raison, l^n second lien, je demande (les recrues-... »
1. Archives Rotrou, \. I-lti7. M. et Mme de Guébriant à Rotrou; l juin !G39 ; Arcli. Rotrou, \'. 1-178. (Ju(''l)ri;uil à liotrou ; 80 juillet 1«39.
-'. Arcli. Rotrou, \'. 1-182. Gui-hri.uit ;i Rotrou: Hiisacti, 10 août ICSy.
Fils (le .loaii de Rotrou et d'Klisaheth Le Saclieu, Pierre de Rotrou natiuit à Dreux, le 29 juin li)lô. Il appartenait à une très honorable famille. Secrétaire de (iuébriant et commissaire de l'arnid'e d'.MIernagne, il travailla, sans |)arai'tre à larmi^e, avec dévouement dans 1 inlériH des troupes el de leur général. 11 habitait chez la comtesse de (iuébriant, à Paris, ou du moins y trouvait son courrier, adressé à 1 " luMel de (iuébriant, rue de Seine ". Il épousa, on lti49, Louise Le Noël, fille d'un receveur généial des linances, et devint maître dh(')tel du Roi, et son conseiller-secrétaire. Il acheta, près d'Ltampes, le domaine de Saudreville, dont le château resta dans sa famille jus(iuen 184S. En 1815 on y voyait encore 3 canons donnés par Louis XIV. Pierre de Rotrou mourut le 15 mars 1702, à 87 ans, ot fut inhumé dans l'église de Saint-Merry, à Pans, où se trouve encore une pierre tumulaire avec son nom. Le maréchal et la maréchale de (inébrianl lui accordaient pleine confiance. Un exemple suffira : Le 5 mai 1H4H, la maréchale, alors à Rrisach aupiès de son mari, mandait au lldèle Rotrou : " Écrives à Mme du llallier luie lestre de complimans sur sa nouvelle dignité el contrefaites bien mon écriture. » Pierre était frère, plus jeime de six ans, de .lean de Rotrou, le poète si connu, né aussi à Dreux en l(;o9 et mort en 1()50.
]30 ir. MARKCHAL DE GUKIÎRTANT
Les partisans de la Maison d'Autriche tâchaient d'exciter la jalousie des chefs weimariens et de semer la discorde par de faux bruits. Il fallut, dans ces critiques circonstances, toute Thabileté de Longueville et de Guébriaut pour mener les adaires à bien. Afin d'enlever tout j)rétexte à l'altération de l'entente entre Français et Weimariens, Longueville, en arrivant le 10 septembre àBrisach, réunit un conseil auquel furent présents le margrave Frédéric de Bade-Durlach, les comtes de Nassau et de Guébriaut, le général-major d'Erlach, les colonels Oehm et Rosen, le baron d'Oysonville, Choisy de Camp, les députés du duc Guillaume de Saxe-Weimar, frère du défunt duc, et ceux des princes alliés. On y accepta Longueville pour général en chef et l'on discuta tous les points litigieux.
Tout à coup survient la nouvelle que les Bavarois prolitent du répit forcé des Franco-Weimariens pour attaquer Landau, Germersheim et Neustadt. Le conseil se dissout aussitôt. Nassau vole avec 2 régiments de cavalerie, 700 fantassins et ô canons au secours de Landau ; Guébriaut, avec de pareilles forces, marche sur Germersheim; Rosen et Oehm occupent les bords du Rhin. Mais en avançant, on apprend que Landau et Germersheim sont tombés au pouvoir des ennemis. Guébriaut et les colonels ^veimariens mettent alors leurs troupes en cantonnements, et retournent tenir conseil à Brisach.
A cette seconde assemblée se trouvèrent les mêmes personnages qu'à la première. On jura de nouveau l'alliance; le duc de Longueville fut confirmé général, et le serment de fidélité enfin prêté entre ses mains. Ce résultat obtenu, Longueville renforça la garnison de Brisach de mille Français qui durent reconnaître le o-énéral d'Erlach pour gouverneur; puis, avec toute l'armée, il se dirigea vers Strasbourg, en vue d'exécuter le plan de campagne élaboré en conseil à Brisach : conquérir certaines villes du Bas-'Palatinat, tenant faibles garnisons. L'armée complaît alors 5.000 chevaux et 7.000 hommes de pied.
Oehm prit les devants par terre, le 19 octobre, à la