‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 49 sur 159 · Ilisl. du maréclial de fiuébrianl, par Le Laboi reib · texte numérisé non relu

Ilisl. du maréclial de fiuébrianl, par Le Laboi reib

2. .\ff. KU\, .MIemagne correspondance, V. lH-107. Roissy à d'Avaux : Paris, 23 juin 1<!40.

158 LE MABKCIIAL DE CUEIÎHIANT

qu'il couvre de relrauchemeiits. Il serait téméraire de l'attaquer; aussi l'armée redescend la ^^ erra, passe à Meiningen, à Barcht'eld, à Ettenhausen, et, le 27, campe à Marksulil '. Le 29 juin, elle établit èon quartier général à Creuzburg, et l'infanterie s'installe sur les hauteurs (rHôrschel. L'armée souffrit beaucoup dans ces mai'ches et contre-marches : le pain manqua durant huit jours ; beaucoup dliommes moururent de faim et de fatigue; les liessois et Lunebourgeois se débandèrent en partie.

X'oulant foi-cer la landgrave et le duc de Brunswick à remplacer les déserteurs, Banner menaça d'occuper leurs Etats, et invita les Français à l'imiter. Les Franco- Suédois avancèrent dans le Brunswick par Escheweg, mais aussitôt apparurent les ambassadeurs des deux principautés; le duc de Brunswick se présenta même à Gottingen à la tète de 6.000 hommes. Avec lui, Banner se montra hautain, voulut trop exiger, faillit compromettre la situation, et, bref, se décida, par son départ, à laisser les territoires princiers en proie aux ennemis. Il s'éloigna le 8 août, traversa le Brunswick sans le ménager, se dirigeant vers Minden pour trouver un pont, mais brusquement tourna sur la \\'estphalie. Heureusement pour le duc Georges, comme pour la landgrave, Longueville refusa de suivre le feld-maréchal, auquel il fit dire par M. de Beauregard qu'il n'abandonnerait jamais aux Impériaux des territoires d'alliés, que du reste, on perdrait les places du Rhin en s'éloignant, et que, vis-à-vis du Roi, il en aurait toute la responsabilité. Il déclarait pour conclure, vouloir rester joint aux troupes de la landgrave et du duc Georges. Mettant alors un terme à sa fâcheuse boutade, Banner se rendit à Cassel chez la landgrave, et à Gottingen chez le duc de Brunswick, afin de leur donner lui-même l'assurance de sa bonne volonté. On

1. AiT. Étr., Allemagne correspondance, \'. l:î-112. D'A vaux àRoissy; Hambourg, K» juillet 1040.

Il dit que les ennemis cherchent à se remettre, sous Neustadt, des fatigues supportées i\ Saalfeld, où ils ont perdu 3 à 4.000 hommes.

firElUtlANT A I.\ T1:TE nE L AfiMEE D AI.LEMAONK l'.O

résolut alors de marcher sans l'etaid et de conc(>rt vers reiiiiemi qui, al'lirinait-on, avançait sur Cassel.

I) Hambourg, le 14 août, le comte d'Avaux écrivait à son père : « Messieurs de Longuevillc, Banier et Piccolomini sont en marclie, mais vers (Cassel, pavsdenos alliés; cela ne me plail j)oin( ; on dit qu'à ce coup les Impériaux veulent combattre. Cn bon succès nous serait fort utile pour avamcr hi j)aix en la diète de Halisbonne, autrement il n'y en sera parlé (|ue par manière d'acquit et pour faiie ci»ntri])uer plus largement les peu[)les à la faveur trun si beau mot. Si nos généraux ont reçu un nouveau secours de liesse et de ]Ain(d)ourg, comme ils espéraient par les dernières (|ue jai reçues de leur camp, ils auront de (juoi s'opposer aux ennemis^ ». M. de la Boderie écrivait {|ue tout le j)ays de liesse était alors mangé par auus et ennemis jusque sous les murs de Cassel '. « Mme la landorave fait aussi ([uelques petits edorls », disait Beauregard poiii-montrer le peu d'euipressementqu'elle mettait dans la lutte ^. ( )n pouvait cependant redouter d'autant plus Biccolomini qu'il venait de i-ecevoir des lrouj)es et tie l'argent, « ce qui rend les Impériaux loit superbes », selon l'expression de M. de Saint-Aubin '.

De nouveau Longueville et (juébi-ianl avaient àluller contre le mauvais Aouloir des W'eimariens, sans cesse juèts à échapper au Roi, toujours sous la néfaste inllueiice du maréchal Banner et de Georges de Bruns- ^vick. Du traité de Brisach, conclu entie le Iloi et les Directeurs le 9 octobre iiV.WK seul un ailicle restait à exécuter : celui du serment des officiers et dés soldats. Dès le 21 avril, Louis XIII a\ait donné l'oi-dre d'en finir avec celte importante affaire '. Mais on en avait

1. Correspondance du comle d'Ai'aux \Claude de Mesmes)ai<ec son père, par A. lîoppK, p. 2Ht;; AIT. VAr., Alleinai.Mie corrospondanc^N \'. 13-12.").

2. AIT. Ktr., France. V.2S(;-3."). M. do la Boderie à...: Casïiel, l."> aoùtltUn. ^^. AIT. Étr., France, \'. 28«;Î7. M. de Beauregard à...;l<; août 1640. i. .MT. Étr., France, V. S3(î-.")U. Xoiivelles du <ieur de Sainl-Auhin :

24 août Itîio.

5. .\rcli. iiist.. Guerre. V. 58-r»ll. Saint-Germain. 21 avril Kl-lO.

KiO LE MARECHAL DE GUEBRIANT

différé rexécution jusqu'au paiement des montres arriérées. Les fonds étant enfin parvenus, Longueville pensait c(ue la joie d'être soldés après une longue attente ferait accomplir aux \^'eimariens cet acte solennel avec moins d'aversion. L'intendant de Choisy était arrivé le 17 juillet pour en régler définitivement l'accomplissement'. En ce temps-là, prêter serment était regardé comme un acte très sérieux et même définitif. Choisy refusa la distribution de l'argent sans la prestation du serment. 11 exigeait aussi — c'était un ordre de la Cour et non stipulé dans le ti'aité — que l'élection des colonels Aveimariens fût réservée au Roi ou à ses généraux. A tout ceci les Directeurs n'auraient fait aucune difficulté sans Banner et IJrunsAvick-Lunebourg, qui les excitaient non seulement contre cette prétention nouvelle, mais encore contie toute idée de 'serment, et qui ne savaient assez les blâmer d'avoir signé àBrisacli un si désavantageux traité. Dès lors, les Directeurs opposèrent un catégorique refus à ce que demandait Longueville. (ruébriant et Choisy allèrent les trouver à Heiligenstadt, réunirent tous les officiers ^veimariens, et s'ingénièrent pour obtenir une solution favorable ; les Directeurs promirent d'envoyer leur réponse à Longueville, et le firent deux jours après. Ils y déclaraient s'opposer au serment et vouloir conserver la liberté d'élire leurs colonels. Peu après, le feld-maréchal s'étantmis en marche dans la direction du Weser, Longueville saisit l'occasion de son éloignement pour envover M. de Tracy aux Directeurs; il lui recommandait d'agir ra])idement. Toujours buttés sur l'article du

3. L'intendant de Choisy n'était parvenu au terme de son voyage qu'après avoir perdu un temps considérable. On l'attendait avec impatience à l'armée. A la Cour, on jugea qu'il avait eu des difficultés à son passage en Allemagne, et on ne lui en tint pas rigueur, connaissant les soins et la rapidité qu'il apportait aux affaires qui lui étaient confiées; Arch. Iiist., Guerre, V. 59-757. Le Roi à Choisy; 19 Juillet 1(J4(); Arch. liist., Guerre, 'V. 59-758 (Le Roi) à Choisy; 20 juillet KUO.

Par Choisy le Roi promettait à Longueville des troupes de renfort et de l'argent pour les montres.

.\rch. hist.. Guerre, V. 59-754. Le Roi à Longueville, 19 juillet KUO; Arch. hist., Guerre, V. 59-2Kfi. De par le Roi..., (i juin 1<)40,

GUIÎBHIANT A LA TÈTl:: DL l'aRMÉE d'aLLEMAGNL 161

serment, les Directeurs cherchaient à en chan^-er les termes, et à substituer le mot promesse à celui de serment. On essaya de briser leur obstination par les raisonnements et les menaces, mais les têtes s'échauffèrent. Des mutins, bien décidés à faire un mauvais coup, allèrent en nombre à la demeure de M. de Choisv ; (luebriant dut intervenir, mettre le [)istolet à la main, imposer le calme. Les événements prenaient une tournure grave ; les esprits étaient de plus en plus surexcités. Le 12 août, les Directeurs se présentèrent devant Longueville à Wit/enhausen après avoir consulte IJrunswick-Lunebourg, l'assui-èrent de leur désir de contenter le Hoi et se firent donner par écrit la teneur de ce qu'on exigeait d'eux, pour, disaient-ils, le montrer à leurs officiers.

Oehm, Hosen, Nassau, liin des plus ardents factieux, Brunswick et Banner tinrent un conseil, où ils élaborèrent la réponse que le colonel Betz alla porter le 15 août au comte de Guébriant: les troupes ne prêteront pas de serment; elles rompront plutôt avec la France, uétans desjà en branle de le faire ». Guébriant, chargé par Longueville de régler cette affaire, voulut avoir l'avis de tous les officiers weimariens ; il les réunit tous à l'hôtel de ville d'Escheweg, et se montra d'une autorité sans réplique. S'adressant au duc de Wurtemberg, le plus considérable des personnages présents : « Quel rang prene/.-vous, Monsieur, lui criat-il .• Si c'est celui de colonel, comme vous Tètes dans Tarmée du Roi, vous parlerez à votre tour; si c'est comme prince que vous êtes ici, vous n'avez rien à faire dans cette assemblée. » Ces rudes paroles adressées à un prince jetèrent un froid glacial et imposèrent le respect. Puis le comte de Guébriant, profitant de l'effet obtenu, adressa de sévères paroles aux assistants : « Messieurs, il y a sujet de s'étonner de l'occasion qui nous tient assemblés, et je me sens tout surpris de notre loisir, les ennemis j)resque présents, d'employer tant de temps à résoudre une chose déjà résolue et entièrement nécessaire. « Quel tort ne fontils pas au parti ! Ont-ils à se plaindre du Hoi ou de ses

1H2 11' MAHKC.IIAL Di-: GUEBHIANt

minislres ? Il fallait de l'argent ; on en a reçu. Le Roi, du reste, ne les emploie pas dans rintérêtde ses seules affaires : il a secouru le leld-maréchal, la landgrave, le duc de HrunsAvick. On les paie, mais on les trouve néanmoins toujours en méfiance; si la Couionne se lasse de toute cette cabale, les Weimariens pourraient bien ne reconnaître leur faute que trop tard.

L'auditeur général de Tarmée Aveimarienne est alors cliareré de lire les articles du traité de Brisach. Il remplissait des fonctions analogues à celles de l'intendant de la justice et police dans les troupes françaises.) II affirme que les Directeurs ont caché aux officiers Larticle avant trait au serment, (iuébriant se louriie alors vivement du coté des Directeurs et les interpelle: a Ne Lavez-Viuis pas promis, Messieurs, ne l'avez-vous pas juré, et ne Lavez-vous pas signé au nom de toute l'armée! Si vous l'avez fait sans la consulter, peu nous importe ! Le traité est en bonue forme: vous étiez bien avoués et vous êtes tous garants de ce qui fut accordé. » Ln grand bruit se fait dans la salle. Colonels et officiers reprochent aux Directeurs de leur avoir lié les mains. Nassau, Oehm et llosen répondent que tous les officiers ont été consultés avant la signature du traité de Brisach. L'auditeur déclare que les officiers, n'avant pas été consultés parles Directeurs, ne sont pas tenus au serment, d'autant plus que les autres articles du traité au sujet des montres et des rançons n'ont pas été exécutés. Ln instant le désordre est à son comble, puis le calme renaît. Guébriant répond qu'avant la signature du traité, on avait demandé aux Directeurs s'ils avaient procuration de l'armée, ce qu'ils avaient juré. Les Weimariens ont certainement droit à trois montres ; on a de quoi les payer. Quant au traitement jugé trop faible, il est bon de remarquer, qu'aucune armée d'Europe n'a une solde aussi forte. Quant au pain de munition, on n'a pu en donner aux Weimariens puisqu'il n'y en avait même pas dans l'armée française. Du reste, depuis la mort du duc Bernard de Saxe-W>imar, l'armée a plus reçu qu'en (|uatre années de son vivant. En ce qui concerne le choix des colonels, on n'en a pas fait

fil I-15UIANT A r.A TKii; Di: I, ahmeh; d Ar.r.KMAONi; i6H

monlioii dans le trailé ; car, les W'eiinarieiis s<> donnant au Roi, pour(|uoi aurait-on réservé à leurs Directeurs ce qu'il y a di' plus essentiel et ce (|ui n'apj)arlienl même |)as à un tr(''n«''ral .* « Avez-vous, leurdil-il, aucun (•\emj)le de la réj)iil)li<|iie (|ue vous \oudrie/. claMir dans Tarniée royale!' » (lufhiiaiil paria lonj^lemijs encore avec l'crmele,et leriuina en conseillant à tous les officiers allemands d en\oyer leur adhésion au duc de liOngueville.

Ses paroles portèrent un heureux fiuil. Le lendemain h) août, le comte de \\'iltg(;nstein et le colonel Het/. furent députés vers Longueville à lùinbzAvert, où il était ariivé le jour nu>me, venant de NX'itzenhausen. Ils lui portaient les excuses des W'einiariens, (|ui acceptaient tout ce qu'on exigeait d'eux.

Le 17 août, l'armée franco-Nveimaiienne esl r;in<'ee en bataille; chacun se lient rigoureusement à sa place. Longueville avance devant le front. Le commissaire royal, d'une voix forte, lit en allemand les conditions du traité de Hrisach. 11 appuie sur les mots : bien et honorablement seruir Sa Majesté envers et contre tous les ennemis, en toii^ lieux et sous le commandement de Monseii/neur le duc de Longueville, général de l'armée du Roi. Cette lecture terminée, les Weimariens crient à pleins poumons et de tout cœur: Ya. Puis les officiers viennent renouveler le même serment entre les mains de Longueville. Le fait est accompli en bonne et due forme malgré Banner, malgré le duc de Brunswick- Lunebourg, qui jouèrent en cette occasion un rôle si néfaste.

Le 20 octobre, Louis XIII écrit au comte de Guébriant : « J'ay bien reconnu en toute la suite et en la conclusion de cette alTaire, combien vous avez contribué, i)ar votre crédit, par votreadresse et par vos soins, à la faire réussir et à lever toutes les difficultés qui s'y sont présentées, de ((uoi j'ai bien voulu vous témoio-ner par cette lettre que je vous sais tout le gré que vous méritez, et que d'ailleurs j'ai beaucoup de contentement des témoignages (|u<.' mon cousin le duc de Longueville rend par toutes ses lettres et par ceux qu'il

Ifri LE MARECHAL DE GL'EBRIANT

m'envoie de l'assistance qu'il reçoit de vous et des preuves que vous donnez en toutes occasions de votre prudente et généreuse conduite; et pour faire connaître par effets combien je suis satisfait de vous, j'ai résolu de vous envoyer une gratification de dix mille écus des deniers de mon épargne, auxquels vous pouvez assez juger qu'en la nécessité l'on ne touche que pour des dépenses très considérables, ou pour des personnes qui se rendent aussi dignes de mes grâces que vous faites, vous assurant que vous me trouverez disposé à vous les continuer en tout ce qui s'offrira pour votre avantage* .»

Le 18 août, lendemain du jour oii fut prêté le serment, Longueville s'unit à l'armée suédoise. Pour remplacer les déserteurs, le duc Georges fournit 3. 000 hommes de pied et 2.000 cavaliers, et la landgrave Z|00 chevaux et 500 fantassins. Trois jours après, on se trouvait en présence des ennemis retranchés à Fritzlar. Avec un millier de mousquetaires l'on s'empara d'une éminence qui laissait plonger dans leur camp ; mais le lieutenant-colonel Tiuchsess, chargé de la garder, en fut bientôt délogé. Cent autres mousquetaires suédois voulurent reprendre la position; mais, ils s'aperçurent que, cette fois, les Bavarois l'occupaient solidement avec 2.000 fantassins et deux escadrons. La difficulté excita fardeur de Guébriant; il fera ce ({ue les Suédois n'ont osé tenter. A la tète des brigades de Melun, de Guébriant et de Schmidberg, il se jette dans les bois, fonce sur réminence, balaie ceux qui la défendent, et se cramponne au terrain conquis. A cette vue, Piccolomini accourt en personne, suivi de dix à douze escadrons ; les fuyards bavarois obstruent son passage, sèment l'épouvante dans ses rangs, entraînent avec eux ses cavaliers vers le gros de l'armée. Anxieusement Longueville et Lîanner suivaient les péripéties de cette énergique action, et, lorsque le vaillant général breton se présenta pour leur rendre compte, le maréchal de

1. Bibl. Nat., 500 Colbert, V. 109-Ô2 ; Archives Rotrou ; cité par Le Labolreur. Le Roi à Guébriant ; Monceaux, 20 octobre 1640.

GIKRRIANT A LA TKTE DK F. ARMLi: D vr.t.EMAr.NF, Ifi.",

Suède, entlioiisiasiné de sa coudiiile, lui dit : << \'ous êtes bien digne. Monsieur, de la réputation (jue vous avez en Allemagne ; mais je dois cette reconnaissance à votre vertu, que vous en méritez davantage ^ »

Le comte de Guéhriant resta sur le terrain conquis juscju'au moment où les alliés, jugeant l'ennemi inatla- ((ual)le dans son camp, battirenten retraite sur \Vilduugen, dans le comte do W'aldeck, avec l'intention d'intercepter les subsistauces que les lmj)ériau\ liraient de la W'estphalie et de la liesse 23 août . Piccolomini resc)lut d'enlever le camp de W'ildungen. Sachant que la plupart des troupes françaises et suédoises étaient sorties pour fourrager etque Hauner même avait été, sous bonne escorte de 2.000 chevaux, voir sa fiancée au château (TArolsen, chez la comtesse de A\'aldeck, il en profila pour exécuter son coup de main. Il arriva donc, minuit passé, le 3 septembre, à Landswert, culbuta sans peine les avant-postes hessois et lunebourgeois, mais s'arrêta court devant Ihéroïque résistance de ceux que le baron de Rattehin, major de Rosen, avait pu réunir à la hâte. Tête basse ces braves Weimariens se ruèrent contre les Impériaux et les mirent honteusement en fuite. Longueville félicita publiquement Rattehin, et, comme témoignage de sa bienveillance, lui offrit une chaîne en or, valant lOO pistoles-.

Les affaires semblaient prendre une heureuse tournure depuis l'union des Français et des Suédois, depuis la j)restati()n de serment des \\'eimariens.

En proie à une fièvre continue depuis le l*' septembre, le duc de Longueville dut quitter l'armée à Wildungen, et se rendre à Cassel pour se faire soigner ; il alla d'abord mieux, puis, à la suite d'une rechute qui l'amena au bord de la tombe, le '26 du même mois, il

\. Hist. du maréchal de Guébrianl, par Le Laboureur; Der gênerai Hans Ludivig von Hrlach von Caslelen, par le docteur Augupt von

(ÎONZENBACH.

2. Ilist. du maréchal de Guébrianl, par Le Laboureur ; AIT. Ktr., France, V. 83H-68.... à Bullion , 4 septembre ItîJO.

16»; LE MARECHAL OJ-- r,UERRL\NT

abandonna définitivement les Fi'anco-\\'eiiuaiiens. En vertu d'un article du traité de Brisach, ([ui donnait le commandement à un général français, le comte de Gué briant, simple maréchal de camp, devenait le chef incontestable des Français et des Weimariens. L'estime qu'il inspirait et les bons rapports qu'il avait avec tous les officiers facilitaient ce transfert de commandement effectif. Longueville restait néanmoins toujours nominalement le général de l'armée d'Allemagne.

Tout d'abord, la perspective d'un contact perpétuel avec Banner inquiète extrêmement le comte de Guébriant. 11 lui faudra de l'adresse pour ne pas mécontenter ce militaire expérimenté, susceptible, despote, d'un caractère jaloux et impérieux ; il lui faudra savoir conserver — avec ce grade de maréchal de cam|) — le rang qu'exige l'honneur de la France. Guébriant et les siens ignorent la langue allemande ; Banner, les Weimariens et les alliés ne comprennent pas le français, et, de là, difficultés permanentes, emploi forcé d'interprètes plus ou moins discrets, suppression de toute intimité et de cette camaraderie, de cette fraternité indispensables à ceux qui vivent côte à côte et servent une même cause. Guébriant reste tout entier Français ; le Suédois Banner est devenu tout à fait Allemand. L'un, à la veille de grandes actions et sur le point d'atteindre le suprême degré de la hiérarchie militaire, ne jouit encore que d'un prestige personnel; l'autre, parvenu au faite des grandeurs^, est déjà entouré de l'auréole que procurent les victoires.

Un événement d'ordre tout intime se produisait alors au camp des alliés. Banner, qui, le 24 septembre, accompagné de Guébriant et sous escorte de 300 chevaux, était allé contracter mariage avec la princesse .leanne de Bade, ramenait au quartier général une nouvelle maréchale de Suède.

Les Impériaux quittèrent Fritzlar, et arrivèrent le 28 septembre à Hôxteravec l'intention de s'en empareret d'y construire un pont sur le Weser. Banner les sui-

r.lKItRIANT \ lA TKTK Ki: I. MJMEE HALIEM \(iNE 107

vil jiis(|irà \\'al(l('cl<. iiii iiK'clianle place dlloxlcr, cnloiiice (!«' vieilles inmailles. jxjssédait d éiier<jfi(juos (lt'l'eiiseurs,C()iiiiiiaii(les|)aiiiii l)ia\ e colonel, dont le nom r<'sle mallieiireusenienl i<i^n<jre. Iliiilassauls fnrent vaillaninienl i-e|»ous8(';s. Les innis elai<'ll^ ecronles ; Piccoloinini allait livrei- nn assaut général lorsque llTixter se rendit, le 2 octobre, après rpiatre jours tie si«"'<^e, j)ar une capilulation (|ue les Impériaux violèrent, lant la résistance les a\ail exaspérés. Les alliés arrivèi-enl sur la rive op[)Osée tlu W'eser le lendemain même de la perte dlloxler. Suédois et Français coururent alors atla(|uer le château de borstenberg, cpiils prirent sans effort, puis ils empêchèrent Piccolomini dachevei- son pont sur le fleuve, sauvant ainsi le Iiruns\vick, qui se serait trouve, |)ai- celle coustrucliou, jxm pétuelleiuent menacé. Les lm|)ériaux campèrent à Htixter ; les alliés s'établirenl à Forslenl)ei'>-. allongeant leurs cantonnem(Mjls jus(|u';i lloll/iuinden ; des délachemenls occuj)èrent le chàleau de WOrst, Munburgel llameln, afin de tenir les gués du W Cser: à la crête du rocher de Slain ayant ()()0 mètres de long, (iO canons furent instalh's et l)ra(|ués sur la j)Iaine.

.Manquant de vivres et de fouirage, les troupes de i'iccolomini se dirigèrent le 10 octobie vers Munster et l'aderl)oru. Le duc de Brunswick voulut alors cb'cidei- Hanner et (lucbriant à s'éloigner aussi; mais on n'osa confiei- à ce prince la garde du \\ eser. Banner s'étentlit au contraire sur l'Aller et dans le |)ays de Luuebourg. ]''>ncore nue fois les arjuèes de l'raiice. de Suède, de liesse et de Hrunswick s'étaient trouvées en |)iésence de toutes les forces de rEmj)irè sans qu'une ])ataille décisive eût élé livrée. Les deux adversaires axaient S(»uff(Mt et fondu à \ ne d'u-il sans aucun résultat.

L<' duc (jeorges et la landgrave durent faire de nouvelles levées. De leur côté, Longueville, bien qu'absent, el (iuébrinnt ne perdaient pas une occasion île réclamer à la ( A»ur des troupes et de l'argent. L'agent du Roi à Cassel, .M. de la Hoderie, intervenait aussi : le secours est imiispensable ; on pouirail le faire ariiver par le

Rhin, qu'il remonleiait jusqu'à Wosel '... Louis XllI et de Noyers proniellaienl de ne rien omettre dans Tintérêt de l'arniêc -'.

En automne , le colonel de Rosen opère isolement, s'empaie d'ilœchst, sur le Mein, entre Mayence etFiancfort, malgré la garnison de Mayence qu'il culbute en la voyant accourir au secours de la place, et attiie contre lui, par ses succès, une partie des Impériaux, qui, ne pouvant se nourrir, sont bientôt obligés de s'éparpiller. Le comte de Hatzfeld entre dans le pays de Julieis ; le général Walsch reste en Westphalie ; l'archiduc Léopold et Piccolomini se dirigent vers ^larburg. Dès que Rosen apprend l'arrivée du prince dans les environs de Marburg, il se rend près de Ziegenhain avec 700 chevaux, et, le lendemain de son arrivée, reçoit de Guébriant un renfort de 800 autres chevaux. Les ennemis font une reconnaissance que Rosen disperse, puis reviennent en grand nombre; Rosen recule prudemment, non sans avoir tenté de saisir un régiment de Croates et 4 compagnies de dragons logés dans un village qu'il brûle. Les Impériaux quittent Marburg, et établissent leur quartier général à Kirchheim. Piccolomini enlève Amoneburg sans résistance de la part des Hessois qui en ont la garde. Le baron de Horst, gouverneur d'Heidelberg, mène quelques troupes et du canon en Wétéravie, afin d'appuyer le général Gleen, qui vient de prendre Friedberg par composition 3.

Pour en finir avec Rosen, qui les gène continuellement, l'archiduc Léopold et Piccolomini envoient contre lui le lieutenant général baron deBréda, les générauxmajors Gild'haze et Ekeinwart, avec 3.000 chevaux et 1.800 hommes de pied, élite de leurs troupes''. On le

1. AIT. Étr., France, V. 286-42. La Boderie y...: Cassel, 29 août lfi4().

2. Bibl. Xat., ÔOO Colbert, V. 10'J-:)2. Le Roi à Guél)riant; 20 octobre 1640; BibL Nat., .500 Colbert, V. 108-79. De Noyer.s à Giiébrianl ; Hueil, 22 oct. KUO; cité par Le Labourkur.

H. Gazelle du 1" décembre l*i40, n" 149. De Francfort, 10 novembre 1640. De Mayence, 15 novembre 1640. AIT. Ktr., France, V. 286-78. M. de llsie iNoui'elles). Strasbourg, 12 décembre 164(i.

4. Gild'baze, fils d'un maçon de Gand, embrassa d'abord la profes-

GUKnRIANT A t. A TIITR DE F. ARMKF. I> AI.r.EMAONF, ]r,!l

lamcnora niorl ou vif. La colouno (Minniiio rnarcho sur /i('i;(Miliain, donl les uiuis ahiilcut lioscn, r| s"ari(H(3 à N<Mikii(li('u. |)(>ui' lObscivci'. Diiraiil Irois jours les adversaires se licMiKMil à faiMc dislaucc l iiu do laulrc et a|)|)ellent du rcul'orl. l'iccolouiiui aunonco aux sicus ICuNoi de S pièces d'arlillerie, tie t.. ")()() elicvaux el de 2. ()()() i'autassius ; lîoseu, le W novembi-e, voit accouriile eolcuiel Muller el l'aide de camp de CiUéhrianI, Cliai-levoye, aineuant *.•()() elievaux, afin de le fortili<M-, (lira la Gazelle, « dans sa l)i'avc rc'soluliou de ne point déloger ((ue poui* eoinhallre ».

Prolilant de ce (|ue les renforts attendus par Bréda ne sonl pas encore ariivés, llosen part do Zieooniiain au polit jour, le lô novernhi-e, et se lient à lavant-garde. Les coureurs signalent bientôt la présence des Impériaux. On s'arrête ; on se dépêche d'envoyer une reconnaissance, — Vieux-Uosen, Nouveau-Hosen commande par le colonel (>ollias, des dragons, et 2 canons qu'escortent 200 moustjuetaires ; on aperçoit le généi-al de Ureda, (|ui lange en bataille toute sa cavalerie, forte de 34 escadrons. Aussitôt Kosen court se mettre à la tête du gros de ses troupes, et entame brusquement l'action. Il refoule l'aile gauche des ennemis, tandis (|ue Muller enfonce leur dioile. Los Impériaux tournent hride après avoir combattu vaillamment. François de Mercy survient alors, ne peut arrêter la retraite, et se

pion do son père. A 20 nns, il s'éprit de la fille d'un riche marchand. Il était aiîréabie. vi<îoureux, spirituel. La jeune personne lui promit de l'épouser s'il parvenait à « se pousser à une fortune plus considérable par les armes », et lui accorrla un délai de A ans. Gildhaze employa si bien son temps qu'avant l'expiration du délai il devint capitaine fort considéré. Il poursuivit sa cairiére avec conduite et vigueur, et trouva dans sa femme un aide puissant.

(rélait un rustre, brutal, emporté lorsqu'il avait bu. Il alla servir la Hépul)li(pie vénitienne, eut un dilTéront avec le généralissime, passa (■> semaines dans une fosse, les fers aux pieds, ne voulut plus servir, mais s'établit à \enise. le Sénat lui ayant accordé .. quebiue réparation, satisfaction et récompense ». Sa femme morte, il épousa une M i^entille dona qu'il aimait fort ", et acheva ses jours à Venise « avec assez de désordre et de scandale, faisant grande dépense ».

Ilisl. (les princiiiales aciions de <iuel(jues yrands hommes <jui ont fleuri en l'Europe en ce dernier siècle 1600, par M. r.\bbé Mercy. Bibl. Mazarine, V. 1848. Manuscrii : et Bibl. Nat., fir., \. lt)9:îl-3r)7.

1711 LE MARÉCHAL nE GUEBRIANT

contente d'abord de la protéger ; puis il arrive à refor mer les rangs à la faveur d'une avantageuse position. A la vue de forces bien supérieures aux siennes, Rosen juge prudent de levonir à sonpointde départ, et abandonne la |)artie, ramenant environ OUU prisonniers et 800 chevaux.

Giand nomlire de morts et de blessés jonchaient le champ de bataille. Les Weiniariens perdaient des officiers de valeur et de brillant avenir, parmi lesquels se trouvait l'intrépide baron de Rattehin, major du régiment de Rosen, qui fut tué à la première charge. « Rattehin, avait dit fort gaiement Rheinhold de Rosen la veille au soir, Rattehin, je suis sûr que tu tueras demain Bréda. » Ainsi en advint-il, et, lorsque l'action terminée, Rosen aperçut le corps inanimé de son ami à côté de Bréda mourant, des laimes jaillirent de ses yeux. On raconte qu'alors le baron de Bréda aurait eu la force de lui dire avant d'expirer : «. \'ous regrettez avec raison un brave homme ; nous avons combattu ensemble et je n'ai d'autre avantage sur lui que de lui survivre quelques moments ^. ))M. de Tracy se rendit à la Cour avec les étendards conf|ais dans cette brillante allai re -.

Rosen se rapprocha du Mein. En route, le 10 décembre, il battit deux régiments aux ordres du comte (îallen, et, trois jours après, atteignit Francfort, juste à temps pour empêcher le magistrat de cette ville de

L Hiat. du maréchal de Guébrianl, par Le Lauolreur ; Aff. Étr., Allemagne correspondance, V. 18-17G. Relation: AIT. Élr., Allemagne correspondance, V. 13-178. Liste des Impériaux tués et prisonniers ; Gazelle n" lôC. Relation : Gazelle du 22 décembre KÎ40, n' l.'i». De Cassel, 20 déc. 1640. Relation.

2. Afï. Étr.. France, V. 83fi-207. J.ongueville à Chavigny ; 31 décembre

La Tliuilerie. ambassadeur du Roi à la Haye, écrivait au maréchal d'Estrées, ambassadeur à Rome : -< Les avis d'Allemagne vous auront déjà porté la défaite du major-général Bréda par le colonel Rose, cominaiidanl une partie de l'armée de M. le duc de Longueville. ce qui a été un succès fort glorieirx et impoi'lant. » (Bibl. Nat., tir., V. 1(;0."">9-17!) V». La Tliuilerie à Eslrées; La Haye. 3 décembre li;40.^

<• Le colonel Rosen s'est signalé et fait voir sa valeur et son alïection au service du Roy » (AIT. Étr., France, V. 83G-1()1. Longueville à Chavigny; Cassel, 17 novembre 1640).

GUÉBniANT \ I.\ TI^.TE MF I.'aHMI^I: d' ATIKM \f;M. 171

livrer aux agents impéiiaiix les soin mes (|iii s'v lioii- \.iient en dépôt pour la montre des houpcs r(»v;des. Mis dans des tonnes, ccl ;m'l><miI parvint à Mulhiuisen, sous escorte d«^ .")(•() i;i\ iilicrs coînmandés j»ai' le comte de >\'iltgensl«Mn.

Le gros des armées l'iaiicais»' cl sii(''(l()is(^ dail alois établi dans !(> |{rnns\vick. Les princes dr cri l-^tat se plaignaient hantement de la charge cpie leur imposait l'iKCupalion. et exigeaient révacuation des lr<nipes. Il v eut conférence à ce sujet à llildesheim : Hanner el (inébriant y assistèrent. Les princes de lîniiiswick-I Jinebourg déclarèrent (|u'ils abandonneraient \e paiti en cas de refus d'obtemijérer à leur légitime désir. La landgrave voulut aussi parler et lit mine de rompre a\ee le lloi ; on lui rej)ondil aussitôt en faisant |)arvenii- à (lassel Tordre de suspendi-e le paiement de la j)ension ([ue lui faisait la Couronne de l'rance, et. dès loi-s, (die se lui '. Sur de bonnes paroles, les princes se calmèrent. La conférence terminée, le comte de (luébriant revint à son quartier giMUMal de Dassel avec Taupadell, Sclimidl)erg, Oelim et M. de Tracv, (|ui ai'rivait de France porteur d'un titre de congé j)our le duc de Longueville, toujours malade et par consé(|uent dans Tinipossibilité de reprendre le comniandeiuenl effectif de Larmée d'Allemagne-. Dans un ct)nseil, au(juel assista M. de Choisy, intendant de l'armée, on discuta s'il fallait rester unis aux Suédois. Guébriant n'en voyait pas la nécessité absolue, si la landgrave accordait son aide pour agir isolément : Am(die de Ilanau |)ressentie refusa net. « ?s> l'y pouvant contraindre, il fallut accepter ses excuses », dit une lelation. La jonction avec les Suédois s'inj|)osail donc encore. Cependant, comme on avait tout lieu de se mé-

1. AIT. Kir.. Fiaïue, V. 88t;-lnl. Le si.nir do l.i Bnrde, agent du Roi. à... ; Lyon, 21 sept. 1(540.

2. Le général-major Taupadell. fait prisonnier apirs la hatailîe de Wittenweier, en lt)38, avait été remis en liberté, an eomniencement de l'année, moyennant une rançon de H.oon richedales, la délivrance du général Sperreutlier, fait prisonnier à la lialaille de Hliinleld en ItîSs. et celle du clianeelitr Eltz [Gazelle du l'.'i lévrier 1G40. n" 2S. De UAle. le 1-' lévrier lG4(i:.

172 I-K MARECHAL DE ClElUilANT

fier de rhumeur fantasque du feld-maréchal, il parut indispensable de traiter, avant de s'engager avec lui en Misnie, en Yoitland et dans le Haut-Palatinat.

Accompagné de Sclimidberg,(le( )ehm etdeTaupadell, qui venait d'être créé lieutenant général de la cavalerie légère, Guébriant se rendit à Duderstadt auprès de Banner '. Après un assez long entretien, Ton convint formellement par écrit que les armées pourraient se disjoindre lorsque leurs généraux le voudraient. Erfurt sera le lieu du rendez-vous général.

Parti de (jotjia, Banner arriva le premier à destination, amenant 15.000 hommes. Guébriant quitta Dassel le i3 décembre, séjourna à Mulhausen ])our y faire la montre, et atteignit Erfurt vers la fin du mois. L'armée combinée reprit sa marche dès le 26 décembre, et logea, la nuit du 28, autour de Buttstedt et de Buttelstedt. Banner, après avoir installé la maréchale à Erfurt, rejoignit les troupes, ayantavec lui le prince palatin Maurice. On atteignit Weimar, puis léna où l'on apprit que vingt régiments ennemis étaient entrés en Bohème, que Bavarois et Impériaux tenaient la Souabe, le AVurtemberg, la Franconie, le Haut-Palatinat. Les chefs d'armée résolurent d'agir •. Ils arrêtèrent un

1. Arch. hist., (.Guerre. V. (50-372. 2 lettres du Roi à Longueville, du

10 sept. KtiO, lui disant de faciliter à Taupadell les moyens de remplir cette charge de lieutenant général: Arch. hist., Guerre, V. 6(>37()- Forme du serment qui sera prêté par Taupadell en qualité de lieutenant général de la cavalerie légère de l'armée d'Allemagne, 11 sept. 1640; Arch. hist., Guerre, V. (52-196-197 « 10 sept. 1640, Brevet de r2.00<J livres d'appointements pour le général-major Taupadell ».

Ibidem, V. 62-198. « Lettres patentes contenant don de terres et domaines confisqués par droit de guerre en faveur du général Taupadell. ..

Ibidem, V. (".2-199. « Commission de lieutenant général pour le commandement de l'armée d'.MIemagne pour le général-major Taupadell,

11 sept. 1(540. ..

Ibidem, V. 62-200. « Brevet pour l'entretien d'un régiment de cavalerie... pour le sieur Taupadell, 11 septemhre 1(540.»

2 Hist. du maréchal de Guébriant, par Le Labouhel'r; Ilisl. du règne de Louis XIII, par M. Le Vassor : Hist. de la r/uerre de Trente ans, par E. Charvkriat; Der General Ilans Ludwig von Ertachvon Castelen, par le docteur Aigust von (ioNZENRACH ; Gazette du 12 janvier 1641, n" 5. Ue Naumhourg, 22 décembre 1(540; Gazette du 19 janvier 1641, n° 7. De Naumbourg, 2S décembre 1(540.

GUÉBRIANT A LA '1>':TE DE l'aKMÉE liAl.LLMAGNE 173

plan de campagne qui resta secret et peut se résumer ainsi : Marche des armées sur Augsbourg, (jui est j)ros(|iic dégarni de troupes; dispersion de la diète; (licier la paix. L'armée prit aussitôt, à tra\ers le \'oitlaiid, la direction d'ilof et d'Eger.

Le duc de Longueville, ({ui avait jusqu'alors commandé en nom les Franco-Weimariens, [)arlait de Cassel le 18 décembre, se dirigeant par la Hollande vers Paris qu'il atteindra en janvier IGll, (uiébiianl devenait réellement le général de l'armée royale d'Allemagne par le fait de ce départ. « Ce sera à vous à pourvoir à tout ce ([ui regardera le service de Sa Majesfé, à laquelle je continiieray à faire valoir ceux que vous luy lendrez ainsi que vous le pouvez désirer d'une personne qui vous ayine... » ; en ces termes s'expriiiiait Richelieu '. Le 31 décembre 1640, M. de la Thuilerie, ambassadeur à la Haye, écrivait au maréchal d'Estrées, à lîome, au sujet de Longueville : « Il a établi si bon ordre dans son armée et tellement assuré l'intelligence des chefsquidoivent commander en son absence, qu'ils vont tous de concert à bien faire- ».

Dans un rapport au Roi, le cardinal de Richelieu trace à grands traits les événements de l'année : « Les préparatifs de l'année 1640 estonneront sans doute la postérité, puisque, lorsque je me les remets devant les yeux, ils font le même eft'ect en moy, bien que soubz vostre authorité, j'en aye esté le principal autheur... Toutes les despenses de la guerre des années j)récédentes (|ui avoyent esté faittes par extraordinaiie furent converties cetteannée en ordinaire, l'outes les trouppes. (|ui avoient esté aupaiavant levées sur la iindes cami)agnes pour suppléer au dépérissement qui arrive tousjours es armées après qu'elles ont esté quel(|ue temps sur pied, eurent quartier d'hiver comme les autres pour estre en estât de

1. Bibl. Xat., 500 Colbert, Vol. 110-13, et Lellres et inslr. diplomatiques... du card. de Richelieu. Richelieu à Giiébriant, 2Ô octobre l«J-tO.

•2. Bibl. Nat., fïr., V. lt;0.">9-l,S4. La Haye. 31 décembre 1640. Gaspard Coignet, seig. de la Thuilerie.

174 l-i: MAHECIIAL DE (U EMRIAN'T

servirai! printemps. Ainsy vouseustesdèsle comniericementde Tannée cent (et) tant de régimens d'infanterie en campagne^ et plus de 300 cornettes de cavalerie. Vousdoublastes cette année le secours que vous aviez accoustunu^ de donner aux Hollandais » ; ce qui, soit dit en résumé, leur permit d'avoir des succès considérables. Pendant que les troupes royales opéraientglorieusement en Italie sous le comte d'Harcourt, Arras était assiégé et pris en moins de deux mois. « Eu vingt jours la circonvallation, qui avoit cinq lieues de l(»ur, fut entièrement fermée, et en quinze autres jours les travaux furent parachevés à tel point qu'on n'en a point veu de seml>lables. » On avait en présence, durant le siège — résumons encore — non seulement une puissante armée espagnole, mais encore le cardinal Infant en personne, et les troupes du duc Charles de Lorraine et de Laniboy. Le com- Ijat de Sailly contre Lamboy, la défaite du comte de Bucquoy, près de Bapaume,sont des actions d'éclaté Bien que maîtres de la campagne et malgré la supériorité numérique de leur armée (la plus puissante qu'aient eue les Pays-Bas depuis qu'ils sont espagnols), sur 12 convois envoyés au camp français, les ennemis ne purent en enlever qu'un de 250 chariots, que le pur hasard leur fit tomber entre les mains ~. D'autre part, l'armée du Roi, qui jusqu'ici n'avait agi qu'aux abords (lu Rhin, alla, sous les ordres du duc de Longueville, jusqu'au cœur de l'Allemagne. Les succès sur mer ont également été considérables".

1. Bucquoy (Albert de Longueval, comte de) ; mort en Hi68 ; général en chef des armées impériales. Le duc d'Auniale dit de lui : ■ grand seigneur de haute mine et d'intelligence moyenne ».

2. Deux de ces convois avaient plus de 4.00U chariots chacun. .3. Bibl. Nat., ."lOO Colbert, \'. i-82.''> et suiv., Rapport au Roi.

(:ii.\rrn;i: \ ii

LA MORT l>K IIANNKU { L()'j I

M.'in-lie lies nilirs sur U.ilislxmiic. — l,;i Im'Hc .itliliidc de IKriiiicrciir •Mnpérlie la dièlc de se dissoudre. — l'ranrais el .Suédois se séparent. — Méconleulemerit de IJanrier.— Il essaie iniitiieineiit de gn'^iiev les cliefs weimai'î'fîns. — Situation embarrassée de Giiébrianl. — Les régiments weiinariens se mutinent. — (lUébriant réclame à la Cour un général pour remplacer Loni^ueville. des troupes et de l'argent. — Mésintelligenctî eiilie Weimarieiis. — Opérations militaires du baron d'Ovsonville.* — Schlanij capilule à Neunbounj. — Belle retraite de lUinner, de Cliam à Zwikau, à Iraoers lu Bohème. — Guébriaut au secours des Suédois. — Mésintelligence entre ïaupadell et les Directeurs. ^ Craintes causées par la mort du duc Georges lie Brunswick et |iar la maladie de Hanner. — Les (juarliers. — Les Imp/iiaux attaquent. — GuébrianI se plaint à la Cour. — On lui vi('Mt l'aiblcment en aide. — Mort de Banner. — Sa notice. — Ses funérailles à Stockholm.

Le () janvier 1()41, Tarnirc liançaise occupait Ilof et ses alentours. Le fekl-maréchal clierchait à l'entiainer avec lui dans la Bohème, mais (iuôbriant insistait sur l'opportunité d'une pointe contre Hatisbonne afin de disperser la diète que présidait TEmperenr. On se contenta donc d'envoyer sur Eger .'~> régiments de cavalerie, dont 3 suédois et 2 français sous les ordres du colonel W'ittenberg. Le 12, Fran(:ais et Suédois marchèrent sur AuerJ^ach, où le maréclial installa son quartier général, tandis que M. de Guebrianl établissait le sien à Miclielfeld,à quelques kilomètres de là.

Au |)rintem|)s de Tanné'e |)rt'C('(len(e, le maréchal I Canner avait iléjà inquiété lialisJjonne. ()uatre mille Suédois y avaient paru, comptant déterminer ainsi les

députés à faire le vide autour de Ferdinand III. La ville étant dépourvue de secours et pleine d'hérétiques, ils avaient également espéré que la fidélité de ceux-ci deviendrait chancelante à l'approche d'une armée de même croyance. Les députés hésitèrent alors, et plusieurs se préparèrent au départ. Leur fuite devant l'armée envahissante aurait considéra])lement amoindri la réputation des armes impériales, jeté l'alarme dans tout l'Empire, et augmenté les chances de succès des alliés. La fermeté du monarque, dans ce moment critique, en imposa aux plus timides ; il domina les événements et sauva la situation. Les Suédois durent s'éloigner. Aussitôt l'Empereur fortifia les garnisons d'Amberg, de Neumark, de Vilseck et d'autres places du Haut-Palatinat. L'électeur Maximilien renforça celles d'Ingolstadt, de DonauAverth et des passages importants du Danube. Dix régiments entrèrent dans Eger pour empêcher le feld-maréchal, qui était maître de la campagne, d'attaquer la Bohème, et pour secourir au besoin les quartiers des environs.

Vne marche semblable s'opérait contre Ratisbonne en janvier lG4i. A la nouvelle de l'approche des Suédois, tous les quartiers impériaux prirent les armes. L'Empereur, encore une fois, dut, par son attitude ferme, rassurer les ambassadeurs et députés, les empêcher de fuir, calmer la population affolée. Le général bavarois François de Mercy rassembla ses meilleurs régiments, courut à l'ennemi dans le Ilaut-Palatinat ; le colonel Truckmiiller arrêta momentanément l'avant-garde de Banner, mais, devant des forces supérieures, recula sur Neumark et sur DonauAverth. Cependant le feld-maréchal suédois avançait toujours. Le 19 janvier, les alliés étant à Sclnvandorf, Nassau et Wittenberg reçurent l'ordre d'aller dès le lendemain examiner le pays entre Ratisbonne et Straubing, d'intimider les députés et de provoquer la dissolution de la diète, tandis que Banner, à la tête d'un détachement, ir'ait reconnaître la place de Cham, au nord-est de Ratisbonne.

Le 21 janvier, Nassau et Wittenberg, ayant chacun 3 régiments de cavalerie, passent à Straubing le Da-

L\ MORT DE BA.NNKn 177

nuhc lotalemeiit gelé — un paysan moulé sur un chrva! chargé (lo pierres sCtait préalal)lenient assuré de In solidilc de la glace — et campent sur les hauteurs en face de Hatisbonne. Leur arrivée sème la terreur. (îhAteaux et villages, à peine sortis de leurs cendres, flambent de nouveau; des atrocités se commettent ; les paysans fuient dans la montagne ; Willenberg et Nassau ramassent un l)utin considérable, |)rennent 1.500 chevaux, et man(|uont, à (pieb[ues instants près, d'enlever Ferdinand lui-même, S(jrti ce jour-là de Hatisbonne pour aller à lâchasse. L'équipage impérial toml)e entre leurs mains — on y trouve entre autres 24 faucons, la litière du monarque, des mulets, des chevaux '. - Puis, le même jour et sans perdie de temps, par crainte d'un dégel, Wittenberg et Nassau repassent le fleuve et rejoignent l'armée qui vient d'arriver à Regenstauf '^.

ISalisbonne est faiblement défendu: vile on arme tant bien (|ue mal les habitants ; vite on rcliie des arsenaux pour la hisser sur les remparts une vieille artillerie démodée : le colonel Truckiniilier amène" un renfort de 500 cavaliers; 1.200 ciievaux bavarois pénétrent également dans la place ^.

Piccolomini et d'autres après lui sortent poui- reconnaître les Suédois. Heureusement pour les ImjKriaux, Banner n'a pas d'équipage de pont ; néanmoins il ne s'éloignera pas sans opérer quebfue nouvelle (l<Miionstration. A la faveur d'un éjiais brouillard, le 2ti. i! fait encore passer le Danube à ses troupes, puis, sens la direction de Guébriant lui-même, Nassau et Wittenberg paraissent une seconde fois devant Katis})onne avec 4 régiments de cavalerie, 1.000 mouscjuetaires choisis et 12 canons pour rompre le pont de la ville, que défendent 500 hommes. Les Impériaux terrifiés y mettent eux-mêmes le feu. A cette vue, (nn^brianl rnnge

1. Les inulels restèrent la propriélé du comte de Nassau: lc> ttievaux furent attribués à Kônigsmark.

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