‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 50 sur 159 · L'armée arriva le 2.5 janvier à Uegenstauf · texte numérisé non relu

L'armée arriva le 2.5 janvier à Uegenstauf

3. Mercurio de Vittorio Siri, conseiller d'État, historiograi>lic de France.

17a LE MARECHAF. DE GUEURIANT

son artillerie le long du Regen, cours d'eau qui sépare la ville, et tire .'SOU volées '. Décidé à défendre Ratisbonne avec le même héroïsme que Brisach en 1638, le valeureux baron de Reinach lui répond du haut de la forteresse, tandis que, du sommet d'une colline, le canon de Piccolomini tâche d'expulser les assaillants qui tiennent déjà le faubourg du bout du pont. La tentative d'inlimidation a réussi ; la reconnaissance a suffisamment rempli sa mission ; devant la garnison qui sort, elle se retire, pillant, ruinant, brûlant, et rejoint Rannerà Rege nstauf.

L'hiver est rigoureux et les vivres manquent ; il faut chercher le moyen de faire subsister les troupes et de les faire hiverner. A cet effet Banner tient conseil avec les Directeurs et M. de Ghoisy au logis de Guébriant. Après bien des discussions, on décide que les troupes s'établiront dans le Haut-Palatinat et la Franconie : à l'ouest, celles du Roi s'étendront jusqu'aux limites du Wurtemberg ; à l'est, les Suédois occuperont les deux tiers de la Franconie et le Palatinat jusqu'à la Bohême. Ensemble on avance, dès le jour suivant, jusqu'à Buro-leno-enfeld sur la Naab pour, de là, exécuter ce qui est convenu '. Le matin même ou doit se taire la dislocation, Guébriant apprend avec étonnement que Banner n changé d'avis durant la nuit, et que, de nouveau, l'idée d'une pénétration enBohême le hante. Il courtle trouver, le rencontre dans la rue, le conjure de ne pas s'éloigner, emploie tous les moyens de persuasion, mais, pai- l'intermédiaire d'un gentilhomme parlant le français, son interprète, le maréchal remercie Guébriant de laffection qu'il lui a montréedepuis leur jonction, le prie de croire à son amitié et d'entretenir avec lui une « bonne correspondance ». Guébriant outré coupe brusquement court à ce pénible entretien. Les deux généraux se quittent fraîchement. L'un et l'autre se hâtent alors de reconstituer les convois en vue d'une

1. Gazelle du 12 mars 1641. n» 23. D'Augsbourg, 7 février 1641.

2. Mercurin de Villorio Siri ; Hial. du maréchal de Guébrianl, par J. Le Laboureur ; //js/. du règne de Imuïs XIII, f)ar M. Le Vassor ; Hiil. de la guerre de Trente ans, par E. Charvériat.

l.A MORT ni; llANMîR 1 7'j

inîirc'lic (l;iiiN (les d i icci i< ms («pposéos : (IiK'Uriiiiil sur Sc'lnval>ach. au sud di' Nui<mh Ix^p^. «'I iJauuci- >iir Chani '.

Haniiei' coiisei\ail le sccit'l ('s|)(iii- (|ira|>iès réflexion M. (le C'iiiél)riaiil le sni\iail, uni par la craiul»' de se Ironvei' seul a\('c uue laihle ariiH'e au cu'ur iiiênie de rAlleiiiagiie. Pour imi \t'iiir à ce hul il ne lui a\ail pas répugné d'essayei' de luonter eucore les eliefs weiuiarieus contre leui' général, allant jusqu'à faire disiribuer de I argeiil en sous-inain : le comte de .\assau rec^'ul ainsi, dil-un. .").(>()() rieliedales. Pas un d'enti-e eux cependani n Osa se joindi-e au feld-maréchal. A j)eine é'ioigné, voyant que les Franco-\\'eiiuariens lahandoniiei'ai*'nt. lîanner einoya le colonel Mortagne au comte de (îuébriani pour lui réclamer le régiment de For-bus, sous prétexie (|iie son colomd ('«tait Suédois. Il espér-ail affaiblir d autant Farinée fi'ani;aise. A celle prcMention. ("luebrianl opposa un r-efiis calégor'iqin^ ; puis il assembla ses officiei's. leur- fil part de ses griefs conli-e Hannei-, et ci-irl opportun de leur donner- des explications sur- sa |)i-(q)r-e manière d'agir-. De son côté le feld-marechal, très méconleni de la sé|)ai-atiori, en rejeta la faule sur* (inébiiant. Il lui envoya lelties sur lettres, et ledéclai-a r-esponsable des fàcbeux éAcnements qui pouil'aient sur\enir-. Enfin, 1»^ 29 janvier, il anmuica ([uil attaquerait Chanr pour- ùtei- loule cojiimiinicalion enlie Hatisbonne cl la liohème, el qu'après il reloiii-neiail sur la Naab. désirant faciliter une nouvelle jonction. Aussitôt ( Jiiébiiant lui demanda s'il comptait p<»siti\emenl s(M'a|)pr-ocliei-: « Xousdemeurerons'ici encore aujourd'hui, lui écri\it-il, et ne ferons demain qu'une petite joirr-nee pour donner- aillant d*^ moyen de nous i-ejoindi-e à la parMie qu il vous plaira d'envoyer-. »

1. AIT. Étr., France, \'. 2ST-72, Corresijondance.'i : Gazelle du 12 mars lt"i41. N° 23. De Nuremberiï, 4 février HUl: de Wurtzbourg, 8 février KUl.

La ville de Niircmijerir donne libre entrée aux officiers français;, et fait poiter aux soldats tout ce «[uils demandent en payant, (uicbriant tient à la plus stricte discipline. Il est interdit aux soldais d'cxercei' la moindre lioslililé dans le pavs : on leur fait rendre des chevaux 'luils ont pris Gazette dix î* mars ]t'<4\. n» 2.5.

Baiinei' assiégea ('.ham j)oui' la foriuo, inollcineiit. sans enlhousiasme, déprcliant courrier sur courrier à Guébriant pour lui exprimer ses craintes et l'attirer de son côté. Guébriant ne bougea pas. Banner en vinl alors à le supplier de ne pas s'éloigner, et secrètement écrivit au comte de Nassau et à Oehm de venir avec leurs réirinienls. Encore une fois il essavait de corrompre les Weimariens. Gette correspondance entre les deux généraux se faisait par l'intermédiaire d'un officier en lequel Banner avait une grande confiance, M. de Geritz, aide de camp de Guébriant. Ainsi s'écoulaient des jours précieux, le désaccord régnant entre les deux chefs d'armées, au détriment des afl'aires générales.

Banner ayant su, et de vive voix et par écrit, que l'ennemi cherchait à se mettre entre eux : « Je vous prie de m'avertir sans délai en quelle façon vous avez résolu de me soulager du fardeau qui me va presser, mandaitil le 13 février, de Gham, à M. de Guébriant ; si vous croyez de me pouvoir ôter de dessus les épaules \uw partie de l'ennemi par une diversion, et comme vous pensez le pouvoir elïectuer, ou bien, ce qui serait le meilleur, si vous pouviez trouver moyen de vous rejoindre à moi avec votre armée et me rendre l'assistance nécessaire. » Depuis 14 jours il n'a ni nouvelles ni avis de Guébriant ; il le prie donc d'écrire en toute diligence. 11 est d'autant plus nécessaire de se réunir que Goltz et Broy ont l'intention de tomber ensemble sur les Suédois '. (juébriant répond qu'il juge également une jonction fort à propos, et qu'elle aura lieu si Banner veut remonter par la Naab et par Auerbach. tandis que lui-même longera le Mein pour se posteiàKulmbach^.

Banner est toujours dans les transes. L'ennemi avance; rien ne dit qu'il attaqueraplutôt les Suédois que les Français, mais il est certain qu'il cherche à séparer les alliés. Le feld-maréchal jette encore toute la respou-

1. Archives Rolrou, V. II-7. Banner à Guébriant; Cham, 13 février 16tl. Ibidem, V. II-6. Guébriant à Banner; Schweinau, 7 février 1641.

2. Arcb. Rotrou, V- 11-7 bis. Guébriant à Banner (sans date).

LA MOUT DE IJANNtH Ijl

^salîiiilé de la Hé|)arahon sur (aiéhiiaiil et les Diiecleiii's ; Dieu est léinoiu (|u'il ufii lui jamais partisan. 11 réclame donc une nou\elle joiiclioii, reiiliée eu liohcme par l'^gerou plus eu deçà veis la Forêt de Bohème. H es[)èie ainsi, dit-il. ■ redresser ce (|ui est en danger, et... remcllre toutes nos alîaii-es en leur... élat. » Mais il faul agir vile '. (luébriant repli(|ue (ju'il le secourra volontiers s'il se met en un poste où ce soit possible de le faire -'. De nombreuses lellies s'échangent enlie les deux ciiefs d'armée, continuellement sur ce même thème : Banuer, d'une part, cherchant toujours a faire retomber sur (iuebriant et les Diiecteurs la faute gra\e de la disjonction, et à les attirer en Boiième ; Guebriaut, tle l'autre, acce|)tant une nouvelle union, mais sous condition de s'c'doigiier de la Bohème, alin de ménager aux Français une communication axcc le lihin et la possibilité d'une leliaite vers 1 ouest '.

A Schwabach. rarmée royale se trouvant (hins un pays ruiiu', et les partis envoyés jus(|u'a lîolhenbouig, sui" la Tauber, ayant constate une extrême misère dans toute la région, (iuel)rianl prit sa marclie dans l évêclié de BambiMg; ce qui avait laNanlage de le ra|)prochcr de Banner. Il établit son quartier général à Baml)erg même, et logea ses troupes dans les environs ^.

Bientôt il s'aperç^ut (|ue là encore les ressources étaient restreintes. « Le man(|ue ch> \ivres poui- les

J. Aivh. Holroii, V. II-S. lianncr ;'i (Jui'-ljiiaiil ; C.liam. H! février UI41,

2. Arcli. Holroii, V . II-9. (iiiéhriant à IJanner (>ans date).

S. Arcli. Rolrou, V. II-lU. ("lUt'briaiil à Banner (sans date'); Ibidem, V. 11-11. Banner à Guébriant sans date); Ibidem, V. 11-14. Du même au même, 27 lévrier ItWl ; Ibidem, V. 11-25. Du même au même ; 25 mars IWl.

4. Taupadeli loge à Ivilzingen, au sud de Scliweinfurl ; Rosen, à Hammell)Ourij; ; Nassau, à Ilasslurt. au nord-ouest de Scliweinlurt. I.e général (Jildhaze défend Scliweinfurt (6'a:e//e du Ho mars 1041, n» .%. Ue Nuremberg, 8 mars 1641; Gazelle du () avril 1(>41, n" 31». De Wurlzbourg, 9 mais 1641. (lazclle du 23 mars 1(!41, n" 32. De Nuremberg, 3 mars \M\).

On venait d'enlever Ilasslurt, ayant des magasins organisés parles Impériau.v et contenant du blé et du vin.

1/évêque de Bamberg traite avec les Français pour l'évacuation de sa ville, et propose <• une notable somme d'argent ».

[r.azelle du 6 avril 1641, n° 40. De Bamberg, 1.5 mars 1641.)

182 LE MAnÉCIlAL DE CiLÉlJIUAM-

lioiuiiics cl les chcNauxy esl tel{|iie nous ne pouvDiis espérer d'y clenieiirorlono-iemps », («crivail-il au minisire'. De lîaiiiberg, il se livrait à ties reconnaissanees oïl'eiisives, lorsque, le 13 mars, lui parvint une (iépèclie (lu maréchal, datée du 0, annonçant l'envoi du généralmajor Konigsmarek. riiargé d'instruelions verbales, le comte de Konigsniaick arrivait en effet, et, par tous les jnoveus, essayait de le persuader de rejoindre Hanner pour enlrer en Bohème, ou, en cas de refus, d'aller en Misnie. .Mais ce fut inulile -.

La j)Osiliun de (iuébriant élail alors lerrible. Non seuleiuent ses rapports avec le feld-maiéchal étaieul exlrèniement lendus, mais une sédition «'datait dans les troupes weimariehues . compliquée d'un différend entre les colonels allemands et les Directeurs. Les régiments de Xassau, de Oehm et de llusswoiins se mulinèrentsans que leurs colonels eussent tente de les en dissuader; les deux j)remiers. pour n'avoir pas été log('s dans la ville de Bamberg, le troisième, pour n avoir pas été soldé. Us enlevèrent leurs étendards aux officiers, et se rangèrent en bataille se disant prêts à passeï- à rennenii. Les auties troupes suivirent bientôt leur exemple. Un groupe d'officiers se rendit chez M. de ("dioisy, intendant de l'armée du Boi : le colonel MuUer prit la parole, dit qu il ne pouvait [)lus rejjojuJre des soldats, et exigea grossièrement les montres dues. Ghoisy, ne pouvant les payer que de mots, employa avec eux tous les artifices qui lui vinrent à l'esprit. Loin de se calmer, les officiers Tavertirent (pie, faute de paiement, il n'y aurait plus de sûreté pour les rej)r( sentants du Boi à l'armée. (Mioisy courut chez Guc biiant. Sous peine devoir toute l'arjuée en r(djellion, il fallait au plus vite réprimer de telles insolences. Le 26 févriei-, (luébriant réunit tous les officiers qui s'étaient rendus <hez M. de Choisv. Il fixa sur Muller.

1. Ali. i;ir., Allemagne corrospondauco, V. l(i-li"j, cl Aixb. llutiuu. Guéhriant à (de Noyersi ; Barnberg, 22 février U'Al.

2. Anii. Hoirou, V. 11-17. (jdéliriant à de Noyers; Hainberg. 8 mars 1641 ; Ilixl. du maréchal de Curhrianl. par I.r. Lai!oiri;[|! ; 27 février du calendrier Julien : '.• niar>i du lirégorien.

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