‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 64 sur 159 · AT. Eh-., .\llemagne corresp. V. 10-272. Journal · texte numérisé non relu

AT. Eh-., .\llemagne corresp. V. 10-272. Journal

VICTOIRE DE NVOLFENBUTTEL 2*i7

Le comte de (iuébriant reste iiéannioiiis ferme clans sa détermination. La crainte s'empare alors îles troupes suédoises. Si les Français s'éloignent avant rairivée de Torstenson, elles seront perdues. A Hambourg, Tambassadour de la reine (lliristiiie et celui de Louis XIII en causent; Salvius conjure le comte d'Avaux d'intervenir en faveur des Suédois, et d'Avaux en écrit aussitôt à Riciielieu : les Suédois ont voulu réoicuper leurs anciens postes devant WoHenhuttel, contre l'avis de Guébriaut, du comte d'Eberstein et même du génc'ral Wraugel, ce dont les ducs de Hruuswick et de Lunebourg se plaignent extrêmement; Eberstein mène les troupes de Hesse à Dorsten pouren faire lever le siège, et lâche d y attirer celles du Roi, ce (|ui mettrait les Suédois en grand péril. « J'en escriray demain à M. de Guébriant, et ne pourrois pas croire (|u'il fust besoin de l'en dissuader, si je n'avois appeiceu depuis quelque tempsque ladilte armée de Sa Majesté a grand désir d'agir à part. Cela se pourra faire (|uand le général Torstenson sera arrivé avec 7 à S. 000 hommes qu'il amène effectivement'. »

Trois jours après, le même ambassadeur s'adressait à Guébriant : « Monsieur, c'est M, l'ambassadeur de Suéde (|ui m'oblige à vous écrire celle-cy. Il est en peine d'un avis que l'on luy a donné de l'armée, que non seulement les troupes de Hesse se veulent retirer pour aller secourir Dorsten, mais que l'armée du Rov fait étal de marcher aussi de ce côté-là. Je ne doute pas. Monsieur, sy cela est, que vous n'ayez de grandes raisons et les seuretez nécessaires pour prendre une telle résolution ; mais j'avoue avec ledit sieur ambassadeur, sur ce qui nous en paroist, que cette séparation ne se peut faire sans beaucoup de péril pour l'armée suédoise, qui n'any général, ny renfort, ny argent, et qui est dans un pays dont les princes ne sont guère fermes dans le party, >» Du reste, ajoute-t-il en substance, il est moins important de secourir Dorsien (|ue

1. AIT. Ktr., Allemagne corresp. V. 16-27(!. D'Avaux à Kiclielieu; Hambourg. 30 juillet 1641.

de s'opposer à l'armée principale des ennemis ; d'autant j)lus que les Etats Généraux assisteront certainement la landgrave en sous-main pour la conservation de la place. Les généraux-majors de l'armée de Suède, dans leurs lettres à Salvius, ne « représentent que des extrémitez ». Les Hessois partis, ceux de Lunebourg renonceront au siège de Wolfenbuttel et mettront leurs troupes en garnisons. En ceci, les Hessois agissent <( pour un petit intérêt particulier » ; car Dorsten n'est pas dans les Etats de la landgrave, mais place conquise il y a peu d'années et pouvant « tenir raisonnablement deux mois contre le corps que commande aujouid'huy Hatzfeld'. »

Quatre jours après Tenvoi de cette dépêche à Guébriant, le comte d'Avaux fait à la Cour un tableau peu rassurant de la situation : l'armée des confédérés n'est pas en bonne posture; les généraux-majors, qui couimandeut celle de Suède, y ont fort peu d'autorité, et le désaccord règne entre eux ; les princes allies se plaignent du retard de Longueville et de Torstenson ; le preuiier ne semble pas vouloir les rejoindre, et le second n'est pas encore parti de Suède ; les Hessois veulent attirer les troupes du Roi jusqu'à Dorsten ; pendant ce temps Piccolomini assemble de nouvelles forces, et l'opinion générale est qu'il viendra derechef attacjuer, ou qu'il fera une diversion dans le Brunswick-. Les renseignements du comte d'Avaux étaient malheureusement exacts. Bientôt en efïet l'on apprend que les ennemis, sortis d'Oschersleben le 2 août, se sont emparés d'Osterwieck sans difficulté. On tient de nouveau conseil. Guébriant représente que Hornbourg aura le même sort si l'on n'y court, et la plupart des chefs sont du même avis. Mais l'intendant Groube, parlant au nom de quelques officiers suédois, déclare s'y opposer formellement ; les Suédois ne bougeront pas. Guébriant lui répond alors vertement que Torstenson et le ren-

1. D'Avaux à Guébriant; Hambourg, 2 août l(i41. Cité par Le Laboureur, et Bibl. Nat. 500 Colbert. V. 113-7.

2. AIT. Rtr., Allemagne corresp. V. 16-284. D'Avaux à... : Hambourg, <; r-ioùt IfUl.

VICTOIHE DF WOLFENBUTTEL 229

fort n'arriveront pas avant trois mois. « Si nous ne j)arlons demain au plus lard pour llornbourg, ajoutel-il. il faut Icnir celte place pour conquise avec toutes celles environnantes, cl je doute f(M'l de tout le reste de la campagne. » Wrangel cl Morlagne soutiennent le comte de (iuébriant, et, pour mettre lin aux perpétuelles discussions, proposent de l'élire général en chef, comme élanl le plus digne et le plus capable d'entre eux tous. Mais aussilùl, Groube, Nassau et Mullei-, toujours prêts à semer le désaccord dans riirmce franco-weimarienne, rongés continuellement par la jalousie, élèvent la voix et font avorter une solution (jui eût été cependant très avantageuse aux allies. Un peu plus tard, Wrangel et .Morlagne reprendront leur idée avec aussi peu de succès.

N'espérant plus rien des Suédois, dont la mésintelligence avec les JMançais semblait même se changer en hostilité, Guébriant résolut d'agir avec ses propres moyens et de concert avec les Hruns^vickois, qui lui promirent 3. 000 cavaliers, des mous(juelaires et 2.000 chevaux pour remonter les W'eimariens. Voyant le Brunswick ouvert devant lui, Piccolomini avança sur la Leyne, s'établit dans (ironau et Alfeld, puis, de là, courut assiéger Hornbourg. L'officier suédois qui défendait cette place, l'ayant rendue sans résistance, eut la tète tranchée pour sa lâcheté. Piccolomini enleva Schladen, Liebenbourg après 800 coups de canon, et vint camper entre Einbeck et Ilildesheim.

L'avenir prochain se dessine en noir; de Wolfenbuttel, Guébriant dépêche un courrier vers Sublet de Noyers : « Les difficultés, dit-il, augmentent tous les jours, ainsi que les insolences des troupes qui se trouvent sans aucun respect ny poui- le maître ny pour les serviteurs. » Celles dont on peut être sûr diminuent chaque jour par la mort ou l'extrême misère. Ne conservant aucune espérance d'en recevoir d'autres, il insiste pour avoir son congé, disant préférer la mort à un commandement dans une situation pareille ; car il ne peut attendre ainsi que la perte de sa réputation, qu'il cherche à établir depuis vingt ans. sans avoir jamais

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épargne son sang- ni sa vie poiii- cela. « Aussi bien. Monsieur, ajoule-l-il, ne me l'accordant pas, la mélancolie me mettra bientôt hors d'état de pouvoir tenir campagne, et ma santé, qui n'est pas trop forte de soy, pour peu qu'elle soit altérée, m'obligera bientôt à me retiier dans une ville. » Précisant ensuite l'état déplorable de ses finances : « M. de Tracy vous informera comme le manque de fonds nous a mis en désordre et comme les Français se sont piquez de voir les Allemands toucher montre et demie, pendant qu'on ne leur en donne qu'une... M. de Ghoisy vous fera voir plus particulièrement... qu'il demeure à présent sans moyens tlacheter un cheval pour l'artillerie, en cas qu'il s'en j)erde ou meure, ny de payer une rançon d'oflicier, ny (i acheter une livre de pain pour l'infanterie, ny d'avancer cent ducats à un oftîcier blessé ou qui aura perdu son équipage, ny de subvenir à aucune dépense extraordinaire qui puisse arriver ^... »

A tout cela s'ajoute Tetlervescence qui règne dans l'armée suédoise. Les Allemands, qui la composent en majeure partie, ne souffriront plus que les étrangers leur fassent la loi dans leur propre pays. Le comte de Guébriant, toujours d'un esprit calme, pondéré, conciliant, rétablit encore l'ordre, mais à grand'peine cette fois. Le comte d'Avaux dont les avis l'ont em|)èché de s'éloigner de Wolfenbuttel, joint ses instances aux siennes pour obtenir de la Cour de France un renfort et de l'argent. « Il est certain. Monsieur, écrit-il à Guébriant, que cela est très nécessaire, et je vous puis asseurer de l'avoir représenté à Mgr le cardinal par trois depesches consécutives -... »

Jusqu'ici les incertitudes du duc de Lorraine, l'hostilité du duc de Bouillon et du comte de Soissons avaient fait diriger contre eux les troupes destinées au duc de Longueville et parconséquent à l'armée d'Allemagne. M. le (lomte est mort après sa victoire de la Marfée. le

1. Archives Rotrou. V. 11-78. Cité par Le Laboureur. Guébriant écrivait clans le même sens à Lonyueville.

2. Bibl. Nat., 500 Colbert. V. 113-9. D'Avaux à Guébriant, 17 août- 1Ç41.

vicToiiii; i»i; \\u! iKMu riKi. 2U

)(> (! jiiilli'l; Aire ol (raulics j)laces iiii|)(Ml;uilcs ont ouvert li'uis portes; l'arin<M' (pie lo lîoi commaïKle avance résolument ; le duc df lîouillon et les partisans de la révoll»' arnuM' soiioenl enfin à leurs inl('r«'ts propres. Il y a tlonc loul lieu (respérei- (|ue Ton viendra bientôt et puissamment en aide à l'aiimT d'Allemagne.

L(; 18 aoùl,arri\(' au ciim]) français une nouvelle aussi inattendue c|u'incjuielanle. Le land<i^rave Jean de Darm- --ladt, général des troupes de Lunehourg, et le lieutenrmt général Klitzing, (|ui campaient à côtédes 1-^-ançais, sont partis, dés \o malin même, une demi-heure avani le jour, ahandounaiil l'armée royale, ne laissant dans les forts (|ue 6 à 7(J() hommes et 3 canons; en j)assant prés du ((uai'tier des Hessois, ils avaient essayé de les déterminei' à les sui\ re. « Dieu veuille, s'écrie (iuéhrinut en rendant compte tlu fait, Di«'U veuille que nos Allemands ne se laissent pas séduire aussi bien (jue les autres, et (|ue le mé[)ris f|irils font du corps français j)Our sa faiblesse, et l'audace on ils sont pour se voir >ans un général qui sache se faire obéir, ne les fasse, à l'exemple des autres, oublier leur devoir'... » Les pi'inces de Brunswick ti-aitaienl en sous-main avec ri]mpereur. Aussitôt (luébriant dépêche vers eux : « Je ne saurais celer à vos Altesses que j'ai été merveilleusement surpris quand j'ai su que M. le landgrave Jean s'en était allé à Hildesheim avec tous vos conseillers sans m'avoir fait la faveur de me communiquer en aucune façon son dessein ni le sujet de son voyage. » 11 les presse ensuite de fournir la cavalerie j)romise et dont le paiement est assure', puis : <> Je vois les esj)rits entièrement disposés à faiie tout ce qu'on peut espérer pour chasser l'ennemi ilu pays. » On met les forts en état, et .500 hommes par jour tiavaillent à perfectionner la digue qui amènera la prise de \\'olfenbutter-.

Les Impériaux savent par leurs espions tout ce qui se passe chez les alliés, rim[)uis8ance où le désoi-dre les met, la famine dont ils soullVent au point que les cava-

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