‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 65 sur 159 · I,e Laboureur · texte numérisé non relu

I,e Laboureur

2. Gui'ltriant aux princes de Brunswick ; Wolfentiuttel. 18 août lfi4î. Cité par Le Latioureur.

liers vendent selles et armes et que les chefs de corps engagent leurs chevaux et bagages pour avoir du pain. Aussi leur audace ne connaît-elle plus de bornes. Tous les jours ils se livrent à la guerre de partisans, épuisante pour des adversaires ([u'ils tiennent ainsi toujours en éveil. Guébriant est à rallVit d'une occasion lui permetlant de faire cesser un état si lamentable; mais il lui faut une occasion sûre, car il s'agit, pour réussir, de porter un vigoureux coup. Ayant appris, le 24 août, un peu après minuit, que le comte de Broy, généralmajor de cavalerie, et 2.000 chevaux d'élite s'étaient mis en embuscade pour enlever des fourrages et 2 régiments de cavalerie leur servant d'escorte, il jugea le moment propice. Deux heures plus tard, 10 régiments français et autant de suédois se mirent en route. A une demi-heure du camp, on forma deux petites colonnes; les Français marchèrent droit sur Ilessendam, ayant les Suédois à leur, gauche et à faible intervalle. A la pointe du jour, les coureurs signalèrent l'ennemi dans un bois. Se voyant découvert, le comte de Broy en sortit prudemment. Aussitôt les alliés se formèrent en bataille; mais, à peine avaient-ils mis de front les régiments de Nassau, de Muller et de Wittgenstein, que l'ennemi les chargea en désespéré i. Les trois régiments tinrent ferme jusqu'à 1 arrivée des corps de Vatronville, de Taupadell, d'Oehm et du margrave de Bade, qui opérèrent une contre-att;ique de flanc. Les troupes du comte de Broy, alors enfoncées, mises en déroute, furent poursuivies durant 3 heures; leurs débris s'éparpillèrent; les uns atteignirent péniblement Hornbourg, les autres prirent divers chemins. Broy, fuyant à toute allure, serré de très près, pénétra dans Hessendam avec une trentaine de cuirassiers, au moment d'être saisi 2.

(iuébriant fit 750 prisonniers, dont un cousin du comte de Broy, 2 colonels, 3 lieutenants-colonels, 4 rna-

1. Il fallut un certain temps pour se mettre en bataille parce qu'on avançait en colonne d'escadrons.

2. Un cornette de Wittgenstein « luy chaussa les éperons de si près » qu'il aillil le prendre.

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jor.s, 10 rittmeislers el Ijcaucoiip (rofficici s '. f.os alli«''s ne perdirent que peu de monde. Nassau cl le colonel Muller furent tués après avoir montré la plus grande valeur, « chacun à la tête de son régiment en faisant courageusement leur devoir », dira M. de (Juébriant.

Leur expérience et leurs qualités militaires pouvaient faire regretter ces deux personnages: mais ils avaient de notables défauts. Le comte de Nassau, fier de sa naissance illustre, peu sûr, dangereux même, écoulait volontiers les propositions (jui llattai(înt son orgueil ou favorisaient ses espérances. Il jalousait et détestait jCiuéUiianl, qui, le jugeant comme il le méritait, le tenant pour suspect, lui accordait peu de sympathie. Le colonel Muller, très entreprenant, indiscipliné, séditieux, plein d'orgueil, toujours en rapports secrets avec les Hrunswickois et les mécontents de Suède, également dangereux, entrait dans les vues de Nassau et le (lattait. Il parlait haut, se donnait de l'importance aux yeux des soldats, réclamait trop souvent en leur nom, et acquérait ainsi une popularité de mauvais aloi.

« Après le bon succès, écrit Guébriant à Ghavigny, je vous assure, Monsieur, que nous avons plus besoin que jamais d'un général, avec un bon secours. Le temj)s est bon, après la mort du comte de Nassau et du colonel >Iuller, le premier ambitieux et le second séditieux, pour prendre l'autorité nécessaire pour le service du Hoi, l'armée de Suède étant presque ouvertement mutinée et ne se tenant en discipline que pour leur conservation particulière... Pour moi. Monsieur, je continue à vous supplier très humblement de vouloir obtenir de Monseigneur un congé, au moins pour un tunps. J'ai des alTaires (|ui me sont d'extrêmes conséquences qui me rappellent en France. 11 y a cinq ans (|ue j'en suis dehors dans un service continuel et si pénible que j'y ai entièrement ruiné ma santé, de sorte que si je ne suis assez heureux pour obtenir la permission que je

1. Aff. Etr., Allemagne corre^^p. V. 10-299. Guébriant à Ghavigny: camp devant VVolfenLtullel, 2.5 août 1<>41 ; Gazelle exlraor. du 16 septembre 1641, n° 113. Relalion.

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demande par votre moyen, je serai contraint de me retirer en quel([ue ville par mon iiulisposition. Le& affaires n'en iront pas moins pour cela puisqu'il n'y a personne qui ne puisse faire ce que je fais ici'.

Cette lettre à Gliavigny se croisait avec une autre datée du 20 août, que lui adressait de Noyers : « Soyez content . lui disait le secrétaire d'Etat à la guerre, soyez content de la disposition en laquelle je vois les choses de deçà pour votre satisfaction. SonÉminence en parle au Roi comme il a toujours fait, c'est-à-dire très avantageusement, et je vous puis dire, on ami, que je vois les fondements d'une grande fortune jetés pour vous dans son esprit... Je ne vous dis point combien Son Eminence a fait valoir par deçà tous vos exploits... L'on n'omettra rien de tout ce qui se pourra pour vous soutenir et vous donner lieu de bien employer votre courage. J'y contribuerai, comme je le dois, entièrement. » On lui envoie les quelques maigres fonds d'une montre ; un renfort d'infanterie est « insensiblement poussé » du côté de Brisach, et, « avec le temps », ira le rejoindre-. Guébriant doit se contenter de ces promesses vagues, qui ne changent en rien la situation présente.

Au cours de septembre, tandis qu'on rehaussait à grand'peine la digue de Wolfenbuttel, la famine survint. Plus de subsistances ; plus de fourrage ! Le comte d'Eberstein ne voulut pas y demeurer ; le restant des troupes de Lunebourg non plus. Il fallut alors rompre cette digue, qui représentait tant de journées de labeur, et abandonner le blocus. Le 22 septembre, les alliés quittèrent donc ^^'olfenbuttel pour se porter sur la rivière de Leyne.

Comme on avait promis au général de la landgrav^e de l'aider à faire lever le siège de Dorsten — il n'avait que LOOO hommes, — Guébriant lui adjoignit Taupadell et 1 .500 chevaux, et les Suédois lui donnèrent le général Konigsmark avec pareil effectif. Arrivé sur le ^V^eser,

1. Aff. Éti-., Allemagne corresp. V. 10-29!). Giu'hriaiil à Ctiavigny ; camp (ievatil Wolfenbuttel, 25 août 1641 (en partie chittVé). ' ' .

2. Bibl. Nal., 500 Colberl. V. 108-85, et Arrb. Hotrou. De Noyers à- <inébrianl; Amiens, 20 août 1641.

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Eberslein appiil (|ue Doisloii avait capitule. Les troupes revinrent aussitôt eu ai rici-e.

L'armée confédérée campe de nouveau tout entiéie sur la Leyne ; mais le plus grand désoidie règruî parmi les Suédois qui cherchent a s éloigner. Ciuébriant parvient à les retenir. (Jn tire des vivres d'ilildesheim, de !lanno\er, de Munder, d'Ilameln, d'iMnbeck, de Gôttingon. Le gros de l'armée impériale, toujours à Gronau,se met en mouvement le 16 octol)re, et attaque LinbecU. Guébriant propose de sauver Kinbeck. Mortagne l'approuve ; mais, sur- la nouvelle (|ue Torstenson avance par Wolgast en Poméranic avec 7 à 8.000 hommes, les Suédois ne veulent plus rien hasai-der avant son arrivée. Einbeck résiste. Piccoloniini lance des boulets rouges qui mettent le feu à la ville : les bourgeois (dïravés cxiQ:ent du commandant la reddition après quatre jours seulement de siège, le 28 octobre. Le comte de Halzfeld, entrant alors dans le pays qu'occupaient précédemment les alliés, met le siège devant buderstadt, à l'est de Gottingen.

Guébriant avait envoyé Kosen avec 2.000 chevaux et 500 dragons pour renforcer la garnison de Gottingen, supposant que l'iceolomini inquiéterait cette place, la meilleure du Brunswick, après s'être em|)aré d'Einbeck. Kosen y jeta 500 dragons et 500 reîtres ; puis, comme on l'avait prévu, l'ennemi survint. Rosen le repoussa par trois fois brillamment, puis il fit mettre pied à terre à ses cavaliers pour le conteriir et donner au comte de Guébriant et à Ivonigsmarck le temps d'accourii*. 11 battit ensuite en retraite sur Minden. Craignant de voir la Westphalie tomber aux mains des Impériaux, alors victorieux, le comte d'Eberstein s'y rendit le 7 octobre, avec 1.500 fantassins et 1.000 cavaliers hessois, auxquels s'adjoignirent 1.000 chevaux français. Guébriant promit d'y aller lui-même aussitôt que les affaires de Suède seraient en meilleure voie, c'est-à-dire dès l'arrivée de Torstenson.

Les Bavarois, commandés par le comte de Wahl, somment tout le Brunswick de se lendre. Resté seul dans ses Etats tandis que les autres princes de sa Maison ont

fui dans le Hanovre, l'aîné des ducs de Brunswick, Auguste, voulant conserver ses biens, entre en pourparlers avec l'ennemi. Au général de Wahl, dînant à sa table, il avoue c|vril passerait à l'Empereur si l'on accordait une amnistie générale, puis il court voir l'archiduc, lui déclare la sympathie des Welf pour Ferdinand III, et propose de négociera (joslar. La landgrave Amélie, voyant rôder des Autrichiens jusqu'à (Jiassel, s'v fait également représenter. Sur ces entrefaites, Piccolomini échoue à Gôttingen; le temps se gâte et force Léopold à reculer sur Halberstadt; les Hessois reprennent courage, traînent leurs pourparlers en longueur et les rompent enfin. Seul, le duc Auguste s'accommode avec \'ienne.

Le Brunswick a signé le traité de Goslar ; le fourrage et les vivres vont manquer; on n'a ])as de nouvelles du renfort de Suède. Par le sieur de Geritz, qu'il dépèche à Hambourg à la fin de septembre, Guébriant charge le comte d'Avaux de savoir si oui ou non Torstenson a l'intention de venir. Dans Taffirmative, il prie l'ambassadeur de lui dire de faire diligence, car les troupes ne peuvent subsister plus longtemps où elles sont, et, de jour en jour, l'ennemi se trouve en meilleure situation. D'Avaux déclarera au général suédois que, faute de se hâter ou de faire connaître ses intentions, les armées risqueront de se perdre, ce dont il sera responsable vis-à-vis des Couronnes de France et de Suède. D'Avaux écrit alors, le 14 octobre, aux ducs de Brunswick qu'il est étonné de leur traité avec l'Empereur, préjudiciable à leur propre intérêt, et les engage à persévérer dans l'amitié du Roi, « qui est un bon et puissant amy pour leur Maison », et à considérer prudemment « non la douceur présente de quelque bien apparent, mais le solide établissement de leurs aflaires pour l'avenir ». 11 ne voit pas l'avantage qu'ils pourraient retirer d'un accord avec les Impériaux, car le mal est fait dans leurs Etats et ce qui peut encore être épargné est retiré dans les villes. Ils n'ont qu'à bien

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défendre leurs places et à attendre Torstenson (|iii i|)paraitra incessammonl. Du lesle on est tombé d'ac ord sur le choix des villes de Munster et d'Osnidu'uck p-ur y discuter les conditions d'une paix générale. Le tiaité de Goslar connu, M. de (]lioisy, inmiédialenient etixoyé à Hildesboui'g, y agit si bien sui- l'esprit des ducs de Lunebourg qu'ils désavouent leur cousin Augusie. et protestent vouloir demeurer fermes au parti français.

Par ordre de (iuél)rianl, le lieutenant-culourl (!<> l'iaucourt se rendait à llam])oiirg; il était ch.irgé (l'iiiformer d'Avaux que le colonel Mortagne avait misî^ion des colonels suédois d'aller demandera Salvius l'aiLent dedeiix montresainsi ((ue le nécessaireau rélnblissenient de la cavalerie suédoise et à la rcconstilulion de T infanterie. Si d'ici quinze jours l'urgent n était \)i\>> à lariiiée suédoise, les Allenuinds qui la composent — c'est-à-dire la majeure partie des troupes — iia eut chercher un nouveau maître, et ceci mettrait l'arinée du Moi en très fâcheuse posture. Les^^'eimariens, sans vivres ni argent, étaient également fort mécontents; en-dessous, ils étaient poussés à agir comme les Suédois, et ne craignaient pas de menacer hautement le j)auvre Choisy qu'ils sa\aient cependant hors d'état de satisfaire à leurs demandes. Le colonel Seckendorf les persuadait de s'arranger en sous-main avec Picrolomini, ce qui amena la condamnation à mort de ce traître, dont la conspiration sourde fut découverte par ses lettres interceptées'.

En vain Guébriant écrivait à de Noyer§ : « Permettez-moi, de vous remontrer avec tout le respect que je vous dois, que jusques icy je n'ay point été assez heureux pour me trouver en état de faire correspondre les eiïets à mon désir, encore moins aujourd'hui que jamais. Je suis en un pays et avec une nation sans en savoir la langue, avec 4 armées différentes et sans avoir authorité que sur la moindre partie de celle du Roy. Est-il possible qu'avec de telles entraves l'on veuille espérer quelcjue chose de bon de

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