B\\A. Nat., V. 7nu4-377. Récit
LES DERMEUS MOIS 1»E l(J/|a 3U3
témoignèrent linntenicnt leur aflliclion ; de Noyers, à genoux au cIicncI de son ancien niailre, laissa couler (l'abondantes larmes; (juantité de seigneurs introduits dans la chambre morluaire « se jeltoient siii- le corps » avec des lamcntalions.
« Pour moy, écrivait à Fontenay-Marenil un serviteur du cardinal, jie me })ouvant s<^|)ar«^r de Son Kminence, je pensay trespasser de compassion en voyant les larmes, les sanglots et les pâmoisons des domestiques, qu'on ne pouvoit destacher du corps de leur maistre. Et je croy que monsieur 1 évesque d'Auxerre entre autres eut expiré dessus, si ses gens ne l'eussent arraché de force, disant des adieux et faisans des plaintes qui eussent fendu les rochers '... »
Le 13 ilécembre, les dt'|)0Milles mortelles de celui (|ui avait été tout et qui n était plus rien furent portées du Palais-Cardinal en l'église de la Sorbonne, sur un char attelé de G chevaux caparaçonnés, recouvert d'un poêle en velours noir croise de satin blanc, brociié d'or et d'ai'gent, et qu'enrichissaient des écussons aux armes du tléfunt'.
1. Bihl. Nal., V. 7804... au maniuis de loiitenay-Maroiiil, ambassadeur à Home; 7 décembre 1642.
Piene de Broc, né en ]<>iJ2. .Vbbé de Cinq-Mars : aumùnier de Louis .\III ; cvèque d".\u.\eire en li>H7. après la nomination de Dominique Séguier à i'évèclié île Meaux. Mourut en Kwl et eut Nicolas C,oll)erl pour successeur à .\uxerre. Fils de François de liroc. baron de (^inq-.Mais, et de Françoise de .Montmorency- Fosseux.
2. Hibi. Nat. ftr., V. 185:-iii. (Cérémonie funèbre de Richelieu par ordre du Roi, à Notre-Dame, en ltî43.
N"est-il pas intéressant de noter quelles dispositions avait prises Richelieu, en ICpI'.i, pour sa sépulture"?
.Vit". Ftr. France., \'. 24.5. Lettre de Hiclielieu à messieurs du chapitre de Lucjon. du 8 févriei- 1(!1!). Sa sépulture aura lieu à Lucon. " Le lieu de ma sépulture sera, sil vous plaist. immédiatement audessus du pulpitre des chantres, désirant (pie le plus haut du cœur, chieur comme le plus honorable, soit conservé pour mes successeurs (pii viendront après moy... « Jl cède au chapitre ari.'enterie, tapisseries de Flandre, ornemente, etc."; Puis : « Je vous désire ensuite un evesque qui, nfcsaralant en alleclion, me passe en toutes autres qualités, le souhaitant aussy accumply que je me recognois plain de delïauts. Je le conjure, cpiiconque il soit, de résider avec vous, \isiter son diocèse. eschaulTer, par son exemple et ses instructions, ceux qui. soubs luy. nul charge d'àiue. à leur de\oir... " Signé : " .\rmand, évesque tle L.uton. »
Nous iientrerons pas dans le détail de la cérémonie funèbre, que Louis XIII voulut somptueuse*. Le comte de Guébriant, comme les généraux d'aimée et les gouverneuis des places, fut ofticiellement instruit du grand événement. « Mon cousin, lui écrivit le lloi, Dieu ayant voulu retirer à luy mon cousin le Cardinal Duc de Richelieu, lorsqu'api'ès une longue maladie j'avois plutôt lieu despérer sa guérison : cette lettre est pour vous donner avis avec un très sensible regret, d'une perle si considérable, et pour vous dire qu'aiant depuis tant d'années receu des effets si advantageux des conseils et services de mondit cousin, je suis résolu de conserver et entretenir tous les establissemens que j'ay ordonnez durant son ministère, et de suivre les projects que j'a} arrêtez avec lui, pour les affaires du dedans et du dehors de mon Royaume, en sorte qu'il n'y aura aucun changement... » A la suite de cette dépêche sur la mort du cardinal duc, on lisait en post-scriptum : « J'ajoute ce mot pour vous dire qu'en conservant dans mes conseils les niesmes personnes qui m'y ont servi si dignement durant le ministère de mondit cousin, j'ay résolu d'y appeler mon cousin le cardinal Mazarin, de qui j'ay éprouvé la capacité et l'affection à mon service dans les divers employs que je luy ay donnez, et qui m'a rendu des services si fidèles et si considérables que je n'en suis pas moins assuré que s'il estoit né mon sujet-. » De Noyers joignait un mémoire à cette lettre collective : Son Éminence mourut le jeudi k décembre à midi; incontinent après, MM. de Chavigny et de Noyers furent trouver le Roi pour lui porter cette triste nouvelle; Louis XIII manda le cardinal Mazarin, le chancelier et le surintendant, et déclara qu'il appelait Mazarin dans son conseil; Chavigny et de Noyers resteront attachés à la personne royale, et la suivront par-
1. Afl. Elr., France. V. 846-33. Cérémonie faite en i'Éylise de Noire- Dame (le Paris pour défunt Monseigneur le cardinal duc de Riclielieu, par ordre du Roi, les 19 et 20 janvier H>43. » Rédaclion de M. de Sainctot, maifre des cérémonies de France ; fait à Pari?, le l'J février 1643.
2. HUA. Nat., .">00 Colbert. V. 109-78; Arrli. Rotrou ; Aff. Etr., France. V. 844: cité par I.e Laboureur. Ee Hoi à (liiéhriant; Paris, 4 décembre 1642.
LES UEHMLIO .MtJI> 1(1. li'}^-2 30r>
lout ^. Dé Noyers écrivait eu même tein|)s au maiéchal • le Guébriaut uuc^ lettre particulière dt-ltulaut aiusi :
Ma pluni»' <|iii \\r vous a douut' jus(|u»'s icv (juc de l)()nues el ai;i('al)les uouvelles, lu»' reluseroit fort voloutieis soji luiuislcie en loccasiou présente, où elle vous doit annoncer la mort de nostre cher l^rotecteur et Bienfaiteur, Monseif^neur le (Cardinal : mais il faut qu'elle se soumette aux lôixde la nécessité commune, et (ju'elle se console eu vous invilaiil à en aimer la mémoire, comme vous avez fait la personne ~... »
Après avoir annoncé en termes empliati(iues au luaréclial de Guébriant qu'il prenait la succession de lliclielieu, Mazarin ajoutait : « Je m'asseure tellement en l'honneur de vostre amitié que je me promets (jue vous ne serez pas fasché d'apprendre cette nouvelle, sur laquelle je vous [)rie de croire que je seray très aise si cela me donne plus de moyens de vous servir, comme je feray en touttes occasions. Vous protestant (jue je ne souhaite rien davanta<;e que de vous tesinoigner par esfect que c'est du cunir que je vous parle... J'ai asseuré Madame la Mareschale de Guébriant de la véritable |)assiou (|ue j'ay pour vostre service, et je ciov qu'elle aura eu assez de bonté pour vous faire scavoir qu'aux occasions (jui s'en sont présentées, je m'y suis employé de tout mon possible ■^. »
Le personnage auquel Louis XIII donnait la place du cardinal de lliclielieu appartenait à une famille noble de l'Etat de Gènes, établie en Sicile au seizième siècle. Fils de Pietro Ma/arini et d'Ortenzia Bufîalini, Jules Mazarin — Giulio Mazarini — né en 1602, fut mis en évidence lors des négociations de 1G30. Attaché au cardinal Antoine Barberini, puis nonce extraordinaire à Paris en 1634, il devint sujet français en 1639^.