I..\ MOHT UV MOI
('«rivait Louis X[\\ la longue maladie dont vous aurez appris c|ue le l»oy. Monseigneur et l'ère, doit détenu depuis son \()\age en llous>illon. lavant tellement affoihlv, avec les travaux et les soins continuels (|u'il a pris durant tout son règne, que les remèdes n'ont j)U le garantir (h; son mal : Dieu l'a ce jourd'huy r«^tirèau Ciel, après luy avoir donne une fin accomjjagnée de toutes les actions dune tiès insigne pieté, ccunme l'a été toute sa vie... »>
La situation est assez, grave. Les ennemis sont forts et l'armée française faible, prescjue entièrement composée d'étrangers. lUle peut d«»ut(M' d'être payée de ses services et se mutiner encore. Le maréchal rassemble les officiers au château d'Heitersheim, leur annonce officiellement la moit du Roi et les prévient ([ue les j)romesses faites seront tenues, comme si Louis XllI vivait; il les engage donc à se signaleraux débuts du nouveau règne, (iuebriant j)ouvait parleiainsi ; n"avait-il pas reçu quelques jours auparavant une lettre où Ghavigny, après avoir envisagé la probabilité d'une catastrophe ilisait: « Nous ne nous rendrons pas ici pour cela négligents à tout ce (juil faut faire |)our soutenir puissamment la guerre et particulièrement de votre côté ; à (juel efîet je vous supplie de crcjire que vous serez toujours assisté avec soin ([uel([ue chose qui arrive. » On lui enverra des hommes et de l'argent. « Enfin vous pouvez vous assurer ([ue l'on fera par deçà tout ce qui sera possible et au delà pour vous mettre en état de bien servir, mais aussi prenez garde, s'il vous plail, à nous soulager dans la dépense à laquelle vous pouvez bien juger (|ue nous avons une indicible peine de fournir '. »
On orsfanisa un service funèbre à Brisach, mais en
tluéhiianl; Saint-Germain, U mai 1643: cité par Le Laboureur.
Bibi. Nat., 500 Colbert. V. 109-ttH, et .Vrdi. RoUou.La Reine régente à Guébrianl; Paris, 16 njai 1643: cité par Le Laboureur.
1. .\rch. Rotrou. V. III-S.). Cliavif^ny à Guébriant ; Saint-Germain, 28 avril 1643.
Longueville écrivait le 1.") mai à Guél)riant : << La Reine m'a témoigné une alTection et une estime très particulière pour votre personne,
3H2 LE MAnÉCHAL DE GUÉBBIANT
toute hàle, a(in de n'avoir plus à soccuptu' (juc de la o-uerre. L'église fut tendue de draperies sombres rehaussées d'armoiries. Le maréchal vêtit de noir ses officiers, pages, gardes et sa maison entière. Les chefs l'imitèrent au point que l'armée reçut le surnom d'armée noire Guéhriant menait le deuil avec d'Erlach, le duc de Wurtemberg et les principaux chefs militaires ou fonctionnaires de Brisach. L'aumônier du maréchal prononça une oraison funèbre. Après la cérémonie — Le Roi est mort vive le fioi ! — il fallut cons^icrer le nouveau règne ; Guébriant donna un somptueux repas de cent couverts; on y fut très gai, et les Allemands de l'armée burent de façon à « noyer la mémoire de tout ce qu'ils pourraient avoir de déplaisir », dit Le Laboureur. « Je ne puis différer plus longtemps de tesmoigner à N'otre Eminence l'extrême affliction où est cest armée de la mort du Roy, écrira néanmoins Guébriant au cardinal Mazarin, le 30 mai;... Dieu quy nous a voulu chaslier si rigoureusement, nous donnera, s'il luy plaist, la force de supporter un si déplorable accident '... »
Pressentant le décès du Roi et redoutant de moins favorables dispositions à son égard sous un nouveau règne, bien qu'ayant reçu des renforts à l'arrivée de Mme de Guébriant, le maréchal avait encore expliqué au cardinal ^lazarin, le 5 mai, la situation dans laquelle il se trouvait et les craintes qui le hantaient de plus en plus: les ennemis sont prêts à joindre leursforces; les fonds manquent pour faire subsister les troupes dans les quartiers, pour acheter le nécessaire à l'entrée en campagne et pour remonter les Hessois. Et cependant
et faire beaucoup de considération de l'armée et des affaires d'Allemagne. .. ^Hibl. Nal., ôOQ Colbert. V. 116-127.)
1. .\ff. Elr., Allemagne corresp. V. 23-20. Guébriant à Mazarin : Heitersheim, 30 mai 1643.
Voir : Gazelle exlraord. du 22 mai 1643, n" 62. « Honneurs rendus au rorps du Roij défunt...». Gazelle du 9 juin 1643, n" 71. Convoi du corps royal à Sainl-Denis. Bibl. Nat. ffr. V. 23939-127 à 160.
i.A MOUT i)i; noi
c ombion n'élail-il pas utile de pousser Tarmée en avant et cl(î lenii- les ennemis en respect' ! Le in«';n!e joui- il écrivait a M. de llolrou daller demander aux minisires iitie pioinple solution, ((uOn p(^ul résumer ainsi : sup- |)lément de trou|)es et argent. Non seulement !<' maréchal s'adressait aux ministres, mais encore aux subalternes, donlon obtient souvent plus. Holiou r<'mer(ieia donc M.\l. I illuui, de Cliambillay, Le l»oy et de Hâta bon, des mai-(|ues <|ii'ils lui donnent de leurs bonnes ijfràces -'. lîotrou eut une lonij^ue audience de Mazarin, tlans la(pi('ll(' il lui ennuiera tout ce (|ui regardait les intérêts de larmee ; il lui lit « loucher du doigt la différence enlr<' ce (pii a été promis et effecli\ cnuMit reeu ». Mazarin re|)on(lil (|ue les Espagnols étant très forts en Flandre et sur le point d'entrer en campagne, il était impossible de faiie plus jus([u'à ce ({u'on eût \u comment agiraient les Hollandais.
Le 14 mai, c'est une nouvelle lettre, plus pressante {|ue les autres, du comte de ("ruéd)iiant à Uotrou: « Sollicitez autant (|u"il vous sera possible •. » Mme de (juébriant n est pas inactive ; elle court de l'un à l'autre, force les antichambres, demande, insiste, revient à la charge jus((u'à ce ([u'on l'ait entendue.
Bien que sans argent, le maréchal se prépare à marcher; cai- le pire serait de rester en place devant un ennemi (|ui semble \ouloir attaquer bientôt. Mais alors les colonels allemands de son armée se montrent lécalcitrants. Ils vont chez Taupadell. Sans moyen de subsister, ayant fort peu de ressources pour la marche immintMile, ne pouvant rien se procurer, ils demandent au lieutenant général de représentera (iuébiiant le besoin dans le(|uel ils se trouvent, et de leur faire payer une montre, selon le traité et non pas comme on l'a fait jus([u"alors '.
hientùt ai'i-ive à fleitersheim la nouxelle de la vic-
1. Chantilly. Arcli. Condr'. <>. \'II-r.i.">. (uiéltiiaiit à Mazaiin : nrisach. > mai H'M.
2. Arch. Rutruu. V. III-'.U. (liK'liiiant à Holroii ; lîiisatli, '> mai \i'A'^. :i. Arcli. Hotroii. \'. III-113. Guéltiiaiit à lU»fiou : 14 mai 1643.
4. Arch. Iloiroii. V. ill-14t). Les colonels de cavalerie au lieutenaMl jrénéral Taupadell: ô juin 1(»43.
334 Li: MARKCHAL DE (ILEIiRlANT
toire remportée par le duc crEngliien à lîocioi, le 19 iiijii. « Ce règne... commence si heureusement, écrivait Cliavignv, sous la régence de la Reyne, qu'il y a tout sujet d'en bien espérer. Dieu l'a bény d'abord [)ar la signalée victoire que M. le duc d'Enghien a em|)ortée sur les ennemis devant Rocroy "... «Le sieur de l'Isle, résident à Strasbourg, disait : u La joye que les ennemis avoyent conceu de nostre deuil commence à se passer, Dieu leur faisant voir la protection spéciale de nostre jeune Roy -. » Guébriant voudrait aussi consacrer le début du règne de Louis XIV par une action d'éclat; mais la famine, la désertion, les incommodités de ses quartiers, la mortalité des chevaux ont réduit ses effectifs ; il est dépourvu de tout. Pour comble de malheur, les Hessois, jusqu'alors joints aux Français, sont renvoyés, par ordre du Roi, à la landgrave qui les réclame depuis longtemps. « Leur esloignement met Testât de son fils en péril. « Du reste, cette princesse promet de les utiliser dans quelque diversion favorable à la cause commune. Cependant, avec une peine inouïe, Guébriant parvient à décider les Allemands à semeltre en campagne ^. Ayant pour but de favoriser les entreprises de M. le Duc « en tenant l'ennemi en action, » il gagne Waldshut. sur le Rhin, puis Engen,avec l'intention d'y séjourner jusqu'à la maturité des blés. « Si la montre larde encore beaucoup à venir, écrit de là M. de Roque- Servière à Rotrou, M. le maréchal et M. deTracy ne seront pas sans peine, car tous les officiers leur demandent de l'argent à emprunter sur la montre, et ils n'en ont pas seulement pour acheter le pain à Schaffouse, oii il enchérit tous les jours. 11 me suffira seulement à vous dire que nous avons à faire à des Suisses qui nous vendent toutes choses le double de ce qu'elles valent^. »
l.Bibl.Nat., 500 Colbert. V. 114-G7. Cliavigny à Guébriant; Paris, 30 mai 1643.
2. AfT. Etr., Allemagne ronesp. ^■. 17-1M9. De l'Isle A Cliavigny; Strasbourg, lli juin 1(;43.
3. Bibl. Nat., 500 Colbert. V. loy-l»9-100. Le Hoi à (iuébriant ; 30 mai 1G43. La Reine à Guébriant ; Paris, même date.
4. Arch. Rotrou. V. IV. Roque-Servière à Rotrou, << secrétaire de l'armée du Roi en Allemagne » : camp entre Hohentwiel et Kngoil.
LA MOHT nu HOI 83.-,
l)'Kn<;en. M. de (liiéhrianl éciit le 28 juin a .Mjjzaiin : Ijeiiiiciiii est en nioiiveiiiont ; il a passé le Dannix' a .Si<(in iring«met doit se loger à I^fiill«*ndorf pour cou|)er aux Français la route de la Bavière; les lrou|)es du duc (Miarles sont jointes à celles de l'électeur Maxiniilicn, ([ue Kranc^ois de Mercv cotnnriande. Il est vrai (jue (]liarlesde Lorraine, tente pailes piopositions iKuivelles (|ue lui a faites Mazarin, semble clierchci' à s'éloign<'r des |{a\ai(>is,sous prétexte de sau\ erlhiouN iJle assiégé. Oysonville ((ui ne crevait pas aux bonnes intentions du duc Charles, répondait simplement : «' 11 ne faict voir aucune apparence (|u"il se \euille détacher '. "
La Coui- Nonlut savoir « au vray lestât » dans le(|uel se trou\ail l'armée d'Allemagne. Aussi choisit-on un homme « caj)al)le et de confiance, » le sieui- Druel, connu de (iutibriant, pour aller s'informer sur les lieux mêmes '. Le baion dl^ilach s'empressa de donner à Druel, à son passage à Hrisach, les inventaires de tout ce (jui se trouvait dans les places sous son commandement, « J'espère, écrit-il alors à (xuébriant, j'espère que ce sera un commencemeni pour pourvoir à toutes les nécessités requises, moyennant. Monsieur, qu'il nous plaise, de nous y tendre la main et de témoigner que ce soit une chose nécessaire pour le bien du ser> ice de Sa Majesté*^.,. » « Sa Majesté a résolu, déclarait Le Tellier à Guébriant. de ^()us donnei- toutes choses
1. Hibl. Nat., 500 Colbert. V. 111-i'i». Oysonville à (juébrianl ; Ueberlingen, 12 juillet lt;48.
Le 12 juillet, (Uiébrinnl s'adresse encore à Mazarin. II commence par le remercier « très humblement de tant de témoignages » qu'il lui fait llioiineur de lui donner, et <■ de ses bonnes grâces en parlant " à Mme de (iuébriant. ^All. Ktr., Allemagne coresp. V. 23-58, et Arcli. Rotrou. Camp d'Engen, 12 juillet 1(J4H). A cette lettre est joint un mémoire sur l'armée d'Allemagne. Il tient à s'y justifier. Il ne <lemande pas trop et ses troujjes ne coulent pas i)lus que celles des autres chefs d'armée. (Aff. Etr.. Allemagne corresp. V. 23-53.1
2. Bibl. Nat.. 500 Colbert. V. 10t»-l01-lu8. Le Roi à (Iuébriant; Paris 2 juin. La Reine à Cuébriant: Paris, 7 juin lt)43. Arch. Rotrou \. Illico. Le Roi à Guébriant : Paris, 11 juin 1643.
3. Hibl. Nat., ôOO Colbert. V. lll-7;i. Erlach à Guébriant ; Brisach, 18juin 1()43.
Bibl. Nal., 500 Colbert. \'. lOS-KJS. Le Tellier à Guébriant : Paris, 17 juin 1G43.
nécessaires pour la manulention de votre année, mais elle a trouvé bon de différer d'envoyer l'augmentation de fonds que^l. deTracv désire, jus(|u'à ce que le sieur Druel, qui est maintenant près de vous, ayt envoyé Testât de vos trouppes, sur lequel on pourvoiera à touttes chose promptement '... »
Les Hessois se sont éloignés; Guébriant n"a pu les retenir. L'aversion dos troupes royales envoyées en Allemagne est telle contre ce pays, qu'en apj)rochant do la Lorraine, les régiments de Courcelles et de Lesdiouières se dispersent; leurs officiers favorisent même . ce débandement. Le Roi ordonne un châtiment exemplaire -. A Brisach, les adaires vont également assez mal. Le baron d'Erlach est de plus en plus froidement avec Ovsonville. Le baron dOysonville avait été installé à lîrisach, à la mort du duc Bernard, comme lieutenant de roi et commissaire général, avec des fonctions assez précises, assez étendues. Bien (ju'ayantle pas sur lui, d'Erlach n'avait cependant vu dans ce nouvel arrivé qu'un homme placé à ses côtés pour le surveiller, contrôler ses actes, renseigner la Cour, en un mot l'espionner. Dès le début l'humiliation fut ressentie vivenient. L'indépendance que manifestait Oysonville à son égard, les ordres qu'il recevait directement du Roi ou des ministres, les rapports confidentiels quil envoyait avaient pour C(mséqiienco d'augnumlor le mécontentement île M. d'Erlach. Lors de son dernier voyage à Brisach pour le service funèbre en l'honneur du Roi, Guébriant constata ((u'il était « en plus mauvaise humeur (|u'il n'avait
1. Bibl. Nat., ôOO Colberl. V. 108-170. Le Tellier à Guébiianl ; Paris, l.-> juillet 1043.
2. Bibl. N'ai., 500 Coiljert. V. lOD-10.5, et Arcti. hist. Guerre. V. 74-l!i(i. Le Roi à Guébriant; Paris, 17 juin 1643; cité par Le La!)oureur.
.Mibl. Nat., .5ito Coli)ert. V. lni)-108, et Arcli. Rotrou. Le Roi à Gué- Itriaiit; Pari?;, .> juillet 1043.
.. Parce que je v(;u.\ que chacun sache le chasliment exemplaire que jay ordonné en estre faict, je vous envoyé l'arrest .. désiiant que vous le lassiez pul)lier en mon armée... et donniez à cognoistre la dilTérence (juc je veu.v faire de ceux qui vont avec obéissance etatTeclion me servir où ils sont ordonnez et mesmes en l'armée où vous estes... .. liibl. Nat., 500 Colbert. V. 10i)-104. La Reine à Guébriant, 27 juin lt;43.)
encore fait «, parce (|iie Le Tellier venait de lui ôter l'espoir du rappel de M. d'Uysonville, «« Nonoi)slant toutes ces choses, écrivait Guebriant à Cliavignv, je suis obligé de vous dire que je ne le croy pas malintentionné. Mais il a une telle aversion à la personne du baron d'Oysonville qu'il voudroit à ([uel(|ue pi-ix que ce fust en estre défait, et qu'en luy seul (»nl prit la confiance ancienne de tout ce qui regarde tant la conservation de la place que l'intérest de la garnison. Sur quoy je lui ay assés de fois remontré ([u'estant moitel et bien souvent hors de la place, qu'il ne se pouvoit faire autrement que d'avoir quelqu'un (jui pust répondre au Hoy de la forteresse en son absence et (jue c'estoit un usage ordinaire dans toultes les places de l'obéissance de Sa Majesté '... •>
Nommé, au mois de juillet, ambassadeur à Munster avec le ducde Longueville, Servien et d'Avaux, le comte de Chavigny cédait au comte de Brienne ses fonctions de secrétaire d'Etat aux aflaires étrangères. Je crov Monsieur, que madame la maréchale vous aura mandé comme la Heyne a trouvé bon que je me défisse de ma charge... et de m'envoyer au traité de la paix o-énélale '... » r/est ainsi qu'il annonçait à Guebriant sa nouvelle mission. Brienne entrait en charge après avoir, comme d'usage, payé une gratification à l'ancien titulaire ^. La maréchale n'a pas tarde à courir chez Hrienne et en a été satisfaite, écrira Brisacier au comte de Guebriant, le 4 août. « .le luy ay parlé depuis de vostre personne, ajoutait-il, et de vos intérêts. Il v est tout porté... )) Le maréchal peut donc « faire état certain )) du concours du nouveau ministre ^. L'éloignement subit d'un homme qui lui était si dévoué ne
1. Aiï. Kir., .\llem;ii?ne corresp. V. 28-2ii. (luéliriant ,"i Chavienv ; lleilersheiin, ISjuin h'A'A.
2. Bibl. Nat.. r)^ Coll).-rt. V. 114-69. et Anh. Roiroii. r.haviirny à Guél)riant ; Paris, 4 juillet 1643 ; cité par Le Lai)oureur.
3. Artli. Holrou. V. IV. M. de Brisacier à Guébjiant : s juillet 1643.
4. Arch. Kiilrou. \ . 1\'. M. de lîrisacierà (iuébriant : 4 août 1643.
t^^^ LE MARKCUAL DK GUÉBRIANT
uoiivait ([u'an'octer bcaiicoiip ^l. de Guél)i-iant clans les cil constances présentes. Brienne offrait, il est vrai, largement son ciéJit pour le bien des affaires ; il promettait de s'employer tout entier ; on pouvait avoir foi dans son absolue sincérité. Mais qui |)eut remplacer un ami ancien, soucieux de vos intérêts personnels comme des siens propres ? A Chavigny, qui ne quittait pas Saint-Germain sans une certaine appréhension, le maréchal crut pouvoir parler le langage de l'amitié, et joindre des conseils à ses félicitations. Il lui écrivit donc le 12 juillet, aussitôt la nouvelle parvenue au camp d'Engen, et disait en posi-scriptiim : « Il importe. Monsieur, grandement à vostre réputation, encor plus à vostre vertu, que vous ne tesmoigniez ny que vous n'ayés en effaict aulcune altération de quitter un lieu(apprès y avoir eu tout l'honneur, l'estime, et la o-loire qu'un homme peult souhaitter par un changement que Dieu a voulu et qui n'a peu estre empesché ni esloio-né par la prudensse humaine. Vous ne manquerés pas de subjectz de consolation sy vous les voulez chercher ^. »
Cependant, différé de jour en jour, le voyage de Chavi^juv, qui devait avoir lieu en juillet, ne s'effectua pas ; le cardinal Mazarin désirait le garder auprès de la Reine. Guébriant conserva donc à la Cour un homme, c[ui, de concert avec la maréchale, s'employait avantageusement pour lai-.
Aux prises avec des difficultés qui auraient paru insurmontables à d'autres, le maréchal de (juébriant se tient prêt à tout événement. Sans ressources pécuniaires, sans espoir de trouver longtemps des vivres sur le territoire qu'il foule, il redoute de voiries têtes s'échauffer davantage au repos, et les effectifs, faibles
1. Aff. Étr., Allemagne corresp. V. 23-.0(i. (luéhiianl à Chavigny : camp d'Kngen, 12 juillet \M^^.
2. liibl. .\:it., ô<H> Colltert. V. 111 7!, et Aich. Rotrou. Chavigny à Guébriant: Il septembre 104S; cité par Le Laboureur.