IL EST ATTACHE AU DUC D'EPERNON
son fidèle compagnon , sans avoir connu le danger dont il avait été menacé.
A ce moment les troupes impériales étaient réunies en assez grand nombre sur la frontière voisine du Rhin, et cette concentration n'était pas sans causer quelques appréhensions à la cour. La Valette avait eu en conséquence l'ordre de renforcer la garnison de Metz par la levée de quelques corps supplémentaires. Il avait en particulier été autorisé à créer un nouveau régiment sous le nom du fils qui venait de lui naître. En une pareille circonstance, Fabert ne pouvait pas être oublié; il reçut, en effet, le commandement de la deuxième compagnie du régiment, avec ce même grade de capitaine dont le brevet lui avait été donné pour la première fois six ans auparavant.
]\Iais cette fois encore sa joie ne fut pas de longue durée ; la cour avait eu une fausse alerte ; l'Empereur ne méditait aucune entreprise contre les frontières de la France, et ses troupes n'avaient pas tardé à se disperser. Les mesures de précaution qu'on avait cru devoir prendre n'avaient plus de raison d'être. En conséquence le régiment du marquis de la Valette fut licencié, et Fabert, une troisième fois, perdit sa compagnie. Il retourna à Bordeaux, laissant le duc de la Valette à la cour.
Par bonheur, d'Épernon, en qualité de colonel général de l'infanterie française, avait en ce moment à sa disposition le moyen de consoler son excellent serviteur de lanouvelledéconvenuequ'il venait d'éprouver. Une charge de sergent- major était alors vacante dans le régiment de Rambures, par suite de la démission du sieur d'Epinay; il la lui offrit.
Cette situation , que nous appellerions aujourd'hui celle d'adjudantmajor, était, comme grade, équivalente à celle d'un capitaine ; mais les fonctions qu'elle imposait étaient plus compliquées et chargeaient leur titulaire d'une assez grande responsabilité. Fabert eût préféré le commandeïnent d'une compagnie, cependant il ne crut pas devoir refuser l'emploi qui lui était offert. Il y avait huit ans qu'il servait avec le grade d'enseigne ; c'était un stage assez long.
46 LE MARÉCHAL FABEHT
Le régiment de Rambures où il était appelé à servir était un des cinq vieux corps entretenus pendant la paix. Il avait été formé en 1595 par Jean de Montluc des débris de la garnison de Cambrai. Depuis 1612 ses chefs appartenaient à l'illustre famille de Rambures, qui lui avait attaché son nom, et qui devait, en la personne de cinq de ses membres, se perpétuer à sa tête jusqu'en 1676. On peut dire de Jean V de Rambures, sous les ordres duquel Fabert était placé, qu'il était un des plus vaillants et des plus honnêtes hommes de guerre de son temps. En lui bon sang ne pouvait mentir; car il avait pour père ce glorieux soldat qu'on appelait le brave Rambures, maréchal de camp et chevalier des ordres, et pour mère Marie de Montluc, fille du fameux maréchal de ce nom. C'était pour Fabert une grande satisfaction et un grand honneur que de servir un tel chef.
Au moment où Fabert allait prendre possession de sa nouvelle charge, la France était menacée de divers côtés d'une manière assez sérieuse : l'Angleterre avait rompu avec elle, Rohan agitait le Languedoc, les ducs de Lorraine et de Savoie armaient, et les généraux de l'Empire menaçaient les Trois-Evêchés. Enfin la santé du roi donnait de graves inquiétudes.
Mais telle fut l'activité déployée par Richelieu, aidé, il faut le dire, par l'inhabileté et les incertitudes du duc de Ruckingham, telles furent les ressources qu'il sut déployer, que le 15 août 1627, malgré tous les obstacles, l'armée française venait asseoir son camp devant la Rochelle pour en finir avec ce nid d'insurgés, toujours prêts à donner la main aux ennemis du dehors.
Le régiment de Rambures y fut détaché, et c'est là que Fabert vint de Rordeaux pour prendre possession de sa place de major. Quelle que fût sa connaissance du service d'un régiment, sa délicatesse de conscience était telle qu'il s'effraya de l'idée de trouver des difficultés imprévues dans l'accomplissement de ses nouveaux devoirs ; il crut donc utile d'aller demander des conseils, sur cet emploi spécial , à un
brave officier qui l'aimait beaucoup et qui occupait le même grade dans le régiment des gardes, dont il était détaché pour remplir les fonctions de gouverneur de Loches. C'était M. de la Hillière, vieux serviteur blanchi sous le harnais, et modèle de toutes les qualités qui font le bon soldat.
Cordialement reçu par ce brave vétéran, il lui témoigna toutes ses craintes de ne pas savoir remplir comme il le faudrait des fonctions un peu compliquées et nouvelles pour lui. Ces scrupules délicats louchèrent vivement la Hillière. Il rassura le jeune major en lui disant' : « Mon enfant, la charge n'est pas si difficile à remplir ; votre crainte de faillir vous en fera bientôt savoir plus que je n'en ai appris dans le long temps depuis lequel je sers. Allez avec confiance, je vous garantis que vous réussirez ; un homme qui craint la honte ne larde pas à acquérir de l'honneur. »
La prédiction du vétéran ne fut pas longue à se réaliser. A peine Fabert élait-il arrivé à son corps qu'il s'y fit apprécier de la manière la plus avantageuse. Deux partis existaient dans le régiment ; il eut soin de se tenir à l'écart de toute coterie et de toute préférence , ne s'attachant à rien d'autre qu'à son devoir. Sa politesse et son obligeance le mirent en bons termes avec tous les officiers, et jamais les uns ni les autres ne firent en vain appel à son concours.
Son désintéressement le mit aussi en grand honneur parmi ses camarades. Il était d'usage que les majors se fissent attribuer quelques indemnités peut-être peu régulières, mais admises généralement. Il se refusa à accepter ce supplément de traitement illégal et se contenta de sa solde et de son pain.
Il apportait une véritable passion aux moindres intérêts du corps, et savait amener par l'ardeur de son zèle les autres officiers à faire comme lui, et à servir, non seulement par devoir, mais aussi par plaisir ; car il leur faisait comprendre que « c'est plus encore l'affection qu'on témoigne au service qui rend les gens agréables à ceux sous lesquels ils servent que le mérite même des choses qu'ils font'^ ».
Il leur montrait du reste par son exemple combien est grande la justesse de ce principe; le régiment de Rambures était, en effet, posté à l'état de corps d'observation, chargé de garder les lignes, et parla privé de toute occasion de prendre une part brillante à des opérations militaires^ Malgré celte situation effacée et la modestie de son caractère, Fabert sut cependant, en très peu de temps, se faire une réputation exceptionnelle dans l'armée : les maréchaux de camp, les généraux lui témoignaient une estime toute particulière, et il était
1 Mém. de Fabert, p. lo.
2 ibid.
3 II avait pour mission de garder une batterie de six pièces établie à la pointe de Toreille, à l'embouchure du canal dans la mer.
cilé dans le camp comme le modèle des bons officiers. Il avoue que « tout ce qu'il faisait au delà de ce à quoi il eût pu èlre obligé par sa charge était raconté avantageusement pour lui ».
Son mcstfe-decamp, M. de Rambures, lui portait une véritable amitié, qui, du reste, lui était cordialement rendue. Comme il était honoré de la familiarité du roi et lui parlait souvent en particulier, il se félicitait hautement auprès de lui d'avoir un pareil subordonné, et Louis XIII entendit avec d'autant plus de plaisir ce témoignage rendu en faveur du jeune major, que de plusieurs côtés on lui avait déjà vanté son mérite. Le duc de Vernouil, évoque de Metz, Marillac, et la Hillière, capitaine aux gardes, le lui avaient vivement recommandé. Aussi les premières préventions du roi avaient-elles fait place à un sentiment marqué de bienveillance et d'estime. Il voulut que le sergentmajor de Rambures lui fût présenté; il s'entretint longuement avec lui ; et jamais par la suite il ne le rencontra sans s'adresser à lui avec une bonne grâce des plus flatteuses.
Cependant les connaissances acquises par Fabert dans la mécanique et dans l'art de construire, sciences qui à ses yeux faisaient partie de ce que doit savoir un officier à la hauteur de tous ses devoirs, n'étaient pas restées stériles pour les progrès de la grande entreprise qui s'exécutait. Il avait, à plusieurs reprises, proposé des combinaisons ingénieuses, capables de rendre le travail plus rapide en même temps que moins pénible; et, se voyant obligé de quitter momentanément le siège de la Rochelle, il remit au roi un petit mémoire accompagné de plans où étaient expliquées en détail les idées dont la réalisation lui paraissait facile et avantageuse.
Le régiment de Rambures, en effet, se voyait appelé à rendre des services sur un autre point du territoire. L'armée de Condé et d'Epernon, de laquelle il avait été détaché, était restée dans le Languedoc pour y soumettre, l'une après l'autre, les places qu'y possédaient les calvinistes. Or en quelques endroits le succès n'avait pas couronné ses efforts, et il était utile de lui envoyer du secours. Rambures reçut en conséquence l'ordre d'y reprendre sa place.
D'Epernon, ayant appris que l'insuccès de certaines opérations lui était imputé et qup le cardinal était mécontent de ses services, ne crut pas, pour taire utilement valoir ses explications, pouvoir choisir un meilleur émissaire que Fabert. Ce dernier, doublement heureux de défendre la cause de la vérité et celle d'un chef qu'il aimait, réussit complètement dans sa mission. Une lettre de du Plessis en fit connaître le résultat à d'Epornon en ces termes : « Avant l'arrivée de « M. Fabert, on vous blâmait de n'avoir pas voulu faire le siège de « Caussade; le cardinal avait fait entendre que vous aviez eu tort; « mais aujourd'hui il est revenu de cette prévention et soutient que « vous avez agi avec prudence. »
! Au bout de quelques semaines, l'œuvre militaire de d'Éperrlon était à peu près terminée, et le renfort qu'il avait reçu ne lui était plus nécessaire. Rambures fut donc renvoyé au camp de la Rochelle, et Fabert assista aux dernières péripéties de ce siège mémorable.
Le jour arrivait, en effet, où malgré l'héroïque ténacité de ses défenseurs il leur faudrait se soumettre à une capitulation rendue inévitable par une effroyable disette. Ils attendaient, au prix de privations intolérables, un secours que leur avaient promis les Anglais. Deux fois ce secours parut sur la mer et vint surexciter leurs espérances ; deux fois il s'en retourna sans avoir osé ou pu effectuer le ravitailleanent. Il leur fallut donc céder et ouvrir, le 28 octobre 1628, les portes d'une ville qui, quelques jours plus tard, n'aurait été peuplée que de cadavres.
Fabert reçut l'honorable et douloureuse mission de pénétrer le pretïîier dans la place et de la reconnaître, avant que les troupes du roi ten prissent possession. Il était de plus chargé, chose douce à un cœur généreux comme le sien, d'apporter les premiers secours à ces pauvres affamés. Rien de navrant comme le tableau retracé par lui de la misère «n face de laquelle il se trouva. On sent, en lisant ce récit écrit à tant d'années d'intervalle, combien il en avait été vivement impressionné <et quelle sensibilité profonde s'était éveillée en lui'. « Il vit parmi les rues des hommes et des femmes ne se pouvant soutenir de faiblesse ; leurs habits si larges pour leur maigreur, qu'il les fallait liera l'entour du corps, le visage hâve, les yeux égarés, les dents semblant sortir de la bouche , le visage décharné et l'esprit si abaissé qu'ils criaient lorsqu'on les approchait, de crainte qu'en les touchant on ne les fît tomber. Les rues montraient des morts ensevelis couches sur les pavés, dans les allées des maisons, où on en voyait aussi. Les cimetières en «talent couverts. On lui dit que plusieurs étaient allés tout vivants faire liaire leur fosse, sur le bord de laquelle ils mouraient pour y être enterrés. Partout l'on voyait dans la ville jeter par les fenêtres une sorte de colle faite de vieux cuirs de bottes, de souliers, de harnais de ■chevaux et diverses autres choses, coupées en menues pièces, bouillies dans l'eau , dont le peuple essayait de se nourrir. Encore ces pauvres misérables ne jetèrent- ils cela qu'après avoir eu du pain, que le roi, par pitié, leur avait envoyé par le munitionnaire de l'armée. »
La prise de la Rochelle faisait la partie belle à Louis XIII pour en iînir avec les perpétuelles révoltes du protestantisme , et s'en rendre définitivement le maître en lui ôtant les dernières forces sur lesquelles il s'appuyait. Mais , pour le moment , le cardinal de Richelieu avait une ■autre préoccupation qui se liait à celte grande pensée de l'abaissement
"* iiéiH. de Faùc7'l , p. IG.
del'Espogne, son but constant, son objectif suprême. L'héritage du duc de Mantoue lui donnait occasion de marcher dans cette voie, toujours ouverte devant son esprit.
Ce prince était mort pendant le siège de la Rochelle, laissant pour héritier de sa souveraineté Charles de Gonzague, duc de Nevers , qui en avait pris possession. Cependant le duc de Savoie réclamait le Montferrat ; soutenu par les Espagnols, il entra dans le Mantouan et mit le siège devant Casai. Or, pour Richelieu, sauver celte place, c'était maintenir par Tépée ce que sa diplomatie avait fondé dans le nord de l'Italie et montrer que la main de la France élait toujours prête à proléger ses alliés. La campagne fut décidée malgré les résistances de la reine mère, opposée en principe à toute mesure contraire à l'Espagne, et à peine la Rochelle avait-elle ouvert ses portes au roi, qu'une grande partie de l'armée de siège recevait l'ordre de se transporter en Italie. Le régiment de Rambures élait du nombre.
CAMPAGNES d'iTALIE ET DE LANGUEDOC
Le roi, accompagné du cardinal, commandait les troupes en personne. Le 14 janvier 1629 , il entrait en Ilalie à leur tête , sans se laisser arrêter par les astucieuses négociations du duc de Savoie.
Le passage des Alpes était gardé par trois mille Piémontais au pas de Suse, lieu que son escarpement rendait facile à défendre. De plus, l'ennemi avait construit trois retranchements successifs, hauts de vingt pieds et munis de fossés profonds. La vaillance française eut promptement raison de ces obstacles ; mais il en restait un à franchir, plus sérieux que les autres. A droite du chemin s'élevait un fort, nommé Saint-François de Saluées, bâti sur un rocher à pic et, du côté exposé aux attaques, presque inabordable*. Quelques officiers s'imaginèrent que du côté de la gorge il était accessible, et Passavant, frère de M. de Vaubecourt et lieutenant-colonel du régiment de ce nom, vint demander au roi l'autorisation d'en essayer l'attaque par ce côté. Le roi ne
1 Mém. de FabeH, p. 17.
CAMPAGNES D'ITALIE ET DE LANGUEDOC 4b
voulut pas répondre avant d'avoir eu à ce sujet l'opinion de Fabert. Il le fit venir et lui soumit la question. Fabert répondit que si le côté inaccessible était muni de bonnes murailles, il lui semblait difficile de croire que le côté ouvert ne le fût pas. Il demanda au roi la permission d'aller par lui-même reconnaître les lieux : elle lui fut formellement refusée.
Cependant, un peu plus tard, Vaubecourt ayant insisté, le roi fit • dire à Fabert d'envoyer quelques hommes en reconnaissance; il lui défendait d'y aller lui-même, « la place, disait-il, ne valant pas qu'il exposât pour cela un si honnête homme. » Mais on peut croire que le major de Rambures n'était pas disposé à confier à un autre cette périlleuse expédition.
Il emmena avec lui le fils de Vaubecourt, et, après avoir examiné avec soin toutes les dispositions du fort et des lieux voisins et en avoir fait sur place un croquis détaillé, revint heureusement au camp.- La vérification résultant de cette exploration confirmait, du reste, parfaitement l'opinion qu'il avait émise d'abord, et c'était de front qu'il fallait attaquer la place.
Le roi, ayant remarqué sur le plan de Fabert l'indication de quelques maisons en face de la porte du fort , lui demanda s'il ne serait pas à propos d'y loger un poste avancé. Il répondit que ces maisons étaient trop exposées au feu de l'ennemi et au choc des pierres qu'on pourrait y faire rouler du fort. Sur cette réponse, il fut convenu que la garde serait établie dans une grange située un peu plus bas et moins à découvert. Le régiment de Rambures et celui de Vaubecourt devaient alterner pour fournir cette garde. Fabert partit alors dans la direction de Suse avec le duc de la Valette pour étudier quelques dispositions à prendre.
Pendant son absence, un capitaine de Rambures, M. d'Orvilliers, étant venu prendre les ordres du roi, ce dernier lui montra sur le plan de Fabert le lieu où sa compagnie devait s'installer. Un courtisan, le comte de Nogent, était présent à la transmission de l'ordre : « Pourquoi pas dans les autres maisons? » dit-il. Le roi lui répondit : « Fabert m'a dit qu'elles sont trop proches. — Ah ! trop proches ! il n'y a rien de trop proche pour le brave Rambures. » D'Orvilliers s'empressa d'appuyer la demande. Il insista pour que la garde fût envoyée au plus près, et Louis XIII y consentit.
Fabert, sur ces entrefaites, revint de sa mission à Suse. Il trouva M. de Rambures fort embarrassé, entre l'ordre que lui avait transmis son major en quittant le roi, et celai que venait de lui rapporter d'Orvilliers. Fabert, mis au courant de la question', « s'en trouva fort
* Nous empruntons à Fabert lui-même le récit de tout cet épisode. 11 montre bien tout ce qu'il y avait en lui de courage et d'énergie, en même temps que de tendance ù un peu d'orgueil et d'entêtement.
piqué, mais n'en fit pas semblant. Il répondit promptement qu'il fallait obéir à Tordre reçu. Rambures et tous ses officiers dirent : « Oui, « mais nous en avons deux : l'un sur votre rapport, lequel est rai- « sonnable ; l'autre sur celui d'Orvilliers, qui ne paraît pouvoir être a exécuté qu'en perdant bien dès gens. — Alors pourquoi, dit-iî, « Messieurs, croyant mon rapport et l'ordre qui lui est conforme rai- « sonnables, avez- vous envoyé au roi pour en avoir un autre? Il vous « l'a donné, il faut obéir. C'est à lui à ménager ses gens, et à nous à « les mener où il convient. Je vais faire marcher les hommes comman- « dés pour ce poste. »
« La terre était toute couverte d'une neige épaisse, et la lune étail ■ dans son plein, de sorte qu'on voyait clair comme dans le jour. Or renvoya les officiers qui n'étaient pas commandés ; mais Fabert retint d'Orvilliers, en disant qu'il était convenable qu'il allât dire au roi ce qu'il aurait vu. Il se mit lui-même à la tête du premier détachement, composé de dix mousquetaires et d'un sergent. Avant d'arriver au but, le sergent et huit hommes tombèrent tués ou blessés. Le lieutenant , qui suivit avec vingt, perdit la moitié de son monde, et reçut une balle dans l'épaule. Enfin une centaine d'hommes, quittant les chemins ^ entrèrent dans les premières maisons. Là ils furent accablés sous la chute des pierres qui enfonçaient les toits et menaçaient de les écraser jusqu'au dernier.
« Rambures était avec eux, fort en peine de se voir dans un semblable lieu. 11 fit appeler Fabert, et lui dit qu'il y avait beaucoup de gens tués , que l'on ne pouvait pas demeurer où ils étaient sans y être assommés, et qu'il le priait de lui dire ce qu'il y avait à faire. Fa- « bert lui répondit : « Si vous m'aviez cru capable de faire une « reconnaissance, vous auriez eu confiance dans mon rapport au roi, « et vous n'auriez pas envoyé d'Orvilliers chercher un autre ordre. « Maintenant la faute est faite, et bien des gens l'ont payée de leurvie, « sans compter ceux qui seront tués à la retraite, que je crois néces- « saire de faire. Mais avant cela il faut que nous allions jusqu'à la « dernière des maisons, parce que j'ai dit au roi que de là on ne devait « pas avoir de vues sur le chemin qui monte vers la porte du fort , et « je veux savoir si j'ai dit vrai ou non. »
« Et, prenant d'Orvilliers par la main, il marcha avec lui à découvert jusqu'au point qu'il voulait vérifier, sous les coups du feu de la place à travers une grêle de pierres. L'officier, se voyant en un lieu si éminemment périlleux, dit à Fabert: « Je vois bien que vous êtes « piqué, et c'est avec raison ; je vais dire au roi que la chose est telle « que vous l'avez dit. » Ils battirent alors en retraite et rejoignirent la garde, non sans que d'Orvilliers eût reçu trois coups de mousquet dans ses habits et son chapeau.
« Cette action donna beaucoup d'estime à Fabert dans le régiment»