‹ Le Maréchal FabertChapitre 11 sur 54 · CAMPAGNES D'ITALIE ET DE LANGUEDOC · texte numérisé non relu

CAMPAGNES D'ITALIE ET DE LANGUEDOC

On reconnut par là qu'il élait capable de bien juger ce qu'il y avait à faire , et qu'il se préoccupait beaucoup plus de la conservation du soldat que de la sienne propre. On vit aussi qu'il avait de la colère contre ceux qui parlaient pour faire les braves seulement. » La sotte parole de Nogent avait , en effet, coûté cher au régiment de Rambures.

Sur le conseil de Fabert, auquel le roi témoignait de plus en plus de confiance, le plan d'attaque fut changé, et, renonçant à aborder de front une place presque inaccessible, on adopta le système de cheminements vers les sommets voisins, pour de là préparer contre elle un triple action simultanée. Mais, pendant les préparatifs, le duc de Savoie évacua le fort ainsi que Suse , et le roi en prit possession. Il présenta Fabert au cardinal en disant dans les termes les plus flatteurs que c'était à lui qu'il était surtout redevable du succès obtenu.

Un accommodement avec le duc de Savoie suivit de près la prise de Suse. Le roi, peu après sa rentrée en France, avait eu, le 4 avril 1629 , la satisfaction de voir se conclure la paix entre l'Angleterre et la France. Le roi Charles l", en dépit de la passion politique et religieuse qui animait ses sujets, sacrifia les huguenots du Midi en renonçant à les faire comprendre dans le traité. Rien n'empochait donc Louis XIII d'en finir cette fois avec la puissance rebelle qui se dressait encore contre lui, en la personne des réformés de Languedoc et de la haute Guyenne, l'infatigable Henri de Rohan à leur lêle. La plus grande partie des troupes françaises repassa les Alpes sous le commandement des ducs de Montmorency et de Schomberg, et le 19 mai Louis XllI et son ministre se trouvaient avec l'armée devant Privas, capitale du Vivarais protestant.

Le siège fut commencé régulièrement et poursuivi sous les yeux du roi, qui avait choisi son logis en face du point d'attaque, de manière à être témoin de tout ce qui serait fait par ses troupes. Après quelques jours de tranchée et de canonnade, on en vint à pouvoir donner l'assaut aux premiers ouvrages de la défense. Le plus avancé était un ouvrage à cornes fortement occupé. Le régiment de Picardie fut chargé de l'attaque du saillant de droite ; Normandie, de celle de gauche; et Rambures, de celle de la courtine et de la demi-lune qui la couvrait. Fabert était à la tète de cette dernière opération.

Rien ne peut résister à l'élan de ses volontaires, électrisés par son exemple et par la pensée qu'ils combattent sous les yeux de leur roi. Les ennemis lâchent pied, et les soldats de Rambures sont maîtres dt' l'ouvrage. Mais ils trouvent en arrière un retranchement intérieur, bastionné et maçonné, dont le feu les foudroie. Il faut se mettre à couvert de ses coups. Fabert donne rapidement le tracé d'un logement, et met le premier la main à la pioche pour le creuser. En quelques

heures les volontaires sont à l'abri, et exécutent un chemin couvert qui met en communication le point qu'ils ont conquis avec les dehors occupés par l'armée royale. Toute la nuit se passe à ce travail , dont Fabert dirige les moindres détails.

Et cependant il a eu, dès le début de l'affaire, la cuisse traversée par une balle; mais il l'a bandée avec son mouchoir, et la chaleur de l'action jointe à son inflexible volonté lui a permis de rester à son poste et de faire plus que son devoir. Quand le jour paraît, le chemin couvert est terminé, les troupes de remplacement arrivent. Mais elles trouvent le vaillant blessé évanoui, par suite de la perte de son sang et de l'excès de la fatigue. On l'emporte sur un brancard, et les chirurgiens déclarent que la blessure , envenimée par un manque de soin de plusieurs heures, exige son envoi immédiat à Valence. Il faut l'y transporter en litière, et telle est sa faiblesse qu'en route il perd connaissance trois fois.

Pendant qu'il recevait à Valence les soins nécessaires , les défenseurs de Privas , malgré toute leur énergie , se voyaient obligés de se soumettre. La prise de cette place et les rigueurs qui en furent la suite répandirent la consternation dans tout le Vivarais. Le roi entra dans les Cévennes et s'empara d'Alais. Le 28 juin, enfin, la paix fut conclue, et sur les ruines de la faction protestante, désormais hors d'état de se relever. Louis XIII confirma solennellement les stipulations de l'édit de Nantes sur la liberté de conscience.

Deux mois plus tard , par la soumission de Montauban , la dernière étincelle de la révolte était étouffée. Il n'y avait plus, il ne pouvait plus y avoir de parti protestant en France, au point de vue politique. Un des grands buts de Richelieu était atteint.

Cependant Fabert, aussitôt qu'il avait été en état de remonter à cheval, était venu à l'armée. Quittant Valence, oîi régnaient des maladies épidémiques, il craignait de se trouver en présence du roi, par l'inquiétude de lui en transmettre quelque germe. Mais Louis XIII , le sachant de retour au camp , lui fit dire par le maréchal de Bassompierre qu'il vînt le trouver sans retard.

Dès qu'il le vit, il le félicita du courage extraordinaire qu'il avait montré dans l'attaque de Privas, en restant malgré sa faiblesse « dans un lieu où bien des gens s'ennuyaient, et oîi avoir demeuré et agi dans cet état, pendant une nuit entière, était chose remarquable et de beaucoup d'honneur, dont il l'assurait qu'il se souviendrait ».

Le roi se montra fidèle à sa promesse : pendant les négociations de la paix , Rambures vint dire à Fabert que Sa Majesté voulait que, tout en restant sergent-major, il prît rang de capitaine dans le régiment et commandât les officiers de ce grade moins anciens que lui, chose absolument nouvelle.

Rien ne pouvait être en plus parfait accord que cette proposition

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