IL EST ATTACHE AU DUC D'EPERNON
un autre drapeau sans violer le plus sacré des devoirs. Il pouvait considérer l'Empire en quelque sorte comme sa patrie légale , et, puisque sa patrie d'adoption le repoussait, mettre son épée au service de lamaison d'Autriche. Il prit donc la résolution de lever à ses frais une.compagnie de cavalerie et de la conduire à l'armée de l'Empereur,
Mais le vieux duc d'Epernon, qui lui avait gardé toute sa bienveillance et toute son estime, n'avait pas appris sans un grand mécontentement la manière indigne dont avait été traité son brave et fidèle serviteur. Il lui écrivit ainsi qu'à son père pour le prier d'assister à un carrousel magnifique, qu'il allait donnera Bordeaux, et auquel il convoquait tout ses amis de la cour et la noblesse de la Guyenne. Fabert ne sut pas résister à l'appel de son ancien général, et il se mit en route sans retard.
Arrivé à Bordeaux, il alla se présenter au duc, qu'il trouva entouré d'une brillante compagnie. L'accueil qu'il reçut de lui fut on ne peut plus cordial. « Je ne suis pas surpris de vous voir, lui dit d'Epernon, je vous sais tellement de mes amis que je n'ai pas mis en doute que vous me vinssiez trouver, à ma prière. Je ne vous ai pas mandé pour vous faire réconcilier avec le duc de la Valette. Je déclare, au contraire, qu'après le traitement indigne que vous avez reçu de lui, vous ne devez plus jamais compter au nombre de ses amis. »
Le lendemain il le prit à part et combattit avec vivacité son projet d'aller servir en Allemagne. Il lui dit que d'un jour à l'autre la guerre pouvait éclater entre la maison d'Autriche et la France, et que dans ce cas il lui faudrait revenir chez lui sans avoir retiré aucun profit des services qu'il aurait pu rendre. Mais la révolte d'esprit de son protégé ne lui permettait pas d'entendre si facilement le langage de la raison*, « Une fois engagé à l'Empereur, répondit-il au duc, quoi qu'il arrive, je ne le quitterai plus. J'ai fait mon possible pour entrer au service du: roi; je crois avoir assez témoigné mon zèle pour cela, ayant servi de volontaire dans les armées plusieurs années, et ayant offert de donner seize mille livres pour une compagnie dans le régiment de Normandie, " sans que le roi ait voulu y consentir. La guerre est le seul métier danslequel je puisse travailler à m'élever, et je veux profiter du temps qui =' me reste. Je crois être quitte envers le roi, m'étant offert à lui de toutes» les manières; je ne puis demeurer sans maître, et celui qui le sera une heure , le sera tout le reste de ma vie. »
Le duc lui répliqua que si le roi n'avait pas été juste envers lui, le souvenir de son service dans l'armée de la reine mère en avait été 1» cause, et que c'était pour lui, d'Epernon, un véritable chagrin de penser que, l'ayant entraîné à prendre ce pai'ti , il était moralement» responsable de ses fâcheuses conséquences. Il le supplia de ne pass
» Mém. de Fabert, p. 15. ■ . ^
transformer ce chagrin en un véritable remords qu'il ressentirait, s'il le voyait sortir de France, s'en bannir à jamais et prendre un service contraire à son devoir. Enfin il s'engagea de la manière la plus formelle à lui donner la première charge qui viendrait à vaquer dans l'infanterie , et le pressa de telle sorte que Fabcit dut se reconnaître vaincu.
Quand on le prenait par le cœur, il ne savait pas résister, et d'Épernon l'avait attaqué par ce côté faible. Voici, en effet, ce que contiennent à ce sujet les Mémoires de M, de Termes : « Le duc s'aperçut bien que ses raisons faisaient peu d'impression sur son esprit, et comme il l'aimait véritablement, il se servit des termes que l'amitié et la tendresse pouvaient produire, le traita de son enfant, et lui dit tant de choses qu'il obtint par cette voie ce qu'il n'avait pu obtenir par les autres. »
Il fut donc convenu qu'il resterait à Bordeaux près du duc, comptant dans sa maison militaire, jusqu'à ce que la- vacance attendue permît enfin à la promesse de devenir une réalité.
Quelque temps après, le duc de la Valette vint voir son père à Bordeaux, Fabert ne crut pas pouvoir donner à son protecteur une meilleure marque de sa soumission que d'aller, sur sa prière, faire* auprès du duc les premières avances d'une réconciliation. La Valette, qui , en interrogeant sa conscience, avait pu reconnaître tous ses torts, accepta avec une joie sincère le rétablissement d'une amitié ancienne et éprouvée. Tout fut oublié, et le duc d'Epernon en manifesta une satisfaction d'autant plus vive qu'il comptait faire de Fabert pour son fils, à travers les hasards de sa carrière, un de ces fidèles compagnons sur qui l'on peut compter dans toutes les fortunes.
Le duc de la Valette était depuis peu de temps à Bordeaux lorsqu'il fut assez soudainement appelé à la cour. Son père ne l'y voyait pas aller sans appréhension, car il avait appris que le duc d'Elbœuf , à la suite d'un différend qu'ils avaient eu ensemble, était décidé à le provoquer en duel. Or les suites d'un combat singulier étaient alors doublement à craindre, à cause de la rigueur des édits. Il confia ses inquiétudes à Fabert, en lui faisant promettre de n'en rien dire au duc, qui, s'il en eût été informé, fût sans doute allé au-devant de la provocation, mais en lui demandant, au cas où une rencontre deviendrait inévitable, de ne pas laisser son fils avoir un autre second que lui.
Fabert accepta sans hésiter cette mission délicate et qui pouvait devenir périlleuse, mais dont il n'appréciait que le côté honorable. Il pautil avec la Valette pour Saint-Germain-en-Laye, où se tenait la cdnPijfiir.'iiccompagnant en qualité d'officier de confiance. Cependant, sai^que ledemps eût calmé les rancunes du duc d'Elbœuf, soit toute autre raison, ses intentions hostiles ne se manifestèrent pas, et la Valette, ayant reçu les instructions de la cour, partit pour Metz avec