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IL S'ATTACHE AU CARDINAL DE LA VALETTE

militaires, procliains et graves, se préparaient sur la frontière des Trois-Évêchés ; la grande place de guerre, qui formait de ce côté la principale frontière de la France, avait donc besoin d'être fortement mise en état de défense et approvisionnée largement. Le commandant intérimaire de Metz déploya, dans ce double but, son activité et sa prévoyance accoutumées.

La citadelle n'avait qu'un valeur des plus médiocres, et il importait d'y ajouter des défenses extérieures : ces défenses furent rapidement conçues et exécutées. Partout les fossés furent creusés et les terrassements des murailles rétablis; les compagnies de la garnison furent mises au complet; le matériel de guerre fut revu et amélioré ; et les forges de Moyeuvre se virent mises à contribution pour une quantité de fer considérable, nécessaire aux réparations. Des milliers de boulets furent demandés à la même usine ; le moulin à poudre des Thermes dut travailler jour et nuit.

En même temps des émissaires, envoyés dans les villages, achetaient des grains et des fourrages, qui étaient emmagasinés dans la place, et assuraient contre la disette les agglomérations de troupes que Metz était sans doute destinée à recevoir. Enfin, le code de police de la ville était modifié avec autant de sagesse que de fermeté, et les commandants des troupes recevaient l'ordre de maintenir leurs soldats dans les liens de la plus stricte discipline.

Un travail assidu de deux mois avait déjà complètement changé la face des choses à Metz , lorsque le cardinal vint , au mois d'avril , prendre possession de son gouvernement. Il le fit avec une modestie et une simplicité fort rares, refusant toute manifestation coûteuse et tout don de bienvenue. Il reçut des mains du commandant intérimaire une ville où régnait l'ordre le plus parfait, et lui témoigna tout son contentement ; quelques jours après, il le vit avec regret lui demander son congé pour aller chercher d'autres fonctions ; mais il ne put le lui refuser.

Fabert partit donc de Metz avec la mission de présenter au roi le plan des perfectionnements qu'il avait introduits dans les fortifications de la place, et avec la douce pensée qu'une belle occasion de se distinguer allait lui être offerte.

Le maréchal de Brézé, en etïet, ayant reçu le commandement d'une armée destinée à agir, de concert avec le maréchal de Châtillon et les Hollandais, contre les Pays-Bas espagnols, avait demandé à l'avoir sous ses ordres , dans le poste de haute confiance "de sergent de bataille , ce que nous appellerions aujourd'hui chef d'état-major. Il n'y avait aucune raison de mettre en doute que celte nomination fût approuvée.

Fabert, après avoir reçu du roi le meilleur accueil , alla trouver le ministre, à sa résidence de Bois-le- Vicomte. Comme il s'oubhait sou-

vent lui-même, mais qu'il n'oubliait jamais ses amis, il ne manqua pas de profiter de celte occasion pour soutenir les intérêts du cardinal de la Valette. Il représenta à Son Eminence que la situation du gouverneur de Metz sur la frontière rendait chose toute naturelle qu'on lui donnât le commandement de l'armée destinée à couvrir cette frontière, alors fort menacée par suite de la défaite des Suédois à Nordlingen et de l'approche des Impériaux.

Richelieu répondit qu'il craindrait d'être blâmé si, dans les circonstances périlleuses , il se laissait aller à donner le commandement en chef d'une armée à un personnage dont il appréciait le mérite , mais qui n'avait encore qu'une faible expérience de la guerre ; toutefois que si le cardinal voulait se contenter provisoirement d'un commandement en sous-ordre dans l'armée du maréchal de la Force, auquel on écrirait d'ailleurs de ne rien faire sans sa participation, il serait placé seul à la tète des troupes, aussitôt qu'il aurait donné des preuves suffisantes de sa capacité militaire.

Fabert n'avait cru devoir parler au ministre de son espérance de servir comme sergent de bataille sous M. de Brézé, la chose lui paraissant assurée. Mais il ne se doutait pas que son intervention en faveur du cardinal venait de renverser cet espoir.

Plus grande, en effet, devait être la situation militaire faite au cardinal de la Valette, plus il paraissait indispensable à Richelieu de laisser auprès de lui un officier aussi sûr que capable, qui suppléât à ce qui lui manquait d'habitude des choses militaires. Fabert était, dans la pensée du ministre comme dans celle du roi, tout indiqué pour ce rôle, et, avec un tel auxiliaire, le cardinal de la Valette pouvait sans danger être mis à la tête de l'armée.

C'est ce qu'exprime de Termes, dans un langage fort bienveillant du reste pour le cardinal : « Sa Majesté, dit-il, ne crut pas pouvoir faire un plus grand présent à M. le cardinal de la Valette qu'en lui donnant un tel homme près de lui. Ce grand prince de l'Eglise était grand de toutes manières: l'âme belle, les sentiments 'fort élevés, d'une grande générosité, savant; mais il ne pouvait pas l'être dans l'art militaire : oii l'avait-il appris ? Sa Majesté fut donc bien aise qu'il eût une personne d'expérience, de science, de capacité pour le conseil et pour l'exécution, et c'est pour cela qu'il fit choix de celui dont je parle. »

Lorsque Fabert vint, le lendemain, prendre congé du minisire avant de partir, il fut fort surpris de s'entendre dire que , conformément à un ordre du roi reçu pendant la nuit, il lui fallait retourner à Melz et s'y tenir à la disposition du cardinal , jusqu'à ce que ce dernier fût à la tête de l'armée. Le pauvre capitaine, qui se croyait déjà en route pour l'armée de Flandre, resta tout stupéfait d'une semblable nouvelle. Richelieu s'en aperçut ; il lui manifesta avec douceur et

dans les termes les plus aimables son regret d'un changement de destination fait pour le désobliger ; et comme Fabert s'écriait avec vivacité qu'il irait porter au roi sa réclamation, il changea soudain de ton et lui dit sévèrement : « Monsieur, vous n'avez qu'à obéir. » Un tel mot fit rentrer en lui-même un officier par-dessus tout esclave du devoir. Il tourna le dos, non sans chagrin, à la direction où, quelques instants plus tôt, il courait déjà en pensée, et reprit la route de Metz, chargé de dépêches importantes pour le cardinal.

Il regrettait amèrement l'occasion perdue à la fois de servir activement et d'occuper un grade avantageux. Un prochain avenir devait le dédommager du premier de ces regrets; quant au grade, il devait encore l'attendre longtemps.

FABERT AIDE DE CAMP. CAMPAGNE d'aLLEMAGNE

Disons quelle était la situation des affaires du côté de l'Allemagne, au moment où le cardinal de la Valette, gardant Fabert auprès de lui, fut appelé à commander l'armée destinée à couvrir la frontière.

Wallenstein avait été assassiné pour prix de la trahison qu'il méditait, et l'armée impériale avait eu à Nordlingen une brillante revanche de Leipzig et de Lutzen. Déjà les vainqueurs paraissaient sur le Rhin , et le duc de Lorraine, qui s'était couvert de gloire comme général de la ligue catholique , se rapprochait avec son armée de la frontière de ses Etats. Les Suédois semblaient menacés d'une perte totale, si la France ne tirait pas son épée. Mais elle y était préparée, et son intérêt lui commandait d'intervenir. Les Suédois , n'étant plus de force à garder la rive gauche du Rhin, livrèrent à des garnisons françaises toutes les places qu'ils y occupaient. Philippsbourg, Schelestadt et Colmar furent occupés par le maréchal de la Force. Peu de jours après, les Impériaux s'emparaient de Philippsbourg et de Spire, et la guerre avec l'Empire était allumée.

En même temps, un corps espagnol, s.orti de Luxembourg, surprenait Trêves avec la connivence des habitants, massacrait la faible

garnison française et emmenait l'électeur prisonnier. Le roi ne pouvait avoir une cause plus légitime de déclarer la guerre à TEspagne; il le fit avec un cérémonial majestueux, et fit connaître à l'Europe les causes de la rupture.

Et ainsi commençait la lutte colossale qui devait durer un quart de siècle, et dans l'issue de laquelle le génie patriotique de Richelieu espérait trouver la réalisation des grands desseins de Henri IV pour l'agrandissemejit du territoire et des destinées du royaume.

Les débuts ne furent pas heureux ; le plan de campagne dans le Nord échoua. La lassitude et la crainte amenèrent successivement les membres de la ligue protestante à accepter la paix. Bernard de Weimar et l'électeur de Saxe se trouvèrent bientôt seuls sous les armes. Partout l'ennemi prenait l'offensive: Charles de Lorraine, à la tète d'une « armée volante », était dans son duché , oîi ses sujets lui avaient gardé un attachement opiniâtre et, pour ainsi dire, passionné. Le duc de la Valette et le maréchal de la Force ne pouvaient parvenir à le défaire et à le chasser du pays. Enfin Gallas, un des meilleurs généraux de l'Empereur, après avoir pris plusieurs places importantes, marchait contre le duc de Weimar, en laissant un corps d'observation devant JMayence.

C'était à venir en aide à Weimar que devait être employée l'armée mise sous les ordres du cardinal de la Valette. Le nouveau général fut mandé à la cour pour recevoir ses instructions définitives. Lorsqu'il vit le roi, ce prince, qui n'oubliait pas son fidèle Fabert, dit au cardinal qu'il le lui donnait pour sergent de bataille; la Valette , paraissant très satisfait d'un tel choix, s'empresa de le faire connaître à Fabert, qui fut comblé de joie.

Mais, sur ces entrefaites, le roi partit, et le cardinal se trouva entouré des plus vives obessions au sujet d'un des postes les plus honorables et les plus en vue de l'armée. On lui fit observer de toutes parts que Fabert était à peine français, à peine gentilhomme, et qu'il était impossible de le préférer à un officier tel que M. de Vignoles, qui joignait à une ancienneté de race incontestable et à de brillantes alliances un mérite militaire souvent déjà signalé. Le cardinal ne sut pas résister aux sollicitations qui le pressaient, il nomma Vignoles sergent de bataille, et Fabert, à la place du brevet qui lui avait été promis, ne reçut que celui de premier aide de camp.

Un tel passe-droit lui fut très sensible ; il fit revivre chez lui toute l'amertume des précédentes injustices dont il avait été victime. Néanmoins il ne crut pas devoir refuser un emploi, quel qu'il fût, qui lui permettait de servir activement son pays, et ne fit rien paraître de son mécojitentement. Il dit seulement à M. de Roquepine, arrivé à Metz pour lui succéder dans le commandement, que, devant Trêves, il avait refusé la charge d'aide de camp ; mais qu'il savait que la cam-

pagne qu'il allait entreprendre serait rude, que le cardinal y aurait sans doute beaucoup de peines, et qu'il ne voulait pas, pour sa part, commencer à lui en faire, mais qu'il ne se résignerait pas à remplir longtemps un office pour lequel il se sentait de l'aversion, et qu'il était résolu à le quitter, aussitôt la campagne finie. Il le dit également à M. de Campels, sergent-major de la garnison de Metz, afin que tous deux pussent le redire à M. de la Valette, et que ce dernier n'eût pas la pensée que quelque sujet de mécontentement venant de lui motivât la décision de son aide de camp.

Le 21 juillet 1635, le cardinal sortit de Melz à la tête d'une partie de l'armée, trouva, le 24, à Delme, lieu fixé pour la concentration des troupes, environ dix mille hommes, composés pour le plus grand nombre de la maison du roi: régiment des gardes, gendarmes et chevau-légers. Le reste était formé de troupes de nouvelles levées, malheureusement peu habituées à la fatigue*.

Le 27, il rejoignit l'armée du duc de Weimar, forte de cinq mille hommes, principalement de cavalerie, à Sarrebruck, qui fut enlevé en passant; le lendemain il marcha droit sur Deux-Ponts, que Gallas était sur le point de réduire aux dernières extrémités. Mais ce général, apprenant l'arrivée de l'armée française, avec laquelle il ne se sentait pas de force à se mesurer, leva le siège au bruit des premiers coups de canon par lesquels elle annonçait sa venue. Le cardinal donna l'ordre de le poursuivre ; malheureusement le château de Landstuhl, qui ferme la route et qui était défendu par une garnison suédoise, avait capitulé, et il fallut renoncer à la poursuite ; car toutes ses chances favorables résidaient dans sa rapidité, et l'obstacle des canons de Landstuhl suffisait pour en compromettre le succès.

L'armée s'établit, en conséquence, près d'un bois voisin de Hombourg, en attendant le convoi qu'on avait laissé en arrière à Sarrebruck. Or l'armée était sans vivres et le pays fort appauvri. Il en résulta une attente pénible qui fit appeler ce bois « le bois de la calamité ». L'arrivée du convoi ne remédia pas grandement à celte situation ; car les gentilshommes de la maison du roi, habitués à une vie fastueuse, l'avaient encombré d'un matériel luxueux, fort peu en rapport avec la vie de campagne. C'est ainsi qu'on vit se dresser dans les arbres des lits de brocard garnis de coussins moelleux ; de tentes, il n'en était pas question.

Il avait été si généralement d'usage de ne pas faire camper les gendarmes ni les chevau-légers, à cause de la considération due à leur

1 Le haut état -major de l'armée était composé de MM. le vicomte de Turenne, le comte de Guiclie et le colonel Hepburne, Kcossais, maréchaux de camp ; le comte de Moi:y, meslre-de-camp général de la cavalerie; Arnaukl d'Andilly, intendant des finances; de Vignoles, sergent de bataille; Ferrier, lieutenant général de l'artillerie. Le secrétaire de l'armée était le R. P. Jacques Talon, prieur de Saint-Paul-au.\-Bois , qui a laissé des mémoires intéressants sur le cardinal de la Valette.

situation à la cour, que ces troupes furent révoltées de se trouver dans un désert, privées de toutes les commodités de la vie. Le cardinal envoya en toute hâte à M. de Mun, son lieutenant à Metz, Tordre de lui expédier trois cents chevaux chargés de pain et de vin pour les soldats. Le convoi arriva heureusement à l'armée; mais, deux jours après, les provisions étaient consommées, et il fallut renouveler la fourniture, au grand dommage des paysans, sur lesquels retombait toute la charge des transports. Malgré le mécontentement manifesté hautement par les gentilshommes et le peu de solidité de jeunes soldats faisant leur première campagne, le cardinal prit la résolution de marcher sur le Rhin , ainsi que le demandait le duc de Weimar. Les troupes de ce dernier étaient maîtresses des ponts de Mayence, et il promettait que le landgrave de Hesse se déciderait à joindre ses troupes à l'armée royale. On serait alors assez en forces pour joindre Gallas, le battre partout oii il serait, et rien n'égalerait la gloire de cette campagne, sinon les résultats qu'on en obtiendrait. Au pis aller, on avait l'assurance de ravitailler et de fortifier les garnisons que les alliés de France entretenaient à Mayence, Kreutznach, Bingen et autres places situées sur la frontière du Rhin, ce qui constituait une grande siireté pour le présent et un excellent point de départ pour les opérations ultérieures.

Le conseil de guerre fut d'un avis presque unanime pour appuyer la proposition du duc Bernard. Le cardinal était emporté par son désir immodéré de faire de grandes choses. Le vicomte de Turenne et le comte de Guiche partageaient cette noble ardeur ; Saligny et Savignac, commandant, l'un la gendarmerie du roi et l'autre les douze compagnies des gardes, voyaient avec joie l'armée se diriger sur une grande ville où ne manquerait aucune des ressources nécessaires aux troupes sous leurs ordres.

Seuls, Fabert et le colonel Ilepburne, excellent officier, Écossais d'origine, qui était entré depuis peu au service de la France, n'étaient pas de cet avis; mais ils ne furent pas écoutés. Le duc de Weimar prit l'engagement de faire fournir des vivres à l'armée à un tarif raisonnable, et ce tarif fut publié avec ordre donné aux officiers de le faire observer scrupuleusement. L'armée se mit en route le 1" août, et marcha sur Bingen , qui fut immédiatement assiégé ; après quelques jours de tranchée ouverte la ville fut prise; le château capitula à son tour et fut confié à la garde des Suédois. On avait cru nécessaire de s'emparer de cette ville pour élargir le cercle autour de Mayence, et tenir à distance les corps de troupes que Gallas avait disséminés dans la province, en attendant qu'il les concentrât pour quelque action de vigueur. Le 22 août, les deux armées entrèrent à Mayence, et, passant le Rhin sur le pont dont les Suédois avaient fortement retranché la tête, allèrent s'établir un peu en avant de la place.

Le cardinal se mit sans retard en communication avec le landgrave de liesse et chercha à obtenir de lui que ses troupes vinssent grossir l'armée, conformément aux promesses faites en son nom par le duc de Weimar.

Mais le prince venait d'apprendre la capitulation de Francfort, et l'occupation de cette place par les Impériaux lui avait donné à réfléchir, à cause du grand rapprochement où ils se trouvaient de lui; il fit observer que, vu l'extrême rareté des subsistances que pouvait fournir le pays et les dispositions de Gallas à ne pas accepter une bataille, les troupes françaises seraient sans doute obligées à se retirer prochainement, et que, ne devant pas combattre, il leur était indifTérent de voir grossir leur nombre. Il ne manquait pas, du reste, de déclarer que rien ne pouvait changer son cœur, et qu'il le garderait toujours tout entier à la cause personnifiée par le roi de France.

Le refus du landgrave de prendre part aux opérations militaires qu'avait rêvées le cardinal déjouait tous ses plans. Mais ce qui était pour lui l'objet des préoccupations les plus sérieuses, c'était la pénurie de vivres en présence de laquelle il se trouvait. S'engager, sans communications assurées, dans un pays ruiné et afîamé, eût été le comble de l'imprudence, et il n'y fallait pas penser; mais même la chance d'y faire un long séjour présentait de graves difficultés.

Il fut donc décidé qu'on se replierait sur la France après avoir fortifié les garnisons des places dont on était moîlre, et les avoir, aussi abondamment que possible, pourvues d'approvisionnement. Comme la saison était arrivée de couper ce qui restait des récolles, appauvries à la fois par une insuffisante culture et par le mauvais temps et déjà ravagées par le passage des troupes, on imposa aux soldats cette tâche importante, et l'on remplit, du mieux qu'on put, les magasins de Mayence et des autres places ; puis l'on ne pensa plus qu'à se retirer.

Cependant Gallas, se rapprochant du Rhin , avait concentré ses forces et s'était mis en état de rendre aux Français la retraite périlleuse; les chefs de l'armée ne l'ignoraient pas.

Ils firent secrètement prévenir les différentes localités qui devaient leur servir d'étapes, -Messenheim, Ilombourg et Lichtemberg, pour qu'on préparât les approvisionnements nécessaires en biscuits et farines, et donnèrent l'ordre à un convoi venant de Metz de s'arrêter à Sarrebruck. Ils devaient, disaient-ils, faire prendre ces approvisionnements par des partis de cavalerie.

Le 15 septembre cemmença le mouvement de retraite ; le 17, les Français , qui s'étaient mis en route les premiers , passèrent la Nahe àKreutznach, où ils attendirent les troupes suédoises. Mais ce ne fut que trois jours plus tard que le duc de Weimar put les rejoindre. Il avait été, en effet, retenu à Mayence par la rébellion des troupes qu'on

y laissait en garnison, et qui , se considérant comme sacrifiées, refusaient absolument d'obéir. La révolte était sur le point de devenir sanglante lorsque Weimar parvint à rétouffcr à force d'énergie. Il passa son épée au travers du corps d'un lieutenant-colonel nommé Ilulof, qui était à la lôte de la résistance, et en faisant avancer les troupes fidèles, mèche allumée, il obligea les mutins à rentrer dans le devoir. Le 20 au soir seulement, il rejoignit le cardinal et tint conseil avec lui, afin de régler l'ordre de la marche pour le lendemain matin.

Fabert avait senti combien ces trois jours de retard devaient avoir une influence funeste sur le succès d'une retraite faite en présence de l'ennemi , et qui ne pouvait réussir que par son secret et sa célérité. Il dit au conseil que pour réparer le temps perdu il fallait à tout prix rendre plus rapide la marche de l'armée ; or nulle mesure ne pouvait mieux produire ce résultat que de laisser à Kreutznach l'artillerie avec son matériel encombrant.

Tous les officiers partagèrent d'abord cet avis ; mais ils se laissèrent impressionner par la vive résistance de Ferrier, lieutenant du grand maître de l'artillerie, qui déclara que ce serait pour l'armée une honte ineffaçable. Fabert soutint que ce sacriffce était nécessité par la situalion ; que les chevaux, accablés de fatigue et affaiblis par une détestable alimentation sous les murs de Mayence, étaient dans l'impossibilité absolue de traîner des chariots pesants dans des chemins défoncés. Il fit ressortir que le séjour de l'armée à Kreutznach lui avait fait consommer le pain destiné à la prochaine journée de marche ; qu'il fallait donc arriver au plus vite au lieu où elle trouverait sa subsistance, et que le moindre retard aurait pour résultat de lui faire passer un jour et une nuit sans ressources dans un pays inhabité et sauvage.

Mais ces raisons, si évidentes qu'elles fussent, ne purent rien contre l'obstination de Ferrier à prétendre qu'on voulait ruiner le grand maître dans l'esprit du roi, en laissant les canons en Allemagne. Comme le grand maître était neveu de Richelieu et que le cardinal de la Valette ne craignait rien tant que de se mettre mal avec le tout-puissant ministre, il témoigna être de l'avis de Ferrier. Il entraîna le conseil à rejeter la proposition de son aide de camp, et l'on ne vit que trop tôt ce qui en résulta.

Le vendredi 21, on se mit en marche pour Messenheim, lieu d'étape fixé. Tout à coup le vicomte de Turenne, qui commandait l'avantgarde, se trouve en présence d'un parti ennemi composé de quatre mille chevaux, avec seize pièces de canon, à la tcte duquel sont le prince Casimir de Pologne, les ducs de Gonzague et de- Florence. Il faitavancer contre eux un bataillon des gardes et un bataillon de Rambures, soutenus par quelque cavalerie et deux pièces de canon. Les Impériaux, abordés avec un élan irrésistible, prennent la fuite en abandonnant presque toute leur artillerie et quelques prisonniers.

Mais ceux-ci, interrogés, apprennent la plus fâcheuse des nouvelles : Gallas, une heure auparavant, est entré dans Messenheim et s'y est établi. Toutes les dispositions prises pour assurer les vivres de l'armée en retraite sont anéanties.

C'était là un incident des plus graves. Dans ce pays misérable et sans ressources, il ne fallait compter pour la nourriture de l'armée que sur les dépôts de vivres préparés aux étapes ; or l'itinéraire était forcément modifié; ce n'était plus par iïombourg, Lichtemberg et Sarrebruck qu'il était possible de se diriger ; il fallait incliner vers le nord, et faire de Vaudrevange l'objectif forcé de la retraite.

Le retard du duc de Weimar avait tout perdu. Les combinaisons des généraux avaient toutes chances de réussir avec le secret et la rapidité de leur exécution. Elles étaient sûres d'échouer, si, comme le malheur avait voulu que cela fût, l'ennemi en était informé à temps pour se diriger en forces vers la ligne suivie par l'armée.

Gallas l'avait, en effet, gagnée de vitesse. Il occupait en avant d'elle de fortes positions sur un terrain bien connu de lui; les communications de ses troupes étaient assurées ainsi que leurs approvisionnements. La partie était trop inégale pour que les Français eussent autre chose à faire que de gagner Vaudrevange avec toute la célérité possible, et au prix de tous les sacrifices.

Le soir on campa près de Saubernheim, et les privations furent, dès ce soir-là, mises à l'ordre du jour de l'armée. Le 22 au matin , quand le soleil parut, on vit toutes les hauteurs couronnées par les escadrons croates., hongrois et polonais. Le duc de Weimar fit passer le bagage par un chemin qui n'était pas celui dans lequel devait s'engager l'armée. Les ennemis, poussés par la cupidité, commencèrent par le piller et y perdirent un temps précieux; lorsqu'ils voulurent ensuite attaquer la colonne par la queue, ils trouvèrent, au passage d'un pont, quatre cents mousquetaires de Nettancourt , qui les arrêtèrent par un feu bien nourri, et les empêchèrent de continuer la poursuite.

On marcha tout le jour ; quand vint la nuit , on s'arrêta sur une hauteur privée d'eau et de fourrage. Le 23, il ne restait plus de pain à l'armée, et tout son salut était dans la célérité avec laquelle il lui serait possible d'atteindre Vaudrevange. Tout en marchant, le duc de Weimar disait à Fabert : « Nous voici dans une étrange affaire ! » Et l'aide de camp lui répondait simplement : « C'est par la difficulté qui se rencontre aux choses qu'on acquiert de l'honneur '. »

La retraite se faisait avec lenteur, malgré des efforts surhumains. Les chevaux qui traînaient le canon n'en pouvaient plus, faute de nourriture. Une grande pluie avait détrempé le terrain. On fit à chaque

1 Mém. de Fabert, p. i7.

soldat la dislribulion du peu de farine qui resLaiL, on brûla les charrelles, et les chevaux qui conduisaient les vivres furent ajoutés au train d'artillerie.

]\Iais ce fut en vain qu'avec ce renfort on espéra pouvoir emmener les grosi^es pièces de canon ; trois restèrent embourbées, et nul effort ne parvint à les remettre en chemin. Il paraissait cependant si fâcheux au cardinal de les abandonner ainsi qu'il crut devoir arrêter l'armée pour faire une dernière tentative. Il acheta tous les chevaux que les officiers voulurent lui vendre, et les attela à ces malheureux canons. Mais tout fut inutile ; il fallut se résigner à leur perte et les laisser oii ils étaient, après les avoir encloués.

On arriva vers le soir sur les bords de la Nahe; de Vaynes, lieutenant-colonel aux gardes, alla occuper le terrain avec trois cents mousquetaires. Le passage paraissait devoir offrir de grandes difficullés , vu la nature escarpée et rocheuse de la rive.

Découragé par cette nouvelle difficulté , un des principaux officiers émit l'avis qu'il vaudrait mieux abandonner la marche commencée vers Vaudrevange et se diriger vers Coblentz, encore à cette heure occupée par les Français. Fabert s'éleva avec force contre une idée aussi déraisonnable.

Il n'eut pas de peine à faire comprendre au conseil que la marche sur Coblentz présentait des difficultés non moins grandes que celles que l'on tâchait de surmonter; de plus, que, les vivres y étant rares, l'armée aurait bientôt fait de les consommer, et qu'il lui faudrait alors faire, par des chemins difficiles, le long de la Moselle, une nouvelle retraite, où elle aurait l'ennemi en tète, et qui serait, à tous les points de vue, on ne peut plus périlleuse. Il conclut en disant qu'il n'y avait qu'un moyen de salut pour l'armée : c'était d'arriver sans retard à Vaudrevange, où elle trouverait du pain envoyé de Metz, et qu'en supposant même qu'on pût arriver plus vite et plus aisément à Coblentz, c'était une chose insensée de vouloir se mettre, en le reculant de quelques jours, en face d'un danger plus pressant ou plutôt sans remède.

En même temps que le conseil se rendait à la sage opinion de Fabert, on mettait une activité extrême à préparer le passage de la Nahe ; car, si les ennemis s'en fussent rendus maîtres, c'en était fait de l'armée.

Le 24, dès le point du jour, la roule était rendue praticable. Les partis croates commençaient à se montrer, mais les mousquetaires de Vaynes et la cavalerie suédoise suffirent pour les tenir à distance. L'armée effectua heureusement le passage au prix de mille peines, et arriva sans encombre près de la petite ville de Birkenfeld , résidence du prince de ce nom, avec lequel le cardinal entra en pourparlers. Il voulait lui laisser les canons en dépôt, car il sentait l'impossibilité de

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les emmener plus loin. Sur le refus du prince il dut se résoudre à les faire jeter dans un étang, à Texception de deux, auxquels on attela tout ce qu'on avait de chevaux disponibles.

A minuit, il fallut partir malgré Texcès de la fatigue, sur l'avis qu'on reçut de l'approche de l'ennemi. On trouvait du fourrage dans les villages voisins delà route, mais le temps manquait pour faire manger les chevaux. On y mettait le l'eu pour qu'il ne servît pas à la cavalerie de Gallas. Les partis croates et hongrois étaient constamment sur les derrières de la colonne ; ils livraient à l'arrière-garde de fréquentes escarmouches. Tous ceux qui restaient en arrière étaient impitoyablement massacrés. Et cependant, malgré cette certitude, on ne voyait que soldats s'asseyant sur les bords du chemin et refusant d'avancer, tant était grand l'épuisement de ces pauvres gens. Les officiers et l'infatigable Fabert, le premier parmi eux, ne faisaient autre chose que de les forcer à reprendre leurs rangs. Ils n'y pouvaient parvenir.

Les chevaux, non moins épuisés que les hommes, n'étaient même plus capables de tirer les deux pièces de canon qui restaient. Il fallut les enterrer dans un fossé. Enfin, le 26 au matin, après une marche sans arrêt, qui avait duré deux nuits et un jour, l'armée, encore en Bon ordre, malgré l'excès de la fatigue et des privations, arriva en vue de Vaudrevange. Cependant, au moment d'atteindre ce but si désiré, on put croire qu'il était encore nécessaire de livrer une bataille; car l'ennemi déploya ses escadrons pour essayer d'enlever l'arrièregarde. Mais Turenne,qui la commandait, fit bonne contenance, et la cavalerie suédoise vint l'appuyer sous le commandement de Weimar.

Les Impériaux, pous>ant des cris horribles, se précipitèrent à plusieurs reprises sur les Français. Mais les pelotons de mousquetaires placés entre les escadrons ne leur permirent pas d'approcher, et un feu habilement conduit sut bien les tenir à distance. Après plusieurs tentatives infructueuses, ils durent se replier, et l'armée passa la Sarre, l'infanterie sur quelques ponts qui y furent jetés et la cavalerie à crue.

Le jour fut occupé à distribuer les logements et le pain que l'on trouva, tant chez les bourgeois que dans les magasins préparés par le gouverneur, et la nuit consacrée à un repos bien nécessaire. Mais, dès le lendemain malin , Fabert obtint du cardinal que Tarmée se remît en chemin, sans attendre un nouveau convoi de vivres qu'on avait commandé à Metz.

Il avait appris, en effet, que Gallas venait de faire passer la Sarre à son avant- garde au-dessous de Vaudrevange, et qu'il faisait force de marche pour précéder le cardinal sur la route de Metz et lui livrer bataille. Il ne fallait donc pas lui laisser le temps de prendre ses dispositions et de se retra-^cher. Conformément à un si sage conseil, l'arm.ée reprit sa route le 27 au matin et se dirigea vers Boulay, petite

ville située entre Vaudrevange et Metz et siège d'une importante prévôté lorraine.

Toutes les dispositions étaient prises en vue d'une bataille, mais la célérité du départ empêcha Gallas d'arriver à temps. Sa cavalerie seule parut au passage d'un petit cours d'eau, affluent de la Nied, et chargea l'arrière-garde avec fureur. Le colonel Ilepburne, qui la commandait, et auprès duquel Fabert servait ce jour-là, opposa à celte attaque quatre cents mousquetaires et la cavalerie suédoise, qui chargea en ligne et mit les Croates en fuite. Ils laissèrent entre les mains des Français neuf cornettes et une quantité de prisonniers, parmi lesquels un colonel. L'état d'épuisement des chevaux était tel que beaucoup avaient été incapables de se mettre au galop pour charger ; et Fabert, en particulier, à la tète des escadrons, n'avait pas pu faire prendre au sien une autre allure que le trot.

En présence d'une telle situation, poursuivre les ennemis était chose impraticable. On se contenta donc du succès qu'on avait obtenu, et on reprit la marche en avant, tenant toujours les meilleures dispositions pour le cas où Gallas offrirait la bataille. Les pertes des Français avaient été peu sensibles. Ils regrettèrent seulement trois braves gentilshommes, MM. de Mouy, de Cahusac et de Londigny , qu'une noble émulation avait emportés en avant de la ligne de charge, et qui, dans leur ardeur à frapper le premier coup, s'étaient trouvés isolés dans les rangs ennemis.

Le soir, l'armée arriva à Boulay, oii elle trouva du pain en abondance ; le lendemain 28, elle se remit en chemin, et, après avoir passé à gué les deux Nied sans encombre, vint camper à Magny dans la banlieue de Metz.

« Elle avait, dit le Journal de J. Talon*, achevé en quatorze jours la plus difficile et la plus honorable retraite qui se soit faite de nos jours. Commencée à la vue d'une armée de trente mille homme, commandée par les plus fameux généraux, elle se fit avec de continuelles attaques de cavalerie sur les flancs et la queue, avec deux grandes attaques, à l'une desquelles on passa sur le ventre de l'ennemi, et à l'autre on le repoussa vertement, lui prenant une fois treize canons, l'autre neuf cornettes. On vit tout ce qu'on pouvait attendre de deux illustres généraux tels que le cardinal et le duc de Weimar, assistés de MM. Hepburne, de Guiche et Turenne, maréchaux de camp, de Vignoles, maréchal de bataille, et tel que le sieur Fabert, qui n'avait pour lors aucune charge dans l'armée que d'aide de camp, mais qui fut toujours employé par M. le cardinal aux fonctions les plus importantes qui s'y passèrent. » '

Fabert fait de son côté , dans ses Mémoires ^ un tableau saisissant

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de la misère qu'avait eu à subir l'armée française. « On avait continuellement, dit-il , les Croates et Hongrois à la queue, qui tuaient tous ceux qui, ne pouvant plus marcher, manquant de nourriture et abattus de travail, demeuraient derrière. On brûlait les villages qu'on pouvait découvrir à la vue, pour empêcher ces pauvres misérables de s'y jeter sur du foiji ou de la paille et s'y arrêter. Mais tout le soin qu'on prit ne servait que de peu ; la plupart de ceux qui ne se trouvèrent pas assez robustes pour supporter ce travail et la faim se cachaient dans les bois et partout où ils pouvaient, pour n'être pas forcés à marcher par ceux commandés pour cela , et l'on voyait des gens chercher avec adresse une mort certaine, pour finir une "peine qu'ils ne pouvaient porter. Grande partie des Français, trop peu faits à la peine, se perdirent ainsi, et, étant arrivés près de Metz, il en tomba malade une si grande quantité que l'armée n'était plus en nul état d'agir. »

Ce que Fabert ne dit pas, c'est le dévouement dont il avait fait preuve pour sauver les troupes du cardinal. Les officiers qui ont laissé des mémoires relatifs à celte retraite, qu'on a comparée à celle des dix mille, lui font jouer, dans cet émouvant épisode , un rôle mémorable. « MM. de Turenne et de Fabert, dit l'un d'eux, contribuèrent plus que personne à sauver l'armée ; l'un et l'autre montrèrent une activité, une valeur et une humanité qui leur attirèrent toute la confiance du soldat. »

M. de Termesest plus explicite : « C'est une chose inouïe, dit-il, que la peine, le péril, le travail et le soin qu'eut notre élu et choisi par le roi.

« Il songeait à l'infanterie, à la cavalerie, à l'artillerie, aux vivres, aux bagages, aux chemins, aux ennemis, aux combats : il avait toutes les charges, il avait tout le fardeau et tout le souci; aussi s'y abandonnait-il tellement qu'on peut dire qu'il passa onze jours sans presque dormir ni manger. Jamais on ne vit les ennemis qu'il ne fût le premier, et toujours il songeait aux moyens de passer et de sauver l'armée ; j'ai ouï dire au général que ce qu'il avait donné dans cette retraite de sa tète, de son cœur et de son activité, avait fort contribué au salut de l'armée.

« Souvent, lorsque les autres prenaient un peu de repos, il allait reconnaître les ennemis, d'autres fois les passages. Il savait quasi toujours ce que les autres s'avisaient quelquefois de dire qu'il faudrait tâcher de savoir..., qu'il faudrait envoyer... Cela était fait par un homme qui voyait les choses de près et qui savait faire un rapport. Mais sa modestie était telle qu'on n'a jamais su qu'il ait pris connaissance d'une chose que dans les temps qu'il en a été besoin, et encore était-ce d'une manière si éloignée de se faire valoir qu'on pouvait croire que ce n'était que l'accomplissement de son service qui le lui avait fait faire.

ft Sans un gentilhomme de M, le cardinal de la Valette, nommé d'Acquevillc, je crois qu'il aurait succombé à la faiblesse et à la faim. Ce gentilhomme, quand il le voyait passer, allant de la tête à la queue de l'armée porter quelque commandement, le joignait, lui donnant du pain, un peu de vin. Je ne crois pas que de lui-même il eût pu prendre le temps nécessaire pour manger. Ce qui était merveilleux c'est qu'il était à l'avant-garde si les ennemis y étaient, à l'arrièregarde s'il s'y devait faire quelque effort, et souvent bien en prit à l'armée. »

L'armée admirait son courage et une insouciance du danger qu'il poussait jusqu'à la témérité. Pour mieux savoir où était l'ennemi, quelles étaient ses forces, il s'approchait tellement de lui et s'exposait si hardiment à son feu qu'on lui avait donné le surnom de « quêteur de coups de mousquets ». Le bruit s'était répandu qu'il avait un charme qui le protégeait contre les blessures.

Aussitôt que l'armée fut arrivée à Magny, Fabert reçut l'ordre d'aller à Metz le plus rapidement possible , pour commander d'apporter au camp tout le pain et le vin qu'on pourrait réunir. Son cheval eut peine à arriver jusqu'à l'hôtel de M™^ Fabert. Elle était à table lorsqu'il y parvint enfin.

Le changement des traits de son mari était si grand qu'elle hésite d'abord à le reconnaître. Après les premières effusions, il s'assoit à côté d'elle, ayant déjà donné l'ordre de faire chercher au plus vite les boulangers de la ville pour leur communiquer ses instructions. Mais tel est son état d'épuisement que ses yeux se ferment et qu'il se laisse aller à un sommeil irrésistible. Lorsque les gens qu'il a fait chercher arrivent pour prendre ses ordres. M™® Fabert essaye de réveiller son mari, mais elle n'y parvient qu'avec peine ; et lorsqu'il sort enfin de son accablement, il ne reconnaît pas sa femme, il demande où il est et ce qu'il est venu faire. Mais quelques instants lui suffisent pour retrouver sa lucidité d'esprit, et il commande tout ce qui est nécessaire pour qu'on transporte immédiatement les provisions dont les soldats ont tant besoin.

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