SECOND COMMANDEMENT DU PAYS MESSIN
La situation faite au pays messin par les événements de cette époque est résumée expressivement dans ces quelques lignes de Thonnête chroniqueur contemporain, Jean Bauchez. « Bon Dieu! dit-il, quelle misère et quelle calamité il y avait en ce temps! Tous les matins on ne voyait que feu et fumée parmi ce pauvre pays messin , et Ton entendait dire : En voilà un qui est fait prisonnier et avec lui tout son bétail; tel autre est tué, tel autre estropié; c'était la plus grande désolation que plume ne saurait décrire. »
De son côté, Fabert dépeint en ces termes l'état dans lequel il trouva le gouvernement de Metz lorsqu'il vint y exercer l'intérim du commandement. Il faut, en vérité, sa garantie personnelle pour faire croire à la réalité de pareilles horreurs.
« En ce temps ^ la misère était horrible aux environs de Metz; les cruautés du Hongrois, du Croate et du Polonais avaient été si grandes , ainsi que celle des soldats de Weimar, que pour sauver leur vie les paysans avaient été contraints de se jeter dans les bois, abandonnant ce qu'ils n'avaient pu emporter sur leur dos; cela avait empêché la culture des terres. Depuis l'éloignement des armées, ils avaient vécu comme ils avaient pu; beaucoup étaient morts de faim. »
Mais, en ce temps, l'affreuse nécessité qu'on avait su épargner à Metz l'année précédente parut à ses portes. Les procès-verbaux , que chaque semaine Fabert se faisait apporter, apprenaient des choses faites pour remplir l'esprit d'horreur. Huit hommes en poursuivirent un autre en pleine campagne ; ils le forcèrent comme on force un lièvre et le dévorèrent. Chaque jour des enfants étaient dérobés pour être mangés.
Les partis des gens de guerre étaient observés et suivis, afin que s'ils rencontraient des partis ennemis et qu'il y eût combat, ceux qui seraient tués servissent de nourriture aux misérables que cette espérance entraînait de loin à leur suite. Les corps inhumés depuis trois ou quatre jours étaient déterrés et dévorés.
» Mém. de Fabert, p. 130.