SECOND COMMANDEMENT DU PAYS MESSIN
Fabert avait mis à Varize un de ses domestiques appelé la Rivière pour qu'il défendît le château avec les paysans, au nom du roi. Ce serviteur lui manda qu'on lui avait apporté un chaudron dans lequel était à demi cuile la tête d'une jeune fille, avec les deux pieds et les deux mains ; et la femme chez laquelle cela s'était trouvé avouait qu'elle avait déjà mangé la cervelle le matin, et que ces débris provenaient d'un corps qu'elle avait déterré. Tel était l'état des villages. A Metz même on se ressentait de l'extrême rareté des grains et de la difficulté d'en faire venir de France au milieu des partis, amis ou ennemis, mais également dangereux, qui tenaient la campagne. Une cause particulière augmentait encore la misère générale. Voici à ce sujet le récit de Jean Bauchez.
« Il y avait, en cette saison, une telle famine en Allemagne que nul ne saurait jamais la raconter. A ce point que par force les hommes se mangeaient les uns les autres. Il arriva à Metz un messager venant du côté du Rhin, qui dit avoir bien trouvé sur son chemin dix mille pauvres qui suivaient la route de Metz, mais qu'il ne pensait pas qu'il en arriverait plus du tiers à destination, vu qu'ils étaient si dolents qu'on ne rencontrait que des corps morts ou à demi morts, ayant encore près d'eux de la viande de chrétiens plutôt que de bêtes; car il n'y avait plus nul bétail en ces pays. Au bout de trois jours, ceux de ces pauvres Allemands qui étaient les plus forts arrivèrent devant les portes de Mazelle et des Allemands, où ils campèrent; ils étaient environ deux mille. Leurs compagnons étaient demeurés la proie des loups.
« Les princes allemands qui étaient réfugiés à Metz leur faisaient de grandes aumônes ; plusieurs entraient en cachette dans la ville et y cherchaient quelques secours. Enfin leur nombre augmenta tellement qu'avant le nouvel an on trouva, tout compte fait, qu'il y en avait six mille, et trois mille étaient morts le long des chemins. »
Fabert avait charge d'âmes ; sa responsabilité était assez lourde vis-à-vis des habitants du pays, sans laisser ce flot étranger qui allait toujours grossissant absorber les maigres ressources que son devoir était de multiplier et de répartir le plus utilement possible entre ses administrés. Il y avait d'autant plus d'urgence à prendre des mesures énergiques qu'avec la misère augmentait la mortalité, et qu'une épidémie, causée par cette agglomération de pauvres, de malades et de morts, menaçait d'exercer de nouveaux ravages sur une population si terriblement éprouvée peu auparavant par la peste suédoise. Il dut donc faire usage de son autorité pour remédier à cette aggravation d'une situation déjà trop alarmante, et rendit une ordonnance par laquelle, au nom du roi, les étrangers reçurent le commandement de regagner sans retard leur pays natal.
Les pauvres Allemands furent rangés en ordre et menés, sous la
garde de cent cavaliers, sur le chemin qui conduisait à la frontière. On leur donna quatre pains de munition par tête , et la misérable colonne se mit en route, laissant derrière elle une traînée de morts et de mourants. En arrivant à l'étape, elle s'était, de cette façon, diminuée de plus de cinq cents individus restés sans vie dans les fossés et les haies. Une telle mesure avait dû coûter à un cœur généreux comme celui de Fabert, mais elle était véritablement imposée par la rigueur des circonstances.
Le grain conservé dans la ville était à un taux excessif. Les bourgeois qui en étaient détenteurs en envoyaient dans les villages où ils avaient des intérêts ; mais de cette façon certains de ces villages étaient dans une abondance relative, et les autres n'avaient rien. A quel degré de misère fallait-il que la guerre eût réduit ce fertile et excellent pays pour que la campagne en fût venue à être nourrie par la ville, et cela uniquement au moyen de blés importés du dehors ! Fabert voulut faire cesser cette inégalité , et établir partout un état supportable et régulier.
Le 21 décembre, il rendit une ordonnance applicable à toutes les communautés du pays messin, par laquelle les maires devaient sans relard apporter au gouverneur la liste exacte de tous les habitants de leur village; une quantité de sept livres de blé, par tête et par jour, leur était allouée; et chaque semaine, de deux jours l'un, le tiers des villages du pays envoyait chercher le grain nécessaire à leur subsistance, qui leur était remis par deux bourgeois, délégués à cet effet, sur le certificat de leur maire. La répartition par tête se faisait ensuite au siège de la commune. Des partis de cavalerie et surtout les chevaulégers de Fabert veillaient à la sécurité des routes.
Le gouverneur, pour subvenir aux besoins de cet important service, avait mis en réquisition, à un taux raisonnable, tous les blés qui se trouvaient dans la place. Mais il fallait penser à leur renouvellement, et, autant que possible , créer une réserve importante. La Champagne, par bonheur, était abondamment pourvue; et, à partir de Verdun, dans la direction de Reims et de Châlons, le pays était comparativement prospère, la récolte de l'année précédente ayant été d'une admirable richesse. Fabert ordonna que tous les gens de chaque métier et les maîtrises de la ville eussent à se cotiser pour aller ensemble, avec des chariots et une garde convenable , acheter du blé et le revendre aux pauvres, au prix de vingt-cinq francs la quarte, prix qui, du reste, couvrait largement leurs frais. Tous les métiers y allèrent l'un après l'autre, et bientôt aussi les communautés villageoises formèrent chaque semaine des convois de cinq à six cents chariots, avec paysans pour les conduire et soldats pour les garder.
Il arriva quelquefois que ces mesures de précaution n'étaient pas de trop', et Jean Bauchez raconte qu'il courut grand péril le jour où ce
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fut à son tour de marcher, en tombant dans une ambuscade dressée par la garnison de Thionville. Ce système continua à être en vigueur jusqu'à ce qu'au moyen des récolles de l'année, bien que réduites à peu près aux marsages , les pauvres Messins purent trouver leur nourriture sur leur territoire.
C'était uniquement au zèle intelligent et charitable de son commandant que le pays était redevable d'un progrès si capital. Peu de jours après son arrivée, sous l'impression d'une véritable tristesse, il avait voulu sonder toute la profondeur du mal, et parcourir, dans ses parties les plus misérables, cette contrée qu'il avait connue autrefois riche et prospère. Il entreprit donc la visite générale du pays, et ce qu'il vit était désolant.
Nous l'avons dit, beaucoup de villages étaient totalement abandonnés de leurs habitants; ceux-ci étaient au fond des bois, y vivant d'herbes et de racines, ou plutôt y mourant de faim. Ceux qui étaient restés au village n'avaient pas de bétail, pas d'instruments de labour, et surtout manquaient de courage et de confiance; les terres restaient en friche. Ce qui importait par-dessus tout, c'était de ramener les paysans à la culture.
Pour y réussir, Fabert fit afficher que tous ceux qui voudraient se remettre au labour recevraient des secours au moyen desquels ils pourraient se procurer le matériel nécessaire. On eut confiance en sa parole ; les cultivateurs revinrent en foule, et reçurent à titre de prêt la quantité de grains nécessaire aux semailles. De plus, il veilla à la 'sécurité de l'avenir en faisant garnir de quelques soldats la plupart des points stratégiques du pays et en donnant aux milices bourgeoises l'ordre d'aller, de trois jours en trois jours, y monter la garde avec eux. Les châteaux de Semécourt, Mézières, Ennery, Vigy , Vry, Burtoncourt, Varize, Berlize et Ancerville, ainsi fortement occcupés, tinrent en respect les partis espagnols qui, de Thionville, avaient ravagé impunément la contrée. Sa compagnie de chevau-légers établie à Ennery, dont il était gouverneur, organisa un système de surveillance active, au moyen duquel la sécurité ne tarda pas à renaître. Et ainsi cette population, jusque-là si malheureuse et si abandonnée, put bénir, en recueillant le prix de ses sueurs, une protection qu'elle rencontrait pour la première fois.
Fabert alla même plus loin dans la réorganisation de la campagne messine ; il prit une décision par laquelle il était désormais défendu de saisir les bestiaux, les récoltes et le matériel agricole des paysans, pour le recouvrement des tailles et autres contributions. D'autre part, il fit restituer aux villages les terrains communaux, dont la plus grande partie avait été usurpée par les seigneurs, partout où leurs détenteurs ne purent pas montrer un contrat d'achat bien en règle.
Notons que ces deux importantes mesures devaient recevoir, cinq
ans plus tard, par ses soins, une application légale qui fut dans la suite généralisée dans tout le royaume. C'est donc à lui que revient l'honneur d'en avoir pris l'initiative.
Pendant ce temps, les affaires du roi prenaient en Italie une tournure assez fâcheuse. Le gouverneur de Milan, marquis de Leganez, tenait assiégé le fort de Bremo. Le maréchal de Gréquy, venu pour dégager cette place, fut tué d'un coup de canon. En mçme temps une vaste conspiration s'ourdissait pour massacrer les Français, et livrer Casai aux Espagnols. Enfin , au mois de mai , le Piémont fut envahi par Leganez, et le siège mis devant Verceil.
En une circonstance aussi grave il fallait sans doute un général distingué, mais surtout un homme honnête et dévoué. Le cardinal de la Valetle fut choisi par le roi pour remplir le rôle difficile que la mort de Créquy laissait à son successeur. Il l'accepta par sentiment du devoir, mais non sans une répugnance que justifiait assez la triste situation en face de laquelle il se voyait placé.
L'armée qu'il devait commander en Piémont, beaucoup plus faible que celle des Espagnols, les approvisionnements difficiles à se procurer, la régente sans autorité, le peuple animé d'une haine profonde contre les Français, le conseil divisé et incertain, tels étaient les principaux traits du tableau.
Le roi savait trop bien à quel degré Fabert était nécessaire au cardinal pour hésiter à le lui donner comme compagnon d'armes dans la difficile campagne dont il lui imposait la conduite. La Valette, de son côté, en avait fait la demande expresse au ministre, mais avec des restrictions où se peint bien toute la faiblesse de son àme loyale et droite, mais abattue par le danger où il voyait sa famille.
« Il avait dit avoir besoin auprès de lui d'une personne nourrie dans la guerre et qui en sût le détail, que lui ne pouvait savoir, que Fabert en usait avec discrétion avec lui, ne lui disant que seul à seul ce qu'il avait à lui dire ; néanmoins que , comme on avait fort parlé
contre lui, il se voyait obligé de demander à Son Éminence si sa personne était suspecte ou tant soit peu désagréable, auquel cas il protestait ne le voir jamais plus^ » On voit que l'amitié du cardinal pour Fabert n'était pas aussi absolue que celle qu'il inspirait à ce dernier.
Mais Richelieu avait, lui, l'âme trop élevée pour s'arrêter à des considérations de rancunes personnelles. Il répondit que rien n'était plus utile que d'avoir près de soi des gens expérimentés tels que celui dont il parlait; que, dans une situation analogue, il en avait usé de même. Il approuva donc pleinement la demande qui lui était faite. En conséquence, Fabert fut invité à venir sans retard prendre de nouveaux ordres à la cour. Ce ne fut pas sans de profonds regrets qu'il quitta cette organisation préparatoire du siège de Thionville, qui marchait si bien au gré de ses désirs, et promettait des résultats si glorieux. Mais le devoir parlait; il partit le jour même.
Sa première visite fut pour le roi, qui le reçut plus amicalement que jamais. Louis XIII lui annonça qu'il l'autorisait à vendre les deux charges dont il était titulaire dans le régiment do Rambures, vu qu'il le nommait sergent de bataille dans l'armée de Piémont. Quant à sa compagnie de chevau-légers, il l'invita à la garder, ajoutant que c'était le modèle des troupes de cavalerie. Celte compagnie était alors en Piémont, où elle avait servi de noyau à un régiment créé sous le nom du cardinal de la Valette.
Ce dernier fut très satisfait des marques de faveur dont le roi avait honoré son fidèle conseiller. Mais, plus pusillanime que jamais, il craignit de mécontenter le ministre en lui demandant de faire libeller la nomination de Fabert au grade de sergent de bataille. Celui-ci, avec son désintéressement ordinaire, n'insista pas pour l'obtenir ; mais, se conformant à la volonté du roi, il adressa au duc d'Épernon , dans les termes les plus respectueux, sa démission de sergent-major, démission en échange de laquelle il reçut en blanc les provisions nécessaires pour le choix de son successeur. Il la céda au sieur Despouy. Pour sa compagnie dans le régiment de Rambures, il fut traité avec la même faveur. Il n'en était pas moins vrai qu'en partant pour faire la campagne il était sans charge, et que le cardinal, en ne demandant pour lui d'autre faveur que celle d'assister de droit au conseil des hauts officiers de l'armée, le reléguait comme à plaisir dans une infériorité de rang plus qu'injuste.
Mais l'àme de Fabert savait s'élever au-dessus des susceptibilités de ce genre; servir son pays et ceux qu'il aimait, pour lui tout était là. Il se contenta du commandement de sa compagnie de chevaulégers et du rôle officieux que lui avait réservé le cardinal, bien décidé
> Mérn. de Fabert , p. 131.
d'ailleurs, d'accord avec son chef, à remplir dans toute leur étendue les fonctions dont le titre lui était refusé.
La Valette et FaberL partirent en poste, le 16 avril 1G38. Dès le début du voyage, le cardinal dit à son compagnon qu'il le priait de songer en chemin à ce qu'il lui faudrait faire en arrivant en Piémont. « Une seule chose, répondit-il, chercher à en revenir le plus tôt possible. y> Et, passant en revue toutes les raisons qui rendaient infiniment onéreux le commandement accepté par le cardinal, il lui demanda comment un homme de bon sens avait pu l'accepter.
Il entendit alors le triste récit des malheurs qui enserraient la maison d'Épernon dans un cercle de fer se rétrécissant chaque jour. Il connut à fond les imprudences du duc de la Valette, sa liaison compromettante avec le comte de Soissons, sa rentrée à la cour obtenue de l'indulgence du roi, puis cette indulgence perdue par une altitude des plus arrogantes, et les portes de la Bastille sur le point de s'ouvrir devant lui. Il apprit les périls tout semblables que faisaient courir au duc de Gandale la légèreté de ses propos et son esprit habituel de violente opposition au pouvoir. Il comprit enfin que le cardinal, victime expiatoire des fautes de sa famille, était résigné à tous les sacrifices pour détourner d'elle la foudre prête à éclater. Alors il lui pardonna de bon cœur les actes de faiblesse qu'il avait eu à lui reprocher, et il s'attendrit dans une sympathique pitié en entendant les accents d'une douleur si vraie. « J'aime mieux être absent quand arriveront ces malheurs, disait le cardinal, quoique je sache bien qu'ils me tueront, absent comme présent ; oui , je vais en Piémont avec la certitude de n'en pas revenir. Le chagrin me fera mourir ! »
Et son langage devint plus douloureux encore quand il parla de la peine oii allait se trouver son père , en son âge avancé, et de la ruine irréparable de sa maison. Aussi Fabert, qui avait entamé l'entretien avec l'intention de faire revenir le plus tôt possible le cardinal sur son acceptation, ne chercha plus qu'à le consoler et à lui donner du courage en développant de son mieux les quelques chances qui pouvaient lui rester de se tirer avec honneur d'une tâche bien ardue.
Le comte de Guiche avait précédé le cardinal et pris provisoirement le commandement de l'armée. Il faisait d'énergiques efforts pour la remettre sur un bon pied ; mais il se heurtait à un grave obstacle. Ce qui manquait surtout, c'était l'argent; or il n'est pas aisé d'obtenir beaucoup de la part de soldats qui ne reçoivent pas leur solde et pas même toujours leur pain.
La Valette, arrivé à Pignerol le 1" mai, y trouva d'Hemery, ambassadeur du roi près la cour de Savoie et intendant de l'armée, qui lui fit connaître en détail les difficultés militaires et politiques de la situation ; mais quelles qu'elles fussent, une seule chose était à faire, c'était de les aborder de front.
Bremo, à l'embouchure de la Sesia, avait été pris par les Espagnols, Ce succès obtenu, les ennemis s'étaient retirés et fortifiés dans leurs quartiers ; nulle opération active n'entrait donc dans les éventualités du moment.
Après quelques jours passés à Turin près de la duchesse régente, la Valette et Fabert se rendirent à Casai pour examiner tant l'état de cette place que celui de la province, et apprécier le degré de résistance qu'elles étaient capables de présenter. Ils retournèrent ensuite à Turin pour conférer avec la duchesse sur les opérations auxquelles il serait à propos de se préparer. Pour eux, il était hors de doute que les Espagnols attaqueraient Verceil, et le danger leur paraissait sérieux. La régente n'y croyait pas; elle était convaincue que le Piémont serait respecté par les ennemis et que le Montferrat seul avait besoin d'être mis en état de défense. Cette conviction résultait des négociations secrètes entamées par la duchesse régente avec les Espagnols.
Mais, quelques jours plus tard, ces illusions étaient dissipées; on sut que le marquis de Leganez et le prince Thomas avaient pris position devant Verceil avec une armée de vingt-cinq mille hommes, et l'on connut en mêm.e temps le véritable état de cette place proclamée imprenable par le conseil de régence. Les approvisionnements étaient des plus médiocres, et sa garnison atteignait à peine le chiffre de quinze cents hommes j évidemment insuffisant. Il était visible que dans ces conditions, et malgré la force très réelle de ses remparts , abandonnée à elle-même , elle était exposée à succomber prochainement. De cette décision des généraux ennemis il résulta que la duchesse se trouva brusquement rejetée dans les bras de la France , et bien obligée de s'appuyer sur cette armée , devenue son dernier espoir.
Il fallait à tout prix jeter un secours dans Verceil, avant que l'achèvement des travaux des lignes d'investissement rendît cette opération irréalisable.
Le cardinal monte à cheval sans retard, et court à Pontestura, où se tenait le marquis de Ville, lieutenant général de la cavalerie piémontaise, pour discuter avec lui les moyens d'y parvenir. La parfaite connaissance du pays qu'avait cet officier l'indiquait tout naturellement pour commander le convoi. On mit sous ses ordres deux mille hommes d'infanterie, conduits par un des plus vaillants officier de l'armée, M. de Saint-André, et dès le lendemain, à la tombée de la nuit, la colonne de renfort se dirigeait vers la ville, à travers des chemins défoncés et des fossés remplis d'eau, qui rendaient la marche très pénible. Mais le courage et l'entrain du soldat français surmontaient aisément ces difficultés par l'espoir d'un succès prochain, lorsque, le jour arrivé, le marquis de Ville déclara que les lenteurs subies par la marche ne permettaient plus de compter surprendre les Espagnols,
que les attaquer en plein jour serait folie, et qu'une seule chose restait à faire, rejoindre le gros de l'armée.
En même temps que le cardinal, au prix de mille peines, faisait passer le Pô à son armée, il demandait instamment à la duchesse régente de lui envoyer sans retard ses troupes, car il n'y avait pas de temps à perdre, et chaque jour aggravait la situation.
La duchesse n'avait plus de raisons pour retarder la jonction de son armée avec l'armée française. Elle l'amena elle-même dans la plaine de la Vestola , où campait cette dernière, et, le 6 juin, en passa la revue en grande solennité. Du vin en abondance fut distribué aux soldats, et ils manifestèrent un vif enthousiasme.
Dès le lendemain, les troupes alliées se mettaient en marche. Elles se composaient de six mille cinq cents hommes d'infanterie et de trois mille chevaux. Les forces de l'ennemi en dépassaient le double. Malgré cette écrasante disproportion, l'ardeur des jeunes gentilshommes qui servaient comme volontaires était telle que le conseil, sous leur pression, semblait disposé à risquer l'attaque. Fabert eut beaucoup de peine à empêcher qu'une si téméraire résolution ne fût prise d'enthousiasme. Il finit cependant par obtenir que le cardinal, accompagné des hauts officiers de l'armée, allât faire la reconnaissance des lignes espagnoles avant de rien risquer.
Après avoir vu les choses de près, tous furent d'accord pour avouer qu'il serait impossible de trouver une circonvallation plus forte et mieux entendue que celle des Espagnols, et que l'attaque de front était chose à laquelle il ne fallait pas penser. On se contenta de quelques escarmouches, et l'on se retira un peu en arrière pour chercher un moyen plus praticable d'atteindre le but.
Au conseil de guerre, Fabert, qui avait été, au péril de sa vie, seul et déguisé , reconnaître le terrain , fit une proposition qu'accueillit une approbation unanime. C'était de faire un détour en entrant dans le Milanais, de passer la Sesia, et d'aller secourir Verceil par la rive gauche, où les Espagnols ne s'étaient pas retranchés. Il ajoutait que l'espace entre la ville et la Sesia était trop étroit pour permettre aux ennemis de l'occuper sous le canon de la place, et que là était un passage tout préparé pour l'introduction du secours.
Sans perdre de temps , on se mit en chemin pour exécuter ce projet. La marche fut pénible, à travers les rivières qui coupaient le pays et les nombreux cours d'eau grossis par des pluies abondantes. Le passage de l'Evo donna beaucoup de peine ; on en vint à bout cependant. Mais, arrivés sur les bords du Serve, l'obstacle qu'il présentait était insurmontable.
Telle était, en effet, la force du courant, que les efforts des pontonniers pour la construction d'un pont de chevalets restèrent stériles pendant une journée entière. Fabert, qui comprenait les suites funes-
tes de tout retard, s'était mis en tête que, malgré la hauteur extraordinaire des eaux, il devait y avoir quelque endroit où il fût possible de les traverser à gué. Ayant bien étudié la configuration du terrain, il s'en alla, la nuit suivante, faire l'expérience de ce qu'il avait pensé. Peu s'en fallut que cette expérience ne lui coûtât cher ; car deux fois il perdit pied et fut entraîné par le courant et en grand péril de se noyer. La troisième tentative fut plus heureuse; il traversa la rivière à gué, et, ayant soigneusement marqué la place, proposa le lendemain malin de faire passer l'armée par cette voie non exempte de danger, mais cependant praticable.
Le premier il donne l'exemple, et cet exemple est suivi. Les fantassins entrent dans le torrent par pelotons, se tenant les uns aux autres; pour résister à l'impétuosité des eaux, ils se soutiennent au moyen de leurs piques. Les cavaliers descendent un peu au-dessous pour leur venir en aide et recueillir ceux que les flots auraient entraînés. En peu de temps, le passage est heureusement effectué, et l'armée est établie sur la rive opposée. Le lendemain , elle est sur les bords de la Sesia.
Pendant que le pont qui doit lui donner passage se construit , Fabert passe la rivière à la nage, à la tète de cinquante cavaliers; il va donner la chasse aux partis ennemis qui viennent en reconnaissance, et éclaire en même temps le terrain où va s'étabhr l'armée. Le lo avril, le pont est terminé, la rivière traversée sans encombre ; et une tête de pont, sohdement construite et armée de canons, assure les communications d'une rive à l'autre.
Pendant que M. de Vignoles était envoyé à la tète de quelques compagnies et de deux canons pour s'emparer d'une abbaye voisine occupée par l'ennemi, l'armée se mettait en ordre de bataille et marchait surVerceil, résolue à engager immédiatement une action énergique, avec la participation des défenseurs de la place , sur lesquels il était assez naturel de compter.
Mais quel n'est pas l'étonnement des officiers et des soldats lorsqu'ils voient, en présence d'un mouvement si bien fait pour émouvoir amis et ennemis, une immobilité générale régner parmi les uns et les autres! Les Espagnols se tiennent dans leurs lignes en arrière de la Sesia, et ils assistent à la venue des Français avec l'attitude de spectateurs désintéressés, tandis que les canons des remparts restent muets, et leurs défenseurs silencieux.
Une telle indifférence donna lieu de penser que la résolution de rendre la place aux Espagnols était déjà prise par les assiégés, et la suite fit voir qu'on ne se trompait pas. Pour l'heure présente, il n'y avait rien de mieux à faire que de procéder au logement des troupes. Le conseil fut en même temps réuni pour aviser aux opérations ultérieures.
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S'il eût fallut eu croire les généraux piémontais qui représentaient les intérêts de la régence, ces opérations se seraient bornées à se retirer en abandonnant Verceil à son sort. « La place, si importante qu'elle fût, disaient-ils, ne valait pas que la seule armée sur laquelle Madame pût compter courût le risque de se faire entièrement détruire, en s'attaquant à un ennemi deux fois plus fort. La ruine de celto armée était la perte totale du parti de la régente , et c'était à la fois crime et folie que s'y exposer. »
l^a majorité du conseil paraissait incliner vers ce parti , si pénible qu'il fût pour l'amour-propre des chefs et même pour l'honneur du drapeau, lorsque le cardinal déclara que rien ne le déciderait à se retirer sans avoir fait quelque chose pour la conservation de Verceil : il dit qu'il était résolu pour le moins à y faire entrer un renfort de deux mille hommes. Fabert appuya son avis par des raisons militaires et topiques d'une incontestable valeur, et il fit si bien que la majorité du conseil finit par approuver cette résolution.
On convient de l'exécuter par le moyen de trois fausses attaques simultanées. En conséquence, on commande pour la nuit suivante, celle du 18 au 19 juin, cent hommes par bataillon de l'armée du roi, et dans celle de Madame, les régiments de Sénente et de Valdisère, A leur tête est placé M. de Maugeron , mestre-de-çamp du régiment d^Auvergne. Cet excellent officier est enchanté de l'occasion qui lui est donnée de se distinguer ; mais ce sentiment n'est pas celui de beaucoup de ceux appelés à servir sous ses ordres ; tel est le mécontentement que plusieurs d'entre eux en éprouvent, telle est la lenteur calculée avec laquelle ils exécutent les instructions données, que le jour est sur le point de paraître avant que la concentration des troupes soit effectuée. Il faut rentrer dans les lignes et remettre au lendemain l'exécution de l'opération projetée. En vain on veut essayer d'y mettre définitivement obstacle. Le cardinal, « touché au vif», n'écoute rien ; il donne les ordres les plus précis et les plus formels, et cette fois les dispositions sont prises à temps. Le tour du service a mis à la tète de la colonne M. de Saint-André, vaillant homme s'il en fut jamais.
Fabert a été chargé par le cardinal de convenir avec lui de tous les signaux au moyen desquels , quand il sera dans la place, il se tiendra en rapport avec l'armée de secours. Tout est prévu, convenu avec une netteté parfaite. L'emploi des feux pendant la nuit, des colonnes de fumée pendant le jour, leur nombre , leur emplacement, leur signification sont l'objet d'un mémoire détaillé qui ne laisse nulle place au moindre doute.
Le détachement, grossi de nombreux volontaires, s'est mis en marche. Il est guidé par Fabert, qui a étudié le terrain avec un soin minutieux. Au passage d'un canal, garni d'une rangée de défenseurs, l'ennemi est mis en éveil. Il dirige sur les troupes françaises un feu
incertain, auquel il n'est pas répondu. En même temps une triple attaque éclate sur les lignes des assiégeants ; ils ne savent de quel côté porter leur attention et concentrer leurs forces. Le secours a continué sa marche avec célérité , il est arrivé aux portes de Verceil , elles se sont ouvertes devant lui ; Fabcrt a vu le gouverneur, il a reçu de lui l'assurance qu rien ne fait défaut à la place et qu'avec les deux mille hommes de renfort qu'elle vient de recevoir, elle est en état de résister à toutes les attaques. Plein d'une entière satisfaction, il revient apporter au cardinal cette rassurante nouvelle.
Malgré l'affirmation du gouverneur, le cardinal avait eu tant de joie du succès de cette première opération qu'il ne voulait pas partir sans avoir réussi dans une seconde, ayant le même but, mais faite cette fois au grand jour, et dans des conditions plus glorieuses encore pour l'armée qu'il commandait. Le marquis d'Ogliani, gouverneur de Verceil, en étant informé par des signaux , répondit que cela n'était pas nécessaire et qu'il répondait de tout. Mais le cardinal, enflammé par l'espoir de la gloire, ne voulait pas renoncer à son projet.
Fabert lui suggéra alors d'en assurer le succès par l'établissement d'une batterie de quatorze pièces qui devait rendre le terrain absolument intenable aux ennemis. Ceux-ci en étant tenus éloignés, le passage imprévu et précipité d'une nouvelle colonne de troupes, à destination de Verceil, ne souffrirait nulle difficulté, non plus que nul dommage.
Cependant une double circonstance mit obstacle à l'exécution du plan du cardinal. Les troupes espagnoles étaient, disait-on, extrêmement éprouvées; l'excès de la fatigue et le séjour dans un lieu humide causaient parmi elles des maladies nombreuses, et l'on pouvait compter qu'elles seraient sous peu obligées à lever le siège. D'autre part, aucun des signaux destinés à donner la moindre indication d'épuisement, de péril ou de détresse chez les assiégés ne se laissait voir. Le conseil fat d'avis que dans ces conditions il n'y avait nulle imprudence à s'éloigner de la place pendant quelques jours, pour battre le pays, afin de ravitailler l'armée. Les troupes, rafraîchies et reposées, n'en auraient que plus d'énergie pour leurs opérations ultérieures.
Le cardinal fit connaître au gouverneur de Verceil , par quatre feux allumés au lieu indiqué, qu'il reviendrait dans quatre jours, et son armée passa la Sesia pour se disperser dans le Milanais. A Palestro, on trouva un grand convoi de grains et de farines, destiné aux Espagnols, qui fut enlevé, ainsi que le parti de cavalerie qui l'escortait.
Le troisième jour, un sergent de la garnison, envoyé par Saint- André, et qui était parvenu à échapper aux assiégeants, vint dire que tout allait bien et que le cardinal « pouvait avoir l'esprit en repos ».
L'armée reprit alors le chemin de Verceil. Elle était arrêtée à Prarola , lorsqu'on entendit du côté de la place un grand bruit de canon
et de mousquelades. Le lendemain matin, on sut par plusieurs soldats échappés qu'il y avait eu un rude assaut donné au corps de place, qu'il avait été vigoureusement repoussé, et que les assiégés avaient du même coup repris une demi-lune perdue précédemment. Près de deux mille Espagnols étaient restés morts dans les fossés.
Nul ne pouvait mettre en doute qu'un tel échec ne fût le prélude de la levée du siège. Le cardinal envoya des trompettes pour s'assurer ■de ce qui élait arrivé; mais, avant qu'ils fussent de retour, trois paysans vinrent dire qu'ils avaient entendu parler de la reddition de Verceil. On se refusait à croire à la possibilité d'un tel événement, lorsqu'un trompette ennemi vint en confirmer-Ja nouvelle. Depuis la veille au soir, les Espagnols étaient entrés dans la place, et les troupes formant la garnison en étaient sorties.
Deux heures après, ces troupes arrivaient, en effet, rejoindre l'armée du cardinal, et M. de iMussy, qui les commandait, faisait connaître en détail la triste réalité. A l'assaut de l'avant-veille, les Espagnols avaient été repoussés aus^i victorieusement que possible ; malheureusement le brave commandant de Saint-André était tombé dans le combat, frappé d'une balle à la tôle. Le lendemain matin, le gouverneur avait fait appeler Mussy , et , le conduisant dans le magasin à poudre, l'y avait mis en présence d'un vide à peu près complet. Il lui avait dit que la capitulation était devenue nécessaire, et était immédiatement entré en rapport avec les Espagnols.
On ne mit pas en doute que l'assaut de la veille avait été une sanglante comédie imposée à Leganez pour donner au gouverneur l'apparence d'avoir rempli son devoir, et l'absence systématique de tout signal de détresse ne confirmait que trop le souf)çon d'une coupable connivence.
Ce succès obtenu, Leganez ne parut pas pressé de reprendre le cours des opérations actives; comme les chaleuis étaient excessives, le cardinal accepta volontiers cette espèce de trêve tacite, qui lui permettait de donner à ses troupes des « quartiers de rafraîchissement »; il les distribua en diverses places du Piémont et du Montferrat.
Mais il ne pouvait pas compter que cette sus[»ension d'armes serait longue. Leganez fortifiait son armée en faisant venir de nouvelles troupes pour réparer les vides qui s'y étaient formés. Le mois de septembre devait certainement amener, de sa part, une reprise vigoureuse des hostilités. Le cardinal avait donc un besoin impérieux de l'envoi immédiat des renforts qui lui étaient promis. Le choix de l'officier chargé d'aller les réclamer élait tout indiqué. « 11 dépêcha, dit J. Talon, le sieur Fabert , capitaine de chevau-légers dans son régiment, personnage plein de capacité et de valeur, qui élait dans une extrême confidence auprès de lui, et dont les bonnes qualités étaient aussi très bien connues et du roi et de M. le cardinal-duc. »
Fabert partit au commencement de juillet. Il avait pour commission de dire à la cour que le cardinal se faisait fort de reprendre Verceil et d'effacer la honte de cet échec, à la condition qu'on lui envoyât sans retard six mille hommes, et qu'on payât régulièrement ce qui était du à l'armée, ainsi que les dépenses du siège. Le roi, qu'il alla trouver à Abbeville, où se tenait la cour, lui fil la meilleure réception. Quant au mini^tre, il approuva pleinement tout ce qui lui était proposé, et en parut si satisfait qu'il dit à l'envoyé : « Ce n'est pas six mille hommes qu'aura le cardinal , il en aura douze mille. Ce n'est pas huit cent mille livres, ce sera quatre cent mille écus. »
Plein de joie du succès de son ambassade, Fabert partit sans retard pour faire partager celte joie à son général. Cependant les promesses du ministre ne furent qu'incomplètement réalisées ; les pertes subies par les Français en Artois , à la suite des défaites de Chàtillon et de la Force, avaient aussi besoin d'être réparées. On ne put, pour cette raison, envoyer en Piémont que deux régiments et quatre cent mille livres. Ce renfort élevait à quinze mille hommes environ l'armée de la Valette.
Celle des Espagnols en complaît vingt et un mille ; mais le marquis de Leganez, tombé malade, était remplacé pardon Francisco de Melos^ fort éloigné de"le valoir sous tous les rapports.
Sur ces entrefaites, le cardinal reçut de la cour les lettres de nomination de Fabert au grade de sergent de bataille. La parole du roi était enfin tenue, après cinq mois d'un retard humiliant pour le chef à la pusillanimité duquel il était du.
Malgré son infériorité numérique, le cardinal résolut de suivre l'ennemi entré dans le Montferrat, de chercher une occasion favorable pour le combattre, et de l'empêcher au moins, en se tenant près de lui, de rien tenter d'important.
C'est ainsi qu'il mil obstacle au siège de Montecalvo, que Melos avait résolu d'entreprendre, et qu'il l'arrêta plusieurs jours devant Pamaro, petite place d'une très faible valeur.
A ce siège se rattache un incident où Fabert montra sa hardiesse et sa décision accoutumées. A la tète de soixante carabins, il attaqua les avant-postes espagnols, eut son chapeau percé d'une balle, son cheval tué sous lui, et combattit à pied avec une telle résolution que les ennemis, malgré leur nombre supérieur, furent réduits à prendre la fuite^ laissant quarante morts sur le terrain.
A ce moment, 10 septembre 1638, arriva au camp une nouvelle bien heureuse et impatiemment attendue : un dauphin venait d'être donné à la France ! Le cardinal envoya aussitôt un trompette au général espagnol pour lui faire part de cet événement et lui annoncer en même temps sa résolution de lui livrer bataille. Melos donna vingt pisloles au messager. « Voilà ^ lui dit-il, pour la première nouvelle ; et
je t'en promets le double pour quand tu reviendras me confirmer la seconde. »
Le lendemain, un autre trompette fut chargé d'aller lui dire que l'armée française arrivait, et qu'il en était prévenu pour qu'il eût à choisir de marcher au-devant d'elle ou de l'attendre. Le général oublia la gratification promise, mais il tira à demi son épée du fourreau. « Je veux, s'écria-t-il, qu'on me la passe dans le corps, si demain je n'attends pas les Français à cette place ! »
Sur une parole si solennellement donnée, la Valette prit toutes ses dispositions pour un engagement sérieux. Fabert organisa les colonnes d'attaque, les troupes de réserve , et, dès le point du jour, l'armée se mit en mouvement. Mais, quand elle arriva aux positions occupées la veille par l'ennemi, elle n'y trouva personne. Pendant la nuit, les Espagnols avaient passé le Pô, replié leur pont et mis le fleuve entre eux et leurs adversaires. Quelques coups de canon furent tirés sur leur arrière-garde; les soldats français leur reprochèrent leur lâcheté par de grands cris injurieux, mais ce fut tout: le Montferrat était évacué.
L'armée passe à son tour le Pô , et se met à la poursuite de l'ennemi,-qui recule en refusant tout engagement. Elle met lé siège devant Piefrancos, que Melos laisse prendre sans tenter une diversion. Elle va 'enfin se poser à Velisano, à deux lieues d'Alexandrie. Les Espagnols, craignant pour cette place importante, viennent l'occuper en force; mais ils laissent leurs adversaire? les harceler, leur couper les vivres, -et pas une fois ils n'essayent contre eux la moindre attaque.
Ainsi, jusqu'au 18 octobre, se continue la campagne dans cette honteuse inaction de l'ennemi. La saison des quartiers d'hiver est alors arrivée, et les troupes sont, de part et d'autre, dispersées dans des srarnisons.